Riwan ou le chemin de sable de Ken Bugul

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Riwan ou le chemin de sable
de Ken Bugul
Présence africaine
Un magnifique récit autobiographique d'une intellectuelle sénégalaise, revenue des illusions occidentales qui, en rentrant dans son village natal, devient la 28ème épouse d'un puissant et paisible marabout. Réflexion sur le mariage et exaltation de la féminité.

 

Dans un village du Sénégal, un puissant et paisible marabout vit et règne dans le respect des traditions.

Entouré d'une vingtaine d'épouses, qui ne manquent de rien mais qui attendent toutes son appel, le Sage distille son incroyable charisme. Car le « Serigne Daroulière » n'est pas le mâle tout puissant qu'on imagine, mais un homme, un vrai, bon pour chacun et curieux de tous.

Riwan, choisi pour illustrer cette histoire, en fait l'expérience. Démon enchaîné qu'on emmène aux portes de la concession, il trouve au contact du Serigne, le repos du coeur. Ses chaînes ont changé de maître, et c'est sans jamais lever la tête que Riwan devient le compagnon silencieux de toutes ses femmes, qui attendent leur salut dans le rire et la broderie de leurs « petits pagnes d'amour ». Il tamise le jour durant, le chemin de sable qui conduit à la chambre du Serigne...

Ce chemin que la narratrice a d'abord emprunté par amitié pour le saint homme puis par véritable amour, un amour qu'elle apprend à partager et à transcender.

C'est avant tout une histoire de femmes et un récit d'une extrême sensualité. Loin d'être une apologie de la polygamie, Riwan croise trois destins, celui de Riwan, de Rama et de la narratrice, qui ne sont en fait que des images dissociées de l'auteur elle-même.

Trois personnages qui aiment le Serigne à leur manière et se sont libérés de leurs fers : la folie pour Riwan, l'ignorance pour Rama, et le mal-être pour la narratrice qui confie avoir « retrouver une identité reconstruite, apaisée et réconciliée avec elle-même ».

Dotée d'une plume chaude et sans détour, Ken Bugul écrit dans la confrontation. Non pas celle, trop galvaudée, de la monogamie et de la polygamie mais celles des traditions africaines et de la bulle individuelle occidentale du tout permis, de la féminité et du féminisme, du désir de séduction et de la jalousie, de la conception de la vie et de la mort.

Et c'est sur ce chemin de sable, amoureux, que l'auteur nous raconte sa quête identitaire, loin des clichés sur la vie de couple et la définition de la « femme évoluée ».

Très beau livre, à lire avec son intelligence et ses sens, sans a priori.

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Riwan : une confrontation avec soi-même

Ken Bugul a véritablement été la 28ème épouse d'un serigne, d'un marabout. « Vivre une telle expérience a ouvert en moi beaucoup de portes personnelles. Cela m’a guérie de beaucoup de choses, de ma possessivité et de ma jalousie avec mes hommes ».

Ken Bugul veut dire « personne n'en veut » en wolof, à l'image de son livre dont aucun éditeur ne voulait à cause de certaines idées reçues bousculées : l'image d'une femme africaine sensuelle, heureuse de partager leur homme.

Puis l'image d'une femme occidentale, intellectuelle évoluée mais rongée par la jalousie et les déroutes sentimentales.

Ken Bugul a été ces deux êtres. « C'est la première fois que je voyais autant de femmes ensemble (…) je les voyais belles et sereines, heureuses », confie-t-elle dans une interview de Renée Mendy-Ongoundou parue dans le magazine Amina.

Et pourtant, toujours remplacée par la suivante, chaque femmes a ressentie tour à tour le tourment de l'abandon. Elles ont appris à développer une dimension spirituelle difficilement compréhensible pour notre époque. C'est ce qu'on appelle le Ndigueul « le fait de se soumettre et d'obéir à quelqu'un » bref, la garantie du paradis.

Aujourd'hui, Ken Bugul a retrouvé l'équilibre psychologique qu'elle cherchait. Son mariage avec le Serigne s'est rompu à la mort de celui-ci et lui a permis de rassembler ses multiples facettes en un seul être unifié.

Marie-Alix Saint-Paul
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