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Théâtre / Rwanda

Samedi détente, une scène poétique et rythmée bercée par les souvenirs de Dorothée Munyaneza dans son Rwanda natal

Théâtre Le Monfort, 106 rue Briançon, 75015 Paris. Jusqu’au 31 janvier 2015 Quand les blessures deviennent trop lourdes, quand les mots ne suffisent plus, il reste la scène. Plus qu’un spectacle Samedi détente est un appel à la mémoire.

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Une scène sombre, un décor simple pour un spectacle qui n’en demande pas plus. Il n’est pas ici question de faire appel au superficiel.

Pour toucher, émouvoir, horrifier les cœurs et les âmes des spectateurs, Dorothée Munyaneza se veut humble. Elle était à l’aube de ses douze ans lorsque l’impensable s’est produit dans son pays de naissance le Rwanda. Elle revient sur sa propre histoire.

Le 6 avril 1994, un attentat contre le président du Rwanda Juvénal Habyarimana marque le point de départ d'un génocide contre la population Tutsi. En l'espace de 100 jours, 800.000 habitants sont pourchassés et massacrés.

Samedi détente fait écho à une émission de radio incontournable qui diffusait des musiques venues d’ailleurs sur lesquelles les gens chantaient et dansaient. Comme tous les enfants de son âge, l’insouciance régissait sa vie ainsi que celle de ses amis.

Sur scène nous entrons directement dans le vif du sujet, sans détour. Le bruit des machettes est à couper le souffle. Alain Mahé, compositeur et créateur d’espace sonore, également sur scène, excelle de tout son art. La rythmique est tantôt douce, tantôt effrénée. Les mots de Dorothée Munyaneza sont accompagnés par la danse déchainée de Nadia Beugré, danseuse et comédienne ivoirienne. Même s’il n’est pas simple de comprendre le lien qui unit ces deux femmes sur scène, ensemble elles feront un travail remarquable.

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Dorothée Munyaneza, nous propulse vers l’ailleurs, sur les périples de sa fuite familiale afin d’échapper à la mort. L’émotion est là. On comprend sa peine, on la vit avec elle. Lorsque la jeune chorégraphe et chanteuse se met à chanter, ce sont les sanglots ça et là du public qui résonnent.

En se déplaçant sur scène, ce qui frappe c’est que nous ne voyons pas une jeune trentenaire mais une pré-ado de douze ans. Comme si le temps était resté figé pour elle. Cette image est pour le coup assez troublante.

Entre évocation de la peur et de l’horreur, Dorothée Munyaneza tient à rappeller le rôle de certains pays, notamment la France, dont l’ignorance volontaire de ce conflit est restée inscrite dans l’esprit de ceux qui ont subi. Tant de massacres en si peu de temps. Un si petit pays tombé dans l’horreur sans que personne n’intervienne.

Les moments de transes pendant lesquels elle danse ou chante sont ressentis comme le moyen d’extérioriser et d’évacuer toutes les images qui la hantent. La perte des siens, la vue des corps sans vie, l’éloignement de sa mère, la méchanceté bestiale des autres, etc…

Et nous autres, que faisions-nous au printemps 94 ? C’est sur cette question que la représentation prend fin. Pour autant, il ne sera pas incorrecte de dire que cette même question a habité tout un chacun pendant les 1h15 que dure la pièce.

 

Samedi détente - Reportage TV5 Monde

Zoom

Etats des lieux d’un génocide 20 ans après

Dorothée Munyaneza a créé Samedi détente en vue de la 20ème commémoration des massacres ayant eu lieu au Rwanda.

Une manière de ne pas oublier que les blessures sont toujours ouvertes et que le travail sera long pour que les cœurs s’apaisent. Aujourd’hui encore la vie entre bourreaux et victimes reste compliquée et la gouvernance politique difficile.

Le gouvernement français a annulé sa venue aux commémorations du lundi 7 avril 2014 pour le vingtième anniversaire du génocide des Tutsis. Cette décision inattendue a été motivée par les déclarations du président du Rwanda, Paul Kagamé, sur « le rôle direct de la Belgique et de la France dans la préparation politique du génocide et la participation de cette dernière à son exécution même ». Source Médiapart.

Depuis 1994, les autorités rwandaises ont banni de la sphère publique toute référence aux identités d’origine au nom de la lutte contre le « divisionnisme » et les « idéologies génocidaires ». Pour en savoir plus : http://www.lemonde.fr/international/visuel/2014/04/07/avoir-vingt-ans-au-rwanda_4396114_3210.html#dErMY7lJmmVgHI01.99

Il n’en demeure pas moins que vingt ans après les massacres, le Rwanda enregistre de considérables progrès économiques. Il se présente comme un pays réconcilié avec lui-même.

Diane N.

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On ne va tout de même pas se quitter comme ça !

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