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à lire / République Démocratique du Congo

SORAYA ODIA, militante littéraire du Congo

Démystifier les livres

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Passionnée de littérature, Soraya Odia s'investit beaucoup et à plusieurs niveaux afin de rendre les livres moins inaccessibles en RDC et propager son goût pour la lecture, à travers ses billets sur le web mais aussi d'autres initiatives.

Chroniqueuse, slameuse et écrivaine, on lui doit notamment le blog "Majuscaux" dans lequel elle détaille ses lectures, parle de la littérature congolaise ou des endroits où trouver des livres à Kinshasa. Elle a accepté de répondre aux questions d'Africa Vivre ! 

De quelle manière le goût de la lecture vous est-il venu ?

Soraya Odia : Tout a commencé avec une bonne stratégie marketing. J'étais encore à l'école primaire et, en rentrant de l'école, je voyais des bandes dessinées qui étaient exposées à la librairie Médias Paul à Kinshasa. Ça attirait toujours mon attention et j'ai commencé à économiser de l'argent pour m'acheter des bandes dessinées chaque semaine. Après les bandes dessinées, je suis passée aux romans. Tout est parti de là.

A quelle fréquence lisez-vous, et comment choisissez-vous vos livres ? De manière anarchique ou, au contraire, très organisée ?

Soraya Odia : Ma fréquence de lecture varie selon les humeurs. Il y a des périodes où je lis beaucoup. Dans les 5 à10 livres par mois et je passe parfois des semaines sans lire quoi que ce soit. Pour ce qui est du choix de mes lectures, je le fais de manière anarchique. Il arrive parfois que je me lance des petits challenges du genre "Lire 5 auteurs africains par mois".

Quel genre de livres aimez-vous et à quoi êtes-vous particulièrement sensible quand vous lisez ?

Soraya Odia : J'aime lire les thrillers. Et depuis un moment les livres de développement personnel m'intéressent assez. Quand je lis, j'aime retrouver une certaines poésie même dans les romans.

Vous vous définissez comme une "militante littéraire". Pouvez-vous nous en dire plus ?

Soraya Odia : Mon militantisme consiste à faciliter l'accès aux livres auprès des compatriotes et promouvoir la littérature. Le besoin de devenir cette militante m'est venue lorsque j'ai constaté que les livres ne bénéficiaient pas de la même promotion que la musique par exemple.

Comment êtes-vous devenue autrice pour Habari RDC ?

Soraya Odia : J'ai été sélectionnée lors d'un concours d'écriture lancé par Habari RDC en 2016.

Les articles de Soraya Odia pour "Habari RDC" : cliquer .

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Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans la littérature ?

Soraya Odia : C'est le fait de vivre plusieurs vies sans les vivre vraiment grâce aux histoires qu'on lit. Donc j'aime cette évasion qu'offre la littérature.

Le blog de Soraya Odia, "Majuscaux", à découvrir ici

Comment avez-vous décidé d'inaugurer votre blog littéraire, "Majuscaux" ?

Soraya Odia : Après avoir suivi une formation sur la rédaction web avec Habari RDC où on nous avait également appris à créer et tenir un blog, j'ai décidé de me lancer. J'avais envie de partager régulièrement mes lectures.

Pour ce qui est du nom "Majuscaux", c'était déjà mon nom de scène en tant que slameuse, alors j'ai décidé de l'utiliser parce que je le trouvais unique et original, cela m'a d'ailleurs aidé à bien référencer mon blog sur Google.

Vous préparez un spectacle pour fin septembre. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Soraya Odia : Fin septembre, je serai sur scène avec d'autres femmes de lettres congolaises pour un spectacle dénommé "Femmes pose des mots sur ton silence". C'est une belle occasion pour les femmes de s'exprimer.

Vous mettez beaucoup en valeur les écrivains congolais. Lesquels préférez-vous en particulier, et pour quelles raisons ?

Soraya Odia : Répondre à cette question est difficile. Étant moi-même une apprentie écrivaine, je côtoie beaucoup d'écrivains congolais et j'apprécie la plume de plusieurs d'entre eux. C'est donc difficile de choisir. Cependant, Mudimbe reste mon préféré. Surtout pour son roman "Shaba II, les carnets de mère Marie Gertrude".

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D'après vous, aujourd'hui, quels sont les principaux freins à la diffusion des livres à Kinshasa et en RDC ?

Soraya Odia : L'absence et le manque d'application d'une politique culturelle dans ce secteur constituent les freins principaux. On peut également déplorer une trop faible promotion pour faire connaître les auteurs ou auteures congolais et congolaises ainsi que leurs œuvres.

Connaissez-vous cependant beaucoup de jeunes dans votre entourage qui aiment la lecture autant que vous ?

Soraya Odia : Oui, j'en connais beaucoup que je côtoie régulièrement d'ailleurs dans mon club de lecture où nous nous réunissons une fois pas mois pour parler des livres. Je côtoie aussi beaucoup des jeunes qui écrivent dans les milieux littéraires que je fréquente.

Écrivez-vous également des textes de fiction ?

Soraya Odia : J'écris des nouvelles, du slam, et je compte écrire des romans aussi.

Quels projets avez-vous pour continuer à diffuser le virus de la lecture tour autour de vous ?

Soraya Odia : J'ai plusieurs projets, notamment aller dans les écoles pour organiser des ateliers de lecture avec des élèves. C'est un projet commun avec certains membres du club de lecture. Pour ma bibliothèque circulante, j'envisage d'acheter un tricycle pour mieux circuler avec mes livres et organiser des petits ressemblements afin de parler des livres dans les lieux publics à Kinshasa.

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"Insérer les livres dans notre quotidien"

Vous avez réalisé une sorte de performance à Kinshasa, dans laquelle vous vous mettez en scène comme une vendeuse de livres ambulante. Ce projet a-t-il eu l'effet escompté ?

Soraya Odia : Je dirais que oui. Mon intention était d'attirer l'attention des Kinois sur les livres, leur montrer que ce n'était pas réservé à une catégorie spéciale des personnes. Je voulais démystifier les livres et montrer qu'ils pouvaient s'insérer dans notre quotidien. La photo a retenu l'attention d'un grand public et certaines personnes m'ont contactée pour savoir où ils pouvaient se procurer des livres à Kinshasa et d'autres voulaient avoir des conseils sur les livres à lire.

C'est même cet engouement qui m'a donné l'idée de créer une chaîne Youtube pour parler de la littérature congolaise, la littérature africaine et donner des astuces tirées des livres.

Pour répondre toujours aux demandes, j'ai décidé en plus de louer les livres de ma bibliothèque personnelle à ceux qui en ont besoin.

 

Crédit photo : Nizar Saleh. 

 

Matthias Turcaud

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