Films / République Démocratique du Congo

HENOC KIYOMBO, la nouvelle étoile du cinéma congolais

Kiyo's Prod / Castofas Filmz / Ray Pictures "On est en train de construire un cinéma"

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En plein préparatif pour le lancement du Festival International pour la Culture et les Arts du Tanganyika, le jeune réalisateur et acteur Henoch Kiyombo qui ne manque ni de courage ni de talent s'est confié librement à nous. Rencontre.

Bonjour, Henoc Kiyombo. Vous lancerez bientôt le Festival International pour la Culture et des Arts du Tanganyika, le FICART en sigle. Comment cette idée vous est-elle venue ?

Henoc Kiyombo : Pour commencer, moi je suis natif du Tanganyika. Je suis né et j'ai grandi à Kalemie. Cette ville m'a beaucoup appris, et donné. Après Kalemie, je suis allé évolué à Kinshasa en Art dramatique à l'Institut National des Arts, et, plus tard, j'ai réalisé un film que j'ai bien voulu présenter à ma ville natale, histoire de voir l'accueil et tout ce qui va avec. Mais c'était aussi un voyage stratégique pour constater la question de la culture de l'autre côté. Et j'ai vu qu'il y avait un besoin. Un besoin autant de savoir que d'activités culturelles. Il n'y en a pas assez, pourtant la ville de Kalemie est en train de devenir une ville touristique. Et des évènements comme ceux-là vont attirer beaucoup de regards, voilà !

Et vous êtes reparti avec ce constat ?

Henoc Kiyombo : C'est par là, après la sortie de ce film à Kalemie, que je suis reparti à Kinshasa avec des questionnements. Puis, plus tard, j'ai réfléchi à un évènement qui s'appellera aujourd'hui le FICART. Alors FICART c'est comme vous l'avez dit : "le Festival de la Culture et des Arts du Tanganyika" qui sera là pour promouvoir les us et coutumes, mais surtout le tourisme qui sera un aspect important de ce festival. Mais on ne peut pas ignorer d'autres disciplines d'art, à savoir : le cinéma, la mode, la photographie, le dessin, la peinture et l'artisanat.

On remarque dans vos propos que c'est un besoin beaucoup plus personnel...

Henoc Kiyombo : Oui, c'est vraiment personnel. C'est comme je le disais tout à l'heure, c'est une ville qui m'a beaucoup donné en termes d'expérience. Et voir autant de talent périr comme ça ou manquer de soutiens, pour moi c'est... Si je me voyais comme libérateur, ce serait par le biais de ce festival. Une façon pour moi de retourner l'ascenseur à cette ville.

Le court-métrage dont vous nous parlez c'est justement "La Manie du Vieux Mafieux". Parlez-nous de ce film.

Henoc Kiyombo : Ce film c'est un coup de tête. C'est un ras-le-bol. Au départ, quand je me préparais pour faire ce film, je n'avais aucune expérience dans la réalisation ni dans le cadrage. J'étais juste un acteur rempli d'ambitions, d'envie de jouer et d'être sous les projecteurs. Je ne voyais pas qui allait me donner cette opportunité. Alors dans une ville comme Kinshasa il faut se créer sa place c'est-à-dire que cela devait se passer de façon un peu plus brutale (rire). Et je me suis résigné, j'ai créé un truc sans pour autant consulter ceux qu'on appelle "les professionnels", et j'ai créé ce film-là pour me promouvoir, pour mettre en exergue mon talent. C'était un peu ça. C'est suite au ras-le-bol de me voir sans activité.

Comment cela se passe-t-il pour le subventionnement ? 

Henoc Kiyombo : Lorsqu'on se lance dans une bataille, il faut connaître son adversaire. Il faut mesurer la valeur de son adversité. Et, dans le cinéma, le problème de subventionnement est beaucoup chanté, on le sait déjà. Ce problème revient toujours à chaque fois. Pour l'instant on ne peut pas le changer, et ça, c'est un problème. Je pense qu'on ne doit pas attendre la solution, on doit aller vers la solution. Moi je vais vers la solution. Et comment je vais vers la solution ? En entreprenant. En entreprenant comment ? En faisant des choses pour que les gens soient convaincus. Faire des choses qui pousseront que ces investisseurs-là viennent, parce que les financeurs attendent un retour sur investissement. Ils ne viendront pas investir là où ils ne vont rien gagner. Il faut d'abord faire et convaincre. Nous sommes dans une étape où nous devons d'abord prouver. Nous devons nous confirmer pour attirer ces investisseurs. Alors je ne peux pas me plaindre parce que je suis entrain de semer. Et quand on sème on ne se plaint pas.

