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Documentaires / Sénégal

Les larmes de l’émigration d’Alassane Diago

Collection Lumière d’Afrique Les méandres de la vie d’une mère, celle du réalisateur Alassane Diago, qui depuis 20 ans attend vainement le retour de son mari qui a émigré vers la France.

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Un tête-à-tête entre une mère et un fils qui se racontent.

Le fils posant des questions intimes et troublantes à sa mère sur les difficultés de la vie lorsqu’il était enfant. Cette dernière a en effet dû s’occuper seule de sa famille. C’est ainsi que Alassane Diago débute son documentaire Les larmes de l'émigration. Nous sommes face à une femme qui raconte un passé douloureux sans masquer ses émotions.

Les images sont volontairement lentes pour mieux décrire la lenteur dans laquelle est encré ce petit village du Sénégal. La maison en brique de terre, la cour, le sable, les nattes, la caméra n’épargne rien. Les plans sont longs et parfois figés pour mieux nous faire ressentir le quotidien de cette femme, prisonnière malgré elle d’une vie marquée par l’attente.
 Alassane-Diago

« Ce documentaire est le témoin que cette vie existe bel et bien. C’est moi qui l’ai vécue, c’est ma propre mère qui le vit. » Alassane Diago

Nous y arrivons enfin. L’enfant devenu adulte de retour dans son village natal demande à sa mère ce qu’il en est de l’absence de son père. Ce père absent parti en exil pour un aller simple, sans retour.

D’autres papas sont bel et bien revenus auprès des leurs mais la famille d’Alassane Diago n’aura pas eu cette chance. Devenu adulte, le souvenir fantôme de son père persiste. Alors la voix off derrière la caméra questionne cette femme en cherchant à extirper chaque sentiment enfoui comme pour se guérir elle-même.

Que deviennent les mères lorsque le père n’est plus là ? La mère du réalisateur a dû jouer les deux rôles. A-t-elle vraiment eu le choix ?

Cette femme raconte avec dignité sa volonté de rester fière malgré tout et de protéger ses enfants de la peine et du regard des autres. Laissée sans ressource et dans l’attente presque toute une vie, elle avoue que les temps ont été durs.

Parfois l’histoire se répète. C’est le cas de sa fille âgée aujourd’hui de 23 ans qui a vu partir son père à l’âge de 2 ans. Aujourd’hui c’est un mari parti également qu’elle attend et malgré elle, le destin de sa propre petite fille, qui avait tout juste un mois au moment du départ de son papa, risque de suivre le sien.

Alors il reste les souvenirs et les objets laissés par celui qui est parti. La mère d’Alassane Diago a conservé des photos, un boubou, un coran, autant de biens qui rassurent et qui sont gardés jalousement comme pour se persuader que le passé a réellement existé.

Alassane Diago a voulu mettre en image sa mère, cette femme forte qui a su rester digne. Tout ce qu’elle ressent n’est ni rancœur, ni haine, juste la volonté de Dieu qui est le seul maitre selon elle de notre destin. Elle est donc fataliste, elle qui n’a jamais voulu quitter le domicile conjugal depuis 20 ans.

Une vie d’attente résumée dans un documentaire poignant que le réalisateur a voulu dédier à sa mère et à sa sœur avec une pensée unique envers son père.

Alassane Diago rend hommage à la vie de ces femmes qui ne reverront sans doute jamais leur époux ayant émigré vers la France.

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Extrait du documentaire Les Larmes de l’immigration

Zoom

Alassane Diago, un jeune cinéaste qui a le vent en poupe

A bientôt 30 ans, Alassane Diago, jeune cinéaste sénégalais issu de la tribu Peuls, trace son chemin vers la reconnaissance sans encombre.

Il participe en 2004 au tournage de plusieurs films dont « Lili et le baobab » et suit une formation en audio-visuel.

Il réalise son premier long métrage documentaire, « Les Larmes de l'émigration » et remporte le Prix Casa Festival au Festival du Cinéma de Tarifa (Espagne) en 2010. La même année c’est le prix du meilleur long métrage documentaire au Festival International de Films Francophones de Namur (Belgique) qui lui est discerné.

Suivra son deuxième long métrage en 2012 intitulé « La vie n’est pas immobile » qui a reçu un prix au Festival du Grand prix international aux Escales Documentaires à La Rochelle en 2012 et le Prix Hors-frontières au Festival Traces de Vies, Vic-le-Comte la même année.

« Les Larmes de l’immigration » est un documentaire qu’il se devait de faire pour honorer les vies bouleversées par le départ d’un époux suite à la vague de sécheresse qui a secoué une région de l’Afrique de l’Ouest pendant les années 70-80. Beaucoup sont partis mais peu sont revenus auprès des leurs.

Diane N.

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On ne va tout de même pas se quitter comme ça !

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