Amin-Philippe-Faucon

Films / Sénégal

AMIN, de l'autre côté de la mer, l'amour émigre-t-il ?

Pyramide L'immigration, différemment

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Philippe Faucon aborde le sujet brûlant de l'immigration - qui suscite selon ses propres dires "beaucoup d'hystérie" et "d'instincts primaires", de manière originale et très sensible.

Amin quitte son Sénégal natal pour l'Europe. Motivé par le souci d'assurer une vie heureuse à sa famille, le Sénégalais trouve dans l'Europe l'espoir d'un lendemain meilleur. En France où il atterit, Amin a du mal à trouver un emploi avant de devenir ouvrier de plusieurs chantiers où il gagne de quoi envoyer à sa famille restée au pays. Il se retrouve cependant aussi dans les bras de Gabrielle, propriétaire d'un des chantiers. Une histoire d'amour naît entre les deux personnages, mais si brève qu'elle laisse du chagrin dans la vie de Gabrielle.

Avec beaucoup de surprise, on retrouve le musicien Moustapha Mbengue dans la peau du protagoniste. Le chef d'orchestre sénégalais s'immerge merveilleusement dans le rôle d'Amin, et lui rend pleinement justice. Avec Mareme N'Diaye qui joue le second rôle de Aïcha, sa femme restée au bled, les deux personnages renforcent l'approche du réalisateur : celle d'une immigration motivée par l'amour et non pas par simple prestige de se retrouver en Europe. Dans ce film, donc, les raisons d'immigrer en Europe se multiplient et deviennent complexes.

Les deux lieux du film, le Sénégal d'un côté, et la France de l'autre, questionnent les images qu'on a de ces deux mondes. L'Europe où la vie est difficile contredit ce que bon nombre d'Africain pensent, et l'Afrique où la gaîté de vivre est au rendez-vous dément l'image misérable véhiculée sans fin par des médias paresseux. Une construction riche de sens que ce film nourrit à travers des séquences qui la renforce encore plus.

Le rendu légèrement obscur est ce qui frappe le spectateur dans un premier temps. Cette apparence visuelle voulue par Philippe Faucon accompagnent les confidences amères d'une Gabrielle en manque d'amour. Le côté expressif de ce film s'avère très réussi, encore plus grâce aux notes de musique qui attendrissent et accentuent une atmosphère fortement mélancolique. Les sons de flûtes, puisque c'est de cela qu'il s'agit, marient l'image au récit en faisant pénétrer chaque dialogue dans un discours unique, celui de l'amour.

Au-delà du quotidien des quartiers des immigrés auxquels ils nous confronte, Amin relate aussi les problèmes de couple qui affectent autant les parents que leurs enfants. Bien qu'Amin Sow soit quelque peu indifférent à ce qui lui arrive, la trahison qu'il inflige à sa femme restée au loin affecte sa conscience et paralyse sa tranquillité. Le contraire du père de Célia qui ne fait pas du tout cas de ce que traverse son ex épouse Gabrielle. Cet accent particulier à la vie de famille constitue le point de départ de toute l'intrigue. Pour le réalisateur, rien ne vaut l'unité et le bonheur familial quitte à payer le prix de la souffrance physique ou morale pour l'obtenir. D'où le travail pénible de Amin dans le chantier au profit de ses enfants, et sa décision douloureuse de quitter Gabrielle pour honorer sa femme Aïcha. En bref, le film Amin vaut le coup d'oeil, et propose une compréhension différente de ce que représente l'immigration pour bon nombre d'Africains qui risquent leur vie en Europe. 

Zoom

Moustapha Mbengue, un grand artiste avec deux casquettes

Moustapha Mbengue est originaire de la région de Dakar au Sénégal – il passe une partie de son enfance sur l'île de Gorée et est élève d'une école coranique soufie de la confrèrie Mouride (fondée par Ahmadou Bamba), plus particulièrement de la branche Baye Fall – où il grandit dans une famille de cultivateurs de l'ethnie Sérère originaire de Morolà.

Pratiquant le djembé, il crée un groupe de musique traditionnelle, appelé Africa Djembé, et fait son premier voyage en France pour donner des concerts à Chartres.

Après quelques petites apparitions à la télévision et au cinéma (notamment dans "Les Caprices d'un fleuve" tourné au Sénégal par Bernard Giraudeau), il s'installe en 1998 à Rome en Italie, s'y marie, et pratique principalement la musique et la danse au sein de deux nouveaux groupes tels que Tamburi di Gorée et Tam Tam Morola, constitués principalement d'immigrés sénégalais. Grâce au journaliste italien Maurizio Costanzo, qui le repère lors d'un concert, il commence à jouer dans des séries italiennes, puis monte sur scène au théâtre, principalement pour des accompagnements musicaux.

Il obtient le rôle-titre du film Amin (2018) de Philippe Faucon – qui le repère grâce à ses vidéos scéniques – présenté lors de la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes. Cette prestation, très remarquée, lui permet alors de commencer une carrière d'acteur de cinéma en France.

Israël Nzila Mfumu

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