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Documentaires / République Démocratique du Congo

Le combat du docteur Mukwege

Un film poignant et mobilisateur autour d'un combat essentiel signé par deux fins connaisseurs du pays : Thierry Michel et Colette Braeckman.

Le documentaire L'Homme qui répare les femmes, sous-titré La Colère d’Hippocrate, raconte le travail de Denis Mukwege, chirurgien et gynécologue, héros ordinaire méconnu, qui consacre sa vie à réparer les corps meurtris et les vies de dizaine de milliers de femmes et de jeunes filles congolaises victimes de viols collectifs en République démocratique du Congo.

Depuis une vingtaine d'années, la région du Kivu est le théâtre de plusieurs guerres. La population civile et les femmes sont les plus exposées.

Comme l'explique le docteur Mukwege : « Dans les zones de conflit, les batailles se passent sur le corps des femmes". Et c'est là tout le sujet du film : les viols collectifs et les destructions planifiées des organes génitaux des femmes comme arme de guerre et le combat de Denis Mukwege pour aider ces dernières à se reconstruire.

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Le docteur Mukwege au milieu des femmes et des jeunes filles congolaises soignées dans son hôpital.

Après avoir esquissé le contexte du Kivu (voir Zoom), le documentaire se concentre sur l'engagement du médecin, prix Sakharov 2014 pour la liberté de l'esprit et nommé pour le prix Nobel de la paix.

Militant infatigable de la cause des femmes congolaises, il s'exprime sans relâche dans son pays et à l'étranger pour sensibiliser la communauté internationale et réclamer la fin des violences. C'est en opérant une jeune femme qu'il avait aidé à naître qu'il décide de sortir du cadre strictement médical et de monter à la tribune.

Ce sont d'ailleurs les discours prononcés dans plusieurs pays qui structurent le documentaire. « Chaque femme violée, je l’identifie à ma femme ; chaque mère violée à ma mère et chaque enfant violé à mes enfants. Comment me taire quand nous savons que ces crimes contre l’humanité sont planifiés avec un mobile bassement économique ? » interroge Denis Mukwege en recevant le prix Sakharov.

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Le docteur Mukwege est le fondateur de l'hôpital de Panzi à Bukavu dans la province du Sud Kivu en République Démocratique du Congo.


Mais le docteur est avant tout un homme de terrain, la pratique de son travail étant au centre de sa vie. Depuis la création de l'hôpital de Panzi, plus de 40 000 femmes ont été accueillis pour des soins. La caméra de Thierry Michel se glisse d'ailleurs jusqu'aux salles d'opération pour montrer l’innommable.

Denis Mukwege dispense aussi des soins d'ordre psychologique à ces femmes souvent rejetées par leur famille et la société. En les aidant à développer de nouvelles compétence ou à retrouver les bancs de l'école, dans le cas des jeunes filles, il les aide à reprendre contact avec un semblant de vie normale. Les personnes souhaitant obtenir réparation peuvent aussi accéder à une assistance juridique. Outre ses activités à Panzi, où il vit sous protection des Casques bleus de l'ONU depuis qu'il a été victime d'une tentative d'assassinat, le docteur se déplace dans le Kivu à la rencontre de la population.

Au portrait de Denis Mukwege répond en écho celui des femmes dont il recoud les corps et les âmes. A travers de nombreux témoignages émouvants, le documentaire montre la lente reconstruction et le courage des Congolaises. Ces dernières tentent coûte que coûte de retrouver l'estime et l'amour d'elles-mêmes et de renouer contact avec leur féminité.

Pugnaces, ce sont elles qui firent d'ailleurs revenir le docteur au pays en 2013, en se cotisant pour lui payer son billet d'avion (suite à une tentative d'assassinat en 2012, Denis Mukwege s'est exilé en Belgique avec sa famille). Aujourd'hui, ce sont elles qui le poussent à poursuivre son activité au Congo.

Après L'Affaire Chebeya, un crime d’État ? qui lui a valu une arrestation et une expulsion, le réalisateur Thierry Michel revient avec un documentaire nécessaire qui indispose à nouveau les autorités congolaises (le film a été interdit en RDC avant d'être finalement autorisé).

Sublimé par les paysages du Kivu et la musique, L'Homme qui répare les femmes, centré sur l'engagement d'un homme, est un beau film lucide, terrible de par son sujet, alliant justesse documentaire et images d'archives.

Un film sur la « beauté des paysages, de ces femmes et du docteur » explique le réalisateur.

Bande annonce "L'homme qui répare les femmes - la colère d'Hippocrate" de Thierry Michel & Colette Braeckman

Le contexte au Kivu

Depuis la fin de la guerre civile et du génocide rwandais en 1994, la région du Kivu, située à la frontière avec le Rwanda et le Burundi, est le théâtre de nombreux conflits.

Connu comme la capitale du coltan, le « minerai de sang », qui entre dans la fabrication des téléphones portables, le Kivu, riche en ressources minières, est très convoité.

Différentes armées, dont celles des généraux rebelles du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), et des milices congolaises et étrangères, à commencer par les milices réfugiées hutus qui ont participé au génocide rwandais, se livrent combat.

Au Congo, « il faut tuer mille personnes pour devenir général » déclare un prêtre congolais à Thierry Michel.

Le documentaire dénonce ainsi l'impunité des auteurs de massacres et de viols qui participent à la destruction de la communauté et de ses fondements. Au point que le viol s'engouffre dans la société et se banalise en touchant des enfants de plus en plus jeunes.

Sarah Gastel

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