J'aime la façon dont vous concevez ce que vous faites. Alors ça me pousse à être curieux sur vos débuts en cinéma.

Henoc Kiyombo : Tantôt l'on me dira que c'est héréditaire, tantôt l'on me dira que le cinéma m'a dragué (rire). Puisqu'il faut le dire, dans notre famille celui qui faisait le cinéma en premier c'est lui [pointant son grand frère juste à côté], nous on le suivait dans cette petite ambiance lorsqu'il partait en répétition. Mais j'ai aussi une histoire personnelle qui m'est arrivée de façon inhabituelle, c'est que, depuis la maternelle, à chaque fois qu'il y avait une activité culturelle à l'école, on me prenait pour présenter un poème, et cela se répétait au fil du temps. Ce qui a tout confirmé, c'est lorsque j'ai fait mon voyage de Kalemie à Kin. Personne ne me connaissait à Kinshasa. J'arrive dans une école. Deux mois après, on vient me donner un texte de vingt-huit pages que je devais mémoriser et jouer le jour de l'anniversaire de l'école. Et je le joue, c'est un succès. Quand j'obtiens mon diplôme, j'étais tiraiilé entre gauche et droite, ne sachant pas quoi choisir. Là, je pose la question "Dans quoi est-ce que vous me voyez ?", et là on me dit "On te voit comédien et tout ça". Prrrrff ! C'était un chemin à prendre ! Et voilà comment je me suis lancé dans l'image. Je ne pouvais pas hésiter, du moment où on m'a donné cette réponse, je me suis tout de suite lancé.

Donc les autres ont été là pour développer ce qui était déjà en vous ?

Henoc Kiyombo : Ils ont juste donné leur point de vue sur moi. Par la suite, il a fallu que ce choix soit accepté par ma famille. Et, avec la famille, ça n'a pas été facile.

Comme vous parlez de votre frère, de la famille et des gens qui vous entourent, j'ai envie de savoir si vous avez une figure qui vous inspire le plus.

Henoc Kiyombo : Dans ma famille ?

Dans la vie.

Henoc Kiyombo : Ne pas avoir d'appui me motive. La mort de mes parents me motive toujours, c'est ce qui me pousse à travailler. Et je travaille tout en tenant compte de ça.

Henoc, on sent votre engagement dans l'art cinématographique, puisque vous êtes aussi l'un des organisateurs du Festival International de Cinéma de Kinshasa. Cet engagement constitue-t-il une vitrine particulière pour le cinéma congolais ?

Henoc Kiyombo : Oui, à part le festival que je suis en train de créer, je suis toujours initiateur de plusieurs projets pour promouvoir. Il faut rappeler que c'est ma deuxième année consécutive que je travaille dans l'organisation du film. Tout est parti de ma boîte de production qui a une sous-branche "Kiyo's Prod Event"pour l'organisation des évènements. Là, je rentre à Kin pour organiser le talk-show "Tombola" à l'Institut Français, puis nous tournerons dans une salle de cinéma. Ça sera une émission en présence de public et avec de célèbres artistes. Justement, l'idée c'est de promouvoir ce cinéma-là, de rapprocher ça du public, du consommateur. C'est dans cette optique, au fait.

Vous n'avez pas beaucoup d'expérience dans le cinéma, mais jusqu'ici votre œuvre reçoit des critiques positives. Êtes-vous satisfait de votre parcours jusque-là ?

Henoc Kiyombo : Si je peux indiquer un pourcentage, je dirais que je suis à 3 ou 4 % (rire) ça veut simplement dire que je suis loin de ce que je veux réellement.

