Shvngz

Albums / République Démocratique du Congo

SHVNGZ, de la RDC à Vaud, en passant par Château-Rouge

Polyvalent et prolixe

Partager cet article

Le chanteur congolais Shvngz, installé en Suisse, revient sur son parcours et ses projets, la manière dont il s'est fait connaître, et ses collaborations avec Mink's et Jacky Brown. Rencontre.

Comment le virus de la musique vous a-t-il contaminé ?

Shvngz : Mon père jouait de la guitare. De ce fait, étant petit, il y avait déjà de la musique partout dans la maison. Il y avait même des haut-parleurs dans la salle de bain !

En dehors de cela, ma passion a grandi grâce au producteur de MC Solaar, Eric, qui m’a fait prendre conscience du potentiel de ma voix alors que je n’avais que 9 ans.

Quand avez-vous décidé de devenir musicien professionnel ?

Shvngz : J’ai toujours voulu être musicien professionnel. Dès mon plus jeune âge, je savais que je voulais que cela devienne mon métier. Toutefois, c’est après avoir terminé mes études que j’ai décidé de prendre cela beaucoup plus au sérieux et de m'investir pleinement.

Avec le recul, quel bilan faites-vous de votre premier EP, "Bomayé", sorti sous un autre pseudonyme ?

Shvngz : Avec le recul, je me rends compte de beaucoup de choses ; à l’époque de la sortie de « Bomayé », il n’y avait pas encore les réseaux tels qu’Instagram, la promotion reposait plus sur le « terrain » que sur le virtuel. Cela signifie que l’on faisait faire des affiches et des flyers que l’on allait ensuite distribuer dans les rues en vue de promouvoir l’EP et les apparitions qui s’ensuivraient. Aujourd’hui, la promotion passe plutôt par les réseaux sociaux, contrairement à l’époque de « Bomayé » où le seul réseau social populaire était Facebook. Par ailleurs, les statistiques n’existaient pas encore ; on se basait plutôt sur le nombre de likes et de partages.

Dans « Bomayé », j’étais accompagné d’artistes expérimentés tels que DJ Mathematic et Ridin High, qui étaient là pour me guider dans ce qui était mon premier « vrai » projet. Ce projet m’a permis de m’imposer en Suisse et de faire plusieurs shows et collaborations.

À cette époque, on m’appelait « Jessy Shung Lee ». Jessy est mon vrai prénom, et « Shung Lee » était le surnom que m’avaient valu mes yeux un peu bridés. Aujourd’hui, j’ai changé de pseudonyme et me fais appeler « Shvngz ». J’ai voulu changer, car mon état d’esprit et mes aspirations artistiques ne sont plus les mêmes qu’à l’époque de Bomayé.

Shvngz-exorde

En Suisse, vous avez pu vous produire en première partie de plusieurs artistes comme Mokobé, Dj Abdel ou Cassidy. Ces expériences vous ont-elles fait grandir ?

Shvngz : En effet, j’ai eu cette possibilité car je commençais à me faire un petit nom. De ce fait, on pensait souvent à moi lorsqu’il y avait de gros artistes comme eux pour faire leurs premières parties.

Cette expérience m’a fait grandir car les showcases me permettaient de m’améliorer et de comprendre ce qui plaisait au public. Je n’avais que 16 ans, mais je me concentrais sur les différentes réactions du public, sur l’importance de la prestance scénique. Je restais souvent pour voir les showcases de ces artistes également, ce qui me permettait de m’en inspirer et de m’ouvrir à l’aspect professionnel de la musique et des représentations. C’était une réelle chance de pouvoir assister aux prestations de ces artistes américains et français, car leur énergie sur scène est très particulière.

Quels souvenirs gardez-vous du FK Festival au Cameroun ?

Shvngz : Incroyable ! C’était la première fois que je mettais les pieds au Cameroun. J’ai été très bien accueilli, l’ambiance était magique ; à un moment, le public m’a dit « Bis ! Bis ! » qui voulait dire « Remets ton son ». À ce moment-là je me suis emballé, j'ai ôté mon t-shirt et j'ai recommencé le son.

À l’occasion de ce festival, j’ai eu la chance de côtoyer Jovi et Reniss, qui y participaient aussi. Je suis encore en contact avec Reniss aujourd’