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Alien-Cartoon-Ibaaku

Albums / Sénégal

Ibaaku, afrofuturiste et électro

Issu de la scène hip-hop dakaroise, Ibaaku a sorti en janvier 2016 Alien Cartoon, son premier album solo et instrumental.

La Casamance dont il est originaire de par son père a été source d'inspiration pour Ibaaku. 

Après avoir grandi à Dakar, l'artiste crée et produit plusieurs albums hip-hop. Il n’en oublie pas pour autant ses amours premiers pour le jazz et la soul. Non plus de s’ouvrir à d’autres formes artistiques.

Alien Cartoon tout droit venu de la planète Galsen - Sénégal en verlan - est foisonnant et sans pareil.

Interview avec un artiste qui ère entre de mutliples univers.

Africavivre : A l’origine, Alien Cartoon est le projet musical ayant accompagné, dans le cadre de la biennale de Dakar 2014, le défilé de la styliste Selly Raby Kane. Pouvez-vous raconter comment ce projet de musique afro-électro-futuriste est né ?

Ibaaku : Alien Cartoon est le nom de la collection présentée à la biennale 2014. Cette collection mêlait performance, musique, vidéo, sculpture… tout un collectif d’artistes a travaillé autour du projet.

Je collabore avec Selly depuis sa collection précédente, ayant précédé Alien Cartoon. Avec elle, on a beaucoup échangé sur nos influences musicales. Elle a des influences très marquées. Elle m’a fait découvrir beaucoup de nouveaux artistes qu’elle aimait, qu’elle voulait retrouver dans sa collection. J’ai ensuite ajouté ma petite sauce. Elle m’a donné carte blanche car dès le début il y a eu une affinité artistique forte entre nous.

Après le défilé on s’est rendu compte qu’on avait eu un très bon retour du public. Et on s’est dit : “Pourquoi pas sortir cette bande-son sous forme d’album, histoire de prolonger le projet.” C’est assez original de sortir un album à la suite d’une collection de mode. C’était l’occasion pour moi de montrer ce que je fais depuis quelques années. Sortir un album instrumental, c’est aussi assez rare au Sénégal.

On l’a donc lancé sur le net gratuitement, sur soundcloud. On a travaillé avec un talentueux photographe et on a fait un clip. On a eu à la suite de cela un retour du label Akwaaba Music, qui vient d’Accra. Fin 2015, on a sorti l’album et il est sorti sur les plateformes en janvier 2016.

Ibaaku

© Jean-Baptiste Joire


Africavivre : Votre album est très inspiré par vos influences musicales diverses. Egalement par les lieux qui vous sont chers (Banlieue de Dakar, la Casamance, la Sardaigne...). Pouvez-vous expliquer en quoi ?

Ibaaku : Mon père est Casamançais. Il y a un riche patrimoine culturel en Casamance. Pour un musicien, la palette de rythmiques, de sonorités, de chants et d’histoires est très large. Ma démarche artistique consiste à puiser dans ce patrimoine culturel là.

Mon nom Ibaaku est Diola. Il vient de Casamance.

Les voyages m’inspirent beaucoup. Pour la Sardaigne, j’ai aussi beaucoup travaillé là-bas.
Dans la banlieue de Dakar, il y a des légendes du hip-hop africain et sénégalais. J’y avais un studio avec mon groupe Still. J’ai travaillé avec beaucoup d’artistes de la banlieue dakaroise. J’habite aujourd'hui un quartier très bruyant. Ça m’a inspiré dans la réalisation de cet album.

Africavivre : Vous avez beaucoup de cordes à votre arc. Vous êtes producteur, multi-instrumentiste, beatmaker, animateur radio. Pouvez-vous nous parler de cette polyvalence que vous avez développé ?

Ibaaku : Ma première corde est la musique. Je produis pour beaucoup d’artistes, pour la publicité, pour le cinéma.

Durant un an et demi, j’ai fait une émission hebdomadaire. Elle durait quatre heures, tous les jours. J’ai fait du live, des interviews. J’ai fait en sorte de donner plus de visibilité à cette scène qui émerge. Une scène qui prend des risques, qui crée de nouveaux codes…

Je me suis mis aussi dans l’univers de la mode : je crée des casquettes, sorte de chéchia mélangées avec l’univers urbain, hip-hop. Ma marque est DjapXap.

ibaaku-festival

 © Jean-Baptiste Joire


Africavivre : Vous avez évolué dans l’univers hip-hop tout en ménageant vos amours pour d’autres styles (soul, jazz, folk…). Depuis quelques années, vous continuez votre chemin musical en solo. Quel regard portez-vous sur votre parcours ?

Ibaaku : J’ai grandi dans une famille d’artistes. J’ai commencé à apprendre à jouer des instruments très tôt. Pas particulièrement dans la musique hip-hop. J’ai été beaucoup influencé par le jazz.

Au début des années 90, le hip-hop a explosé. Je me suis lancé dedans. Puis, je me suis progressivement lancé dans la MAO, la musique assistée par ordinateur. J’ai ensuite rencontré ma femme avec qui on a créé le groupe I Science. On a mélangé nos influences et en 2012 on a sorti notre album éponyme, entre reggae et hip-hop.

Entre-temps j’ai rencontré Selly. Aujourd’hui, je continue avec mes projets de groupes. Je mène tous ces projets en parallèle.

Africavivre : Quels sont vos projets à venir ?

Ibaaku : Je vais continuer à défendre l’album Alien Cartoon. J’ai encore des dates au mois de septembre en Ouganda et en Europe. Il y aura sûrement de nouvelles collaborations vidéos et visuelles.

Je suis également en train de travailler sur l’album I Science. Et je vais continuer de développer des projets sur ma marque de casquette.


IBAAKU / DJULA DANCE / ALBUM ALIEN CARTOON

Le portrait chinois d’Ibaaku

Africavivre : Si vous étiez un(e) auteur(e) africain(e). Qui seriez-vous ?

Ibaaku : Ousmane Sembène.

Africavivre : Si vous étiez un(e) réalisateur(trice) africain(e). Qui seriez-vous ?

Ibaaku : Djibril Diop Mambéty.

Africavivre : Si vous étiez un(e) musicien(ne) / chanteur/teuse africain(e). Qui seriez-vous ?

Ibaaku : Je serais un mélange entre Salif Keita et Fela Kuti. Dans les chanteuses, je dirais Yandé Codou Sène, une vieille chanteuse sénégalaise.

Africavivre : Si vous étiez un album lequel seriez-vous ?

Ibaaku : Back on the block de Quincy Jones. In the silent way de Miles Davis.

Africavivre : Si vous étiez un plat africain. Lequel seriez-vous ?

Ibaaku : Je serais le Soupou Kandja.

Africavivre : Si vous étiez une ville africaine. Laquelle seriez-vous ?

Ibaaku : Dakar.

Propos recueillis par Eva Dréano

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