L-enfant-n-est-pas-mort-de-Nimrod

Romans / Tchad / Afrique du Sud

L'enfant n'est pas mort de Nimrod, face à face entre Ingrid Jonker et Nelson Mandela

Editions Bruno Doucey Face à face entre une poétesse torturée et un prisonnier éclairé.

Partager cet article

Lors de sa première allocution au parlement sud-africain, après sa libération suite à 27 ans de geôle pour activisme politique, Nelson Mandela déclame devant une assistance médusée des vers de la grande poétesse sud-africaine Ingrid Jonker.

Une fabuleuse poésie où Jonker relate une scène terrible, celle de l’assassinat d'un bébé noir dans les bras de sa mère à un check-point, par la police de Cap Town. En 1960. En plein apartheid.

Les mots sont forts. La prise de parole lucide et risquée. Elle est afrikaner. L’assemblée à laquelle s’adresse Mandela est principalement composée d'afrikaners. Les mots ont  contribué à fortifier – selon Nimrod – Mandela - du temps de son incarcération dans la prise de conscience réelle et complexe qu’ils impliquent.

La première phase du livre de Nimrod est consacrée à la fois au processus de création de ce poème L’enfant n’est pas mort par Ingrid Jonker et en parallèle à sa réception par le prisonnier Mandela avec les perspectives qu’il lui offre. Le poète tchadien peut se glisser dans la peau de sa consœur pour combler les oublis, les vides que ne peuvent proposer les archives sur Ingrid Jonker, à savoir l’intériorité du poète, sa sensibilité.

ingrid-jonker

Fille d’un tenant du pouvoir raciste dans l’Afrique du Sud des années 1960, la poétesse Ingrid Jonker a tenté de résister par les mots à son père et au régime.

Il restitue très bien le contexte de création de l’œuvre en s’efforçant de présenter l’artiste dans toute sa complexité, dans son exil intérieur, dans sa rupture même au sein de sa famille avec un père qui incarne tout l’inverse de la vision du monde d’Ingrid Jonker.

Elle est tout de même la fille d’un homme qui a la charge de la censure des textes de littérature sous le régime de l’apartheid. On peut mesurer le poids d’un tel poème, le jugement qu’il fait peser aussi sur nombre d’intellectuels sud-africains blancs, progressistes jusqu’à un certain degré. On peut comprendre alors le sens du mot engagement dans un tel contexte.

Nimrod poursuit la narration de l’histoire de la poétesse délaissant celle du politique. Et il nous révèle des choses très intéressantes.

Zoom

Nimrod et la poésie

Dans le fond, ce texte de Nimrod, au-delà de la prise de parole de l’écrivaine, nous rappelle le sens de la poésie, le poids des mots mis en vers par un esprit concerné.

Une femme libre qui met ses tripes sur papier. Il faut une part de folie, d’inconscience. Chose que l’on finit par voir apparaître. La vérité est souvent l’apanage du fou, cet être ultrasensible qui ne peut s’accommoder des compromis d’une société sur la défensive, qui perpètre l’injustice au nom de sa survie.

La folie, l’égocentrisme c’est aussi l’implacable abandon de son propre enfant sur une terre aussi dangereuse.

Oui, il est certain que la poésie ne concerne pas le plus grand nombre. Mais elle peut toucher un homme d’exception et participer à l’émergence d’une nation arc-en-ciel, plus juste, du moins c’est ce que Mandela aurait souhaité…

Lareus Gangoueus - http://gangoueus.blogspot.fr/

Article précédent
L’Afrique de demain décryptée par Séverine Kodjo-Grandvaux
Article suivant
Zabor ou Les psaumes de Kamel Daoud
 
Ajouter un Commentaire
Code de sécurité
Rafraîchir