Hibotep

à écouter / Somalie

HIBOTEP, étonnante DJ somalienne...

... qui ne s'interdit aucun mélange

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Actuellement à Ouagadougou pour la cinquième édition de l'Africa Bass Culture Festival, Hibotep s'est imposée comme une DJ très singulière, et une figure majeure de la scène musicale en Afrique de l'est. 

Née et élevée en Ethiopie, Hibotep, de son vrai nom Hibo Elmi, vit aujourd'hui à Kampala, poumon de la musique électronique en Afrique de l'est. Elle y a rejoint sa soeur jumelle Holden, également DJ et connue sous le nom de Houdini. Hibotep, finalement, n'est jamais repartie, et se sent maintenant plus chez elle en Ouganda qu'en Ethiopie.

Cette vie nomade se retrouve en tout cas dans sa musique, nourrie d'influences diverses, et qui puise autant dans l'American Trap, la dub techno allemande, le taraab kenyan que le gnawa marocain, dans un flux imprévisible et grisant, tournoyant et ébouriffant. Très cosmopolites et transfrontaliers, ses cocktails musicaux étonnent plus d'une fois par leur éclectisme virevoltant. Summer Cem y côtoie du folklore de Somalie. Plaidant pour un multiculturalisme farouche, Hibotep incarne l'esprit de contre-culture subversif et militant qui fleurit à Kampala. 

Mue par un constant souci de renouvellement, Hibotep aimerait se distinguer de la plupart des DJs en activité, déclarant ainsi : "J'écoute de la musique 24 h sur 24, même quand je dors de la musique continue à jouer. Si on est passionné par quelque chose, on l'étudie, on l'apprend, et à la fin on le respire. La plupart des DJs ne sont pas assez exigeants avec eux-mêmes. Ils ne jouent qu'un genre de musique : ça sonne toujours pareil. Quand je mixe des sons, je ne veux pas créer le meilleur son jamais entendu, je veux apporter quelque chose de nouveau, et je veux que le public demande : ça vient d'où ? J'aime surprendre l'auditoire en tant que moi-même. Je suis une personne différente à chaque fois que je mixe. Quand la Prêtresse du Trap est dans la place, il y a du rap et du Trap ; quand Hibotep s'invite, on a de la musique africaine et électronique."

La jeune DJ fait aussi redécouvrir des chants traditionnels somali ou arabes, dont elle aime les voix fortes et marquantes, et qu'elle rafraîchit en les additionnant à de la Trap musclée et dynamique, pour un mélange pour le moins surprenant.

Avec sa soeur jumelle Houdini, Hibotep a surtout acquis une certaine notoriété grâce au Festival Nyege Nyege, créé par deux autres immigrés, le gréco-arménien Arlen Dilsizian et le belge Derek Debru. Les deux soeurs jumelles s'y sont tout de suite senties très à l'aise. 

Zoom

Les autres talents d'Hibotep

Hibotep ne se contente cela dit pas de mixer, puisqu'elle a entre autres créé une installation, et réalisé la vidéo "Symphonie des mouches".

Créatrice de modes, elle dit aussi que la poésie joue un grand rôle dans sa vie : "J'écris de la poésie, ma mère en écrivait, ma soeur aussi, cela fait partie de notre identité : la Somalie est connue comme un pays de poètes. Quand ma grand-mère ou ma tante me parlent, elles s'expriment en poèmes. Ils ont des poèmes pour tout, et pour la vie de tous les jours." 

Matthias Turcaud

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