Votre prestation dans la chanson "nini to sali te" du groupe MPR a été bien accueillie du grand public. Si l'on se tient à cette réception, ne pensez-vous pas qu'il faille faire un cinéma qui raconte la vie quotidienne de la population pour qu'il soit accepté ?

Henoc Kiyombo : Oui, aujourd'hui on ne peut pas dire qu'on fait du cinéma congolais. Je m'explique : on fait du cinéma pour ressembler à Hollywood. Hollywood existe déjà, et quand on essaie de refaire du Hollywood, c'est comme si on refait les mêmes choses. Nous avons un projet avec Saint-Patrick. Un projet totalement dans nos langues, et qui sera tourné ici suivant nos réalités. On se rend compte que quand on ramène la réalité tout près de ce que vivent les gens, elle est tout de suite accueillie. Alors au lieu d'aller puiser loin, créons une sorte d'originalité.

Votre rythme de travail. C'est quoi une journée typique pour Henoch Kiyombo ?

Henoc Kiyombo : Mon rythme de travail ? (Rire). Déjà Henoch Kiyombo n'a pas de management, donc c'est un gars qui ne contrôle pas du tout. Moi je suis un débrouillard. Un débrouillard c'est quelqu'un d'insatisfait chaque jour, il veut faire ci, il veut faire ça. Voilà pourquoi je refuse de management, parce que quand il y a un management on te refuse telle ou telle autre chose, et ça, moi je n'aime pas. C'est ce qui fait que mes journées c'est un peu le bordel (rire).

Votre dernier mot ?

Henoc Kiyombo : Je base toujours toute chose sur la reconnaissance. Je suis reconnaissant envers Africa Vivre pour s'être déplacé pour moi. Et, pour ceux qui nous liront, j'aimerais juste leur dire que nous ne demandons pas plus à part leur soutien, c'est ce dont on a le plus besoin. Je les salue et je les aime beaucoup. Merci ! 

Zoom

L'absence des canaux de distribution, un obstacle pour le cinéma congolais

En tant qu'acteur dans cet art, qu'est-ce que vous pouvez faire pour contribuer à l'émergence du cinéma congolais ?

Henoc Kiyombo : Notre cinéma, on peut bien le dire, est en pleine ascension, mais il faut reconnaître qu'il y a encore beaucoup de problèmes à régler. Tantôt vous avez parlé de la diffusion, et une diffusion ne peut pas se faire sans canaux de distribution. Ailleurs quand on produit un film, on a déjà tout un plan de diffusion. Déjà, il faut le constater : au Congo, on n'a pas plus de dix salles de cinéma. À Lubumbashi il y en a une, et, à Kinshasa, il y en a deux, je ne sais pas si vous pouvez m'en citer plus.

Puisque nous n'avons pas de canaux de distribution des films, nous devons en créer. À mon échelle, pour mon court-métrage, j'ai organisé des diffusion dans des écoles, j'ai fait des diffusion dans des rues, j'ai organisé des tournées et tout ce qui va avec. Tout cela, juste pour amener ce film-là vers le public, parce que les canaux manquent. Si, aujourd'hui, certains se mettent à travailler sérieusement sur la distribution, vous verrez que les films atteindront tout le public.

Les chaînes de télé ne nous aident pas non plus, elles nous demandent de l'argent pour que le film passe. C'est le contraire de ce qui se passe ailleurs ! Sinon, il faut aussi parler du retour sur investissement. Même si on lutte pour que notre cinéma soit en place, nous on a investi et il faut que ça rentabilise. Le film comme "Paris à tout prix" du feu Kadiombo, par exemple, paix à son âme, le réalisateur a sorti de son argent, mais, là, le public attend de regarder. Peut-être que les acteurs ont travaillé gratuitement et n'ont pas été payés, peut-être que l'équipe a travaillé gratuitement, mais ils espèrent un retour sur investissement pour espérer un petit cachet. Donc, beaucoup de choses restent encore à faire : par faute d'un manque de distribution, et d'un manque de production. Ce qui fait que le cinéma congolais, il essaie d'avancer mais recule toujours. Du moment où on arrivera à régler ça, on aura relevé ce très grand défi !

Israël Nzila Mfumu

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