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JEREMIE RABEL : " J’aime avant tout être sobre dans mes créations "

Le styliste tchadien Jérémie Rabel a notamment créé le festival Kelou Fashion. Il parle de sa passion…

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Comment l’envie de devenir styliste vous est-elle venue ?

Jérémie Rabel : C’est une longue histoire. C’est une passion qui s’est réalisée. Depuis l’école secondaire je m’intéressais beaucoup à la couture, avec la machine de ma grande sœur. Après le bac, je devais faire de la médecine. J’ai fait une école de couture au Bénin, qui s’appelait Galaxie. Je suis allé me perfectionner chez un styliste nigérien, Alfady, puis je suis revenu au Tchad et j’ai commencé à travailler.

Qu’est-ce qui vous plaît dans ce métier ?

Jérémie Rabel : Habiller les hommes est quelque chose d’important pour moi. Quand j’habille quelqu’un et que la personne est contente, ça signifie déjà beaucoup pour moi. On a au Tchad, pour ne pas dire en Afrique, beaucoup de matières naturelles qui sont restées inexploitées. Grâce à mon art, j’ai pu voyager en Europe et en Afrique, habiller de grands hommes et de grands artistes.

Festival-Kelou-Fashion

Avez-vous des matières ou des matériaux fétiches ?

Jérémie Rabel : J’aime travailler avec le bois d’ébène qui peut donner des boutons, des pièces incrustées. Sinon le kori, une matière naturelle. A côté de ça, on peut citer le raffia. Malheureusement il n’y en a pas beaucoup au Tchad, on le ramène de l’Afrique de l’Ouest.

Y a-t-il des couleurs avec lesquelles vous aimez travailler en particulier ?

Jérémie Rabel : Ca dépend du thème choisi. Récemment j’ai fait une collection sur le noir, couleur à laquelle j’ai donné un sens particulier. Pour moi, le monde actuel est dans l’ombre, avec les crimes, le terrorisme, le grand nombre de morts. Maintenant j’ai fait illuminer cette couleur noire pour dire que, malgré une situation actuelle sombre, l’espoir reste.

Actuellement je prépare une collection sur le ciel et les étoiles, donc je vais beaucoup travailler avec le bleu. Les lunes et les étoiles donneront du cachet à ces vêtements. La couleur est relative, elle peut arriver quand on a besoin d’elle. Comme il fait très chaud, c’est bien aussi de porter du blanc.

En Afrique les gens portent de manière générale plus volontiers des habits de couleur qu’en Europe par exemple. Comment vous positionnez-vous par rapport à cette tendance ?

Jérémie Rabel : Les sapeurs disent que la sape n’a pas de saison. Ils portent des vêtements lourds quand bien même il fait chaud, et de la couleur même si ce n’est pas approprié. C’est approprié pour un mariage, mais pas nécessairement pour aller au bureau, où on doit être concentré et où n’a pas forcément besoin de ça.

J’aime les couleurs sobres et quand j’ai une collection j’essaye toujours de travailler avec la couleur qui convient à cette collection.

Kelou-Fashion

Comment en êtes-vous arrivé à créer le festival Kelou Fashion ?

Jérémie Rabel : Après mes études au Bénin, j’ai donc réalisé mon stage au Niger, je travaillais dans l’organisation d’un événement. J’avais remarqué que c’était un moment de partage important, avec des couturiers venus d’Afrique, d’Europe, d’Asie, des mannequins, des opportunités, des rencontres…

Au Tchad il n’y avait pas d'événement de cette ampleur. Je voulais créer des occasions. On a été accompagnés par l’Ambassade de France et l’IFT qui a fait venir des stylistes français pour la première édition. D’autres invités sont arrivés ensuite. C’était pour moi quelque chose d’important, mais ce n’était pas facile à organiser, j’ai eu toutes sortes de problèmes. On manque de soutiens, même si la Première Dame est derrière nous. Je suis actuellement en train de réfléchir pour revoir cette organisation.

Y a-t-il beaucoup de mannequins au Tchad ?

Jérémie Rabel : Etant au pays des anciens Sao (ndlr : grands et fins), on en a et on devrait en avoir beaucoup, mais à cause de la mentalité, de la tradition et de l’environnement, du manque de stylistes autonomes, de festivals et de rendez-vous de mode qui font vivre les mannequins, ça traîne toujours.

Vous appuyez-vous sur certains motifs récurrents ?

Jérémie Rabel : Pour avoir fait un bac scientifique, j’aime beaucoup les figures géométriques et j’essaye d’en mettre sur les vêtements, les gens apprécient. En revanche, la mondialisation est au-dessus de tout aujourd’hui, à tel point qu’on est obligés de s’adapter à ce que les gens veulent. Il peut m’arriver d’être extravagant, mais j’aime avant tout être sobre dans mes créations.

Zoom

Les projets de Jérémie Rabel

Jérémie Rabel : Pour avoir créé un festival de mode et l’avoir fait durer un certain temps, je me suis rendu compte qu’il y a au Tchad un très grand besoin de formation, qui est la base. En dehors de ce qu’on fait aujourd’hui, on se dit qu’il faut une relève, et où peut-on la trouver ? J’ai donc décidé de travailler présentement beaucoup plus sur la formation, et j’ai déjà commencé.

Propos recueillis par Matthias Turcaud

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