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Zanzibara-9

Albums / Tanzanie

Zanzibara 9, comme une pluie fraîche après la saison sèche

Une nouvelle compilation galvanisante toute droit venue de la Tanzanie des années 1970.

Dans la compilation Zanzibara 9, on retrouve l'un des plus populaires orchestres de danse de l'Afrique de l'Est des années 1970, le Mbaraka Mwinshehe & Orchestra Super Volcano

L'album Zanzibar 9, perpetue l'héritage de Mbaraka Mwinshehe, le charismatique leader du groupe mort trop tôt dans un accident de voiture. On y retrouve ainsi les chansons les plus populaires du groupe.

A l’écoute de ces musiques à faire danser, de ces musiques porte-étendard de la culture de toute une région, nos oreilles en sont toutes émoustilées.

Interview avec Werner Graebner, le producteur de cette compilation galvanisante.

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Mbaraka Mwinshehe était l'un des musiciens les plus connus d'Afrique de l'Est, il était le charismatique leader du groupe Mbaraka Mwinshehe & Orchestra Super Volcano.

Africavivre : Qui était Mbaraka Mwinshehe, cet artiste autodidacte ? Et qu'est-ce que le masika ?

Werner Graebner : Il est mort prématurément dans un accident de voiture en 1979. Il grandit dans la ville de Morogoro. Là, il forma un groupe de musique, le Morogoro jazz band. À 12 ans, il quitta l'école et se fit d'abord connaître comme joueur de flûte. Puis, comme il était très doué dans l'art de manier les instruments, il devint vite le joueur principal de guitare du Morogoro jazz band.

Dans cette région, il est courant d'inventer son propre rythme, son propre style musical. Lui voulait créer quelque chose de nouveau. Il invente le style de musique, le masika.

Masika signifie la pluie qui vient après la saison sèche. C'est une période que l'on attend avec impatience dans cette région de l'Afrique. Et sa musique était comme cette pluie fraîche que l'on a longtemps attendue...

Africavivre : Que sont les compilations Zanzibara ? De quoi sont-elles faites ?

Werner Graebner : Zanzibara est une compilation de musiques du passé. J'ai étudié les musiques académiques pendant trente ans. Je suis régulièrement intervenu à la radio et dans des articles pour traiter de ce sujet. J'ai ainsi connu et étudié beaucoup de ces musiciens. Pas Mbaraka, car il est mort avant que je m'installe en Afrique de l'Est.

J'ai une connaissance étendue de ces musiques. Pour Zanzibara, j'ai fait un peu comme les compilations Ethiopiques. Zanzibara me permettait de créer une série. Je voulais parler de la musique islamisée de cette région. J'enregistre également de nouveaux groupes.

Africavivre : Que signifie le terme Zanzibara ?

Werner Graebner  : Zanzibara signifie terre des noirs. Pas juste un pays mais toute la côte Est de l'Afrique. On a différents styles de musiques qui peuvent donc en faire partie. Il y a différentes traditions et on a abordé différentes périodes dans ces compilations.

Avec le Congo, la Tanzanie est à l'origine de l'émergence de la Rumba dans les régions d'Afrique Centrale et de l'Est. Ce style musical a par la suite voyagé jusqu'en Amérique latine, pour de nouveau revenir sur les terres qui l'ont vu naître. Dans les années 1970 ce style était toujours très prisé. 

Un autre musicien originaire de Morogoro, Salum Abdalla appela dans les années 1940 son groupe, le Marimba Cubain. Il souhaitait ainsi évoquer les différents mouvements de ce style musical. Le marimba est un mot bantou utilisé pour définir plusieurs instruments de musiques différents provenant de la région Bantoue. Des instruments allant du xylophone au piano à pouces. Ces instruments ont également été exportés en Amériques et partout en Afrique. C'était la grande époque de la Rumba.

Africavivre : Qu'est-ce que la musique taarab d'Afrique de l'Est ? La retrouve-t-on dans cette compilation ?

Werner Graebner : Les côtes d'Afrique brassent les hommes et les cultures y sont très mélangées. Dans ce territoire de rencontre par excellence de la côte Est, on retrouve la culture indienne, maghrébine, iranienne, pakistanaise... Ce pour quoi ces musiques sont assez différentes des musiques africaines les plus connues. Les swahilis sont musulmans, aussi leur musique évoque beaucoup la musique arabe. Elle a pourtant des rythmes différents.

En 1940, les films égyptiens deviennent très populaires en Afrique de l'Est. De 1930 à 1940, la musique taarab se répand également comme une traînée de poudre. En 1964, l'Afrique de l'Est connaît une vraie révolution. Cette musique accompagne ce mouvement révolutionnaire.

Pour autant, il n'y a pas de musique Taarab dans cette neuvième compilation. Dans la première compilation Zanzibara, on retrouve le plus vieil orchestre d'Afrique de l'Est de musique Taarab, l'Ikhwani Safaa Musical Club.

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Masika Mtindo Pya - Extrait de la compilation Zanzibara 9

Le portrait chinois de Werner Graebner

Africavivre : Si vous étiez un(e) auteur(e) africain(e) ou un livre africain. Qui seriez-vous ?

Werner Graebner : Paradise ou By the Sea, de l'auteur zanzibarien Abdulrazak Gurnah.

Africavivre : Si vous étiez un(e) réalisateur(trice) africain(e) ou un film. Qui seriez-vous ?

Werner Graebner : Je serais Sembène Ousmane.

Africavivre : Si vous étiez un(e) musicien(ne) / chanteur/teuse africain(e). Qui seriez-vous ?

Werner Graebner : Verckys du groupe Verckys & l'orchestre veve. Son vrai nom est Kiamuangana Mateta. C'est un artiste congolais. 

Africavivre : Si vous étiez un album. Qui seriez-vous ?

Werner Graebner : Je serais l'album Opération de Franco, sortie en 1980. Tous ses albums sont extraordinaires.

Africavivre : Si vous étiez un plat africain. Lequel seriez-vous ?

Werner Graebner : Le biryani, un plat typique d'Afrique de l'Est.  

Africavivre : Si vous étiez une ville africaine. Laquelle seriez-vous ?

Werner Graebner : Daar-es-Salam. Avec ses 5 millions d'habitants, on a l'impression d'avoir toujours quelque chose à découvrir à Daar-es-Salam. La ville borde l'Océan indien. Tellement de cultures différentes s'y croisent. Chaque quartier a sa propre identité. Il y a également tellement de styles de musiques différents. J'ai vécu pendant trente-cinq ans en Afrique de l'Est. J'ai habité Mombasa, Daar-es-Salam de nombreuses années, Zanzibar,...

Propos recueillis par Eva Dréano

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