Romans / zimbabwe

Harare Nord de Brian Chikwava

Editions Zoé

Voyage au cœur de la diaspora zimbabwéenne de Londres.

Voilà un livre coup de poing. Marqué par un style très particulier, traînant quelque chose d’enfantin et de mal maîtrisé, Harare Nord a pour lui la puissance et la vitalité des grandes œuvres.

Et si l’on n’avait pas peur d’en faire trop, on dirait que Brian Chikwana a dans sa manière d’écrire quelque chose de Jean-Michel Basquiat en peinture : une expressivité folle et une urgence à tout remettre en cause, y compris les codes de son art.

Apathiques, cupides : les Zimbabwéens de Londres traités sans concession

Avant d’arriver dans un squat et de survivre de petits boulots en petits boulots, le narrateur, qui semble débouler de nulle part, est « accueilli » chez son cousin. Ces premières scènes marquent d’emblée la tonalité du roman, teintée d’humour et de désespoir. Et le couple qui accueille le jeune héros, loin d’être célébré pour sa générosité, est dépeint dans toute sa bassesse et sa mauvaise volonté.

« Paul commence à se comporter comme un gros cornichon, raide et bizarre parce qu’il est seul avec moi. Il oublie qu’il a pris un bain et s’en fait couler un autre. C’est quoi ce genre? […] S’il se pointe et me dit clair que le fait que je vive chez eux ça rend les choses bizarres, je lui garderai pas rancune moi. »

Cette capacité à restituer une atmosphère de malaise et à rendre compte des difficultés d’un sans-papier, même parmi ses proches, est le véritable point fort de ce roman. La suite est une succession de plans foireux dans Londres, la « Harare Nord » décrite comme le pire terrain de jeu pour survivre.

Jamais écrivain n’avait restitué avec une telle authenticité l’expérience de l’ « immigration sauvage » en Europe. Brian Chikwava a enfin comblé ce manque et entre dès son premier roman dans le cercle des écrivains africains remarquables.

ZOOM

La situation au Zimbabwe, facteur de division au sein de la diaspora

Autre fait intéressant : la manière dont le gouvernement de Mugabé est perçu par la communauté zimbabwéenne de Londres.

Alors qu’on s’attend à ce que le héros, ayant quitté le pays pour gagner sa vie, critique vertement le régime corrompu du vieux Président, Brian Chikwava s’amuse à faire de ce personnage un fidèle du ZANU-PF, le parti au pouvoir.

Lui, le fuyard, le sans-papier, le sans-argent en vient donc à incarner le soutien à Mugabé tandis que la diaspora autour de lui ne cesse de remettre en cause la légitimité de ce vieux despote.

Romain Dostes