L’équation africaine de Yasmina Khadra

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L_equation_africaineRomans / Algérie - Somalie
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L’équation africaine
de Yasmina Khadra
Aux Editions Julliard
Passionnant comme un roman policier, sensible comme un récit de voyage, le nouvel ouvrage de Yasmina Khadra mêle les registres avec une grande habileté.

 

Après nous avoir plongés dans le chaos de Bagdad et de Kaboul, c’est une autre terre désolée que Yasmina Khadra prend pour cadre.

Embarqués sur un voilier en direction des Comores pour y mener une mission humanitaire, deux Allemands de Hambourg sont enlevés par une escouade de pirates somaliens. Les voilà plongés dans l’enfer d’un pays à la merci des mercenaires, ballottés de cases défoncées en grottes pestilentielles.

La question du regard que l’on pose sur la misère en Afrique

Au fil des pages, Yasmina Khadra pose une question fondamentale pour quiconque a l’occasion de se rendre en Afrique : comment se positionner face à la pauvreté sans misérabilisme ?

Deux personnages fondamentaux incarnent à ce sujet deux points de vue bien tranchés : d’un côté, Joma, le preneur d’otage, persuadé que « pour les Blancs, les Africains ont de la boue dans le crâne », et qui déplore le tourisme compassionnel et plein de bonnes intentions d’Européens voyeurs et en manque de sensation.

De l’autre, Bruno, un Bordelais qui participa à une mission de bienfaisance lorsqu’il avait 20 ans et qui ne quitta plus jamais l’Afrique, la parcourant de long en large.

Il fait part de sa fascination pour un continent où il a bien l’intention de mourir :
« J’ai pour l’Afrique une vénération quasi religieuse. J’aime ses hauts et ses bas, ses calvaires inutiles et ses rêves déphasés, ses misères splendides comme des tragédies grecques et sa frugalité qui est toute une doctrine, ses épanchements exagérés et son fatalisme. J’aime tout de l’Afrique, des déconvenues qui ont jalonné mes pérégrinations jusqu’aux mirages qui se jouent des naufragés. »

Le rapport de force entre des Africains qui rêvent de quitter leur pays et un Blanc qui fantasme sur cette même terre est assez drôle.

Dans ce face-à-face, les deux otages semblent totalement sans repère. Sans repère : c’est l’impression que l’on a en se prenant au jeu, en s’imaginant dans ce huit clos où aucune issue n’est envisageable.

 

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Yasmina Khadra, pseudonyme féminin de l'écrivain algérien Mohammed Moulessehoul

De son vrai nom Mohammed Moulessehoul, Yasmina Khadra consacre avec L'équation africaine son premier roman au continent africain.

Et pour cause : son sujet de prédilection, la difficulté de dialogue entre l’Orient et l’Occident, exclut de fait l’Afrique, qui ne se retrouve pas dans ce clivage géopolitique.

Mais les connexions entre les Shebbab et Al-Qaeda, les nombreux enlèvements d’Occidentaux, et la guerre qui a été faite aux Américains, ont assimilé la Somalie à cet Orient cher aux penseurs du Choc des civilisations.

Romain Dostes

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On ne va tout de même pas se quitter comme ça !

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