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Films / Zimbabwe

COOK OFF, fable zimbabwéenne à 8000 dollars

Ou la recette du succès

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Tendaiishe Chitima, l'actrice principale de Cook Off déclare : "Quand je vois mon visage et l'affiche du film sur Netflix, je dois me pincer pour y croire". 

C'était en effet difficile à prévoir qu'avec un budget si dérisoire, cette comédie romantique et gastronomique zimbabwéenne accède à une telle visibilité !

Cook Off s'avère vecteur d'espoir à double titre. D'une part, parce qu'il parle d'Anesu, mère solitaire et serveuse dans un boui-boui modeste, qui arrive pourtant à gagner un prestigieux concours culinaire. D'autre part, parce que ce film tourné pour 8000 dollars seulement dans des conditions très précaires, fait à présent partie du catalogue Netflix, et a pu, ainsi, rencontrer un public élargi. Au vu, aussi, des nombreuses péripéties ayant jalonné son tournage - des nombreuses coupures d'électricité à l'absence d'eau portable -, la trajectoire de ce conte optimiste et revigorant relève du petit miracle.

S'il n'évite pas quelques facilités de scénario, ou fait appel à des ficelles bien connues, Cook Off éveille la sympathie par son authenticité, et son absence totale de cynisme. Il propose aussi, avec Anesu, un personnage très attachant, incarné par la rayonnante Tendaiishe Chitima, qui porte le film et transmet beaucoup de fraîcheur.  

Le personnage de Chitima a d'ailleurs une vraie consistance. Il vaut comme porte-parole de toutes les mères zimbabwéennes élevant seules leur(s) enfant(s), ou se confrontant à des époux et des pères démissionnaires. Sa rapidité à exécuter des plats s'explique sinon par un détail très concret. Il se trouve en effet qu'elle s'adonne régulièrement à un jeu avec son fils Tapiwa, lors duquel elle doit réussir à concocter un plat en neuf minutes précises. 

Dans des rôles secondaires, le rappeur Tehn Diamond, le précoce Eugene Zimbudzi ou le poète renommé Chirikure Chirikure défendent aussi leurs partitions respectives avec conviction et un engagement tangible. De manière générale, on sent de l'enthousiasme, et une envie de raconter cette histoire en dépit de tous les aléas.

Cook Off montre aussi éloquemment que le cinéma n'est pas forcément une question d'argent, et qu'un budget de 8000 dollars peut ne pas s'avérer discriminant. Le long-métrage de Tomas L. Brickhill en devient ainsi un symbole ou un manifeste prouvant que des pays comme le Zimbabwe peuvent aussi être présents sur la carte du cinéma. 

L'histoire du tournage rocambolesque sert aussi de leçon de débrouillardise, l'équipe ayant par exemple réutilisé le plateau de la vraie émission culinaire "Battle of the chefs" pour des questions d'économie. On se dit, qu'au fond, faire du cinéma, n'est pas si compliqué ; on a envie de se lancer. 

La comédie romantique et culinaire donne donc des nouvelles du Zimbabwe, et s'impose comme un joli divertissement. La sincérité et la conviction des interprètes s'allie à un scénario prévisible mais efficace ainsi qu'à une qualité d'image tout à fait correcte. 

Si Netflix peut continuer à mettre dans la lumière de tels films, ce serait une très bonne chose, et permettrait de stimuler l'industrie cinématographique de pays ne disposant que de très peu de moyens et d'argent. 

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"Neria"

 Dans le rôle de la grand-mère d'Anesu, qui décide avec son petit-fils de l'inscrire au concours de cuisine renommé "Battle of the Chefs", on trouve Jesesi Mungoshi, déjà à l'affiche d'un autre film zimbabwéen marquant, datant de 1991 : "Neria" de Godwin Mawuru.

Ce drame militant évoquait déjà la condition des femmes zimbabwéennes, plus précisément celle d'une veuve luttant pour faire valoir ses droits.

 Le film "Neria" : 

Matthias Turcaud

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