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Expos / Bénin / Togo

LE BOIS SACRE, un patrimoine à redécouvrir et à valoriser !

Une exposition sur les bois sacrés s'est tenue à l’Institut Français d’Alexandrie.

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Les bois sacrés étaient à l’honneur à l’Institut Français d’Alexandrie le 11 novembre dernier. 

Cette exposition de Boris L. Agossadou s’inscrit dans les manifestations des journées du patrimoine en Égypte, organisées par le Centre d’Etudes Alexandrines. Une découverte pour certains, une redécouverte pour d’autres qui comme nous, appartiennent à cette aire géographique. Il était question des bois sacrés du bassin de Mono que le Togo et le Bénin partagent.

Dans cette zone transfrontalière du Togo et du Bénin, se situe le bassin du fleuve Mono où l’on retrouve un nombre plus ou moins grand de bois sacrés. Ces derniers sont des arbres séculaires ou des ilots forestiers qui abritent des divinités qui sont au cœur des croyances des populations autochtones. Ils sont identifiables par la présence d’éléments rituels autour : canaris, cauris, ou idoles représentées en motte de terre, morceaux de pagne blanc ou rouge, etc.

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De facto, l’on peut deviner que nous sommes en plein dans le Vodou, la religion la plus répandue au Togo et au Bénin qui partagent presque, les mêmes univers en termes de croyance.

Un élément central dans la vie sociale des populations

Le bois sacré est au cœur de la vie des communautés au sein de laquelle il se trouve. Le culte à la divinité abritée par le bois est officié par le grand prêtre ou la prêtresse car il n’est pas rare de trouver dans la croyance Vodou, des femmes qui officient les cérémonies. Dans la forêt sacrée de Bè, située au cœur de la ville de Lomé, les femmes sont au premier plan.

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Les prêtresses de la forêt sacré de Bè

L’équilibre social de ces communautés est garanti par cet élément patrimonial qu’est le bois sacré. Il détermine le rapport au transcendantal de chacun des membres de la société en même temps que le rapport à l’autre.

Il est intéressant d’observer les questions de l’altérité par le truchement de la croyance animiste qui s’oppose directement à l’idée d’ « étranger » donc de ce qui est étrange qu’on peut lire aisément dans la culture occidentale. L’autre est le prolongement de soi-même, c’est celui à qui on doit l’hospitalité.

Aussi doit-on reconnaître à l’animisme un humanisme qui se décline en plusieurs valeurs au sein des sociétés africaines en générale. Le partage, l’hospitalité, l’amour, la solidarité, bref, le « Vivre ensemble » qui devient de nos jours un concept à la mode, sont des valeurs séculaires qui coulent dans le sang de ceux qui ont leur encrage identitaire dans la croyance Vodou.

Par ailleurs, les questions sanitaires y sont réglées car les prêtres ou les prêtresses sont de grands guérisseurs, des tradi-thérapeutes. Celles juridiques et autres sont également réglées par le grand prêtre du bois sacré.

Ce sanctuaire à ciel ouvert, témoin de l’histoire de la communauté et de ses rapports avec les autres, est le haut lieu de la gestion des crises que peuvent connaître les communautés. La chefferie elle-même y est liée directement puisque les cérémonies d’intronisation se font, pour la plupart, dans l’obscurité des bois sacrés.

Un héritage riche en biodiversité

De nos jours, les sites sur lesquels on retrouve une très grande diversité de la faune et de la flore sont bien les sites des bois sacrés car ils sont maintenus en l’état depuis plusieurs siècles.

Les principaux gardiens de ces trésors naturels sont les prêtes vodou. Ils pérennisent le mode de gestion hérité des anciens comme l’observation des périodes d’inactivité au sein de la forêt, les interdictions de prélèvement d’essences de bois, les interdictions de chasse etc.

Les membres de la communauté ou les chasseurs et autres acteurs qui tirent profit de la forêt, respectent ces règles et font régulièrement, des sacrifices pour remercier les divinités protectrices et pour la régénérescence des espèces prélevés.

Un gisement inépuisable pour les industries culturelles

chroniques-de-lomeSi aujourd’hui le secteur culturel et créatif au Togo peine à prendre son essor, ce n’est pas faute de ressource. Le patrimoine culturel du pays, à l’instar de celui du continent en général, est extrêmement riche. La grande diversité culturelle et des expressions culturelles constituent un gisement inépuisable pour les créateurs et les acteurs du secteur culturel et créatif.

Le bois sacré fait l’objet de plusieurs mythes et légendes qui peuvent servir de pré-texte pour les écrivains. Combien de nouvelles, de romans, de pièces théâtrales, de bandes dessinées peuvent voir le jour à partir de ces mythes et légendes. Koffivi Assem et Kanad sont déjà sur la piste avec Les chroniques de Lomé et Djitri, des BD qui puisent justement dans l’histoire du Togo.

Le cinéma pourra profiter pleinement de ce riche patrimoine pour ces scénarii. On se rappelle des retombées énormes du film Avatar de James Cameron. Le scénario de ce film emprunte beaucoup au symbole du bois sacré. Une planète vivante avec des habitants en parfaite harmonie avec la nature !

Le développement de jeux vidéo et des produits dérivés de ce patrimoine sera un grand pas vers le développement économique surtout que le quatrième pilier du développement en est la base.

Nous osons croire, que l’adoption en 2011 d’une politique culturelle par l’Etat togolais ouvrira de nouvelles perspectives aux forêts sacrées.

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Un paradis pour les scientifiques

Pour les scientifiques, les bois sacrés sont le paradis des ressources pour leurs différentes études.

Les espèces soigneusement préservées sont des essences thérapeutiques qui ont une grande valeur. Qui plus est, on y retrouve des espèces non recensées encore.

Les forêts constituent des réserves génétiques susceptibles de permettre une évolution de la recherche scientifique entraînant des implications énormes pour la médecine.

Edem Kodjo LATEVI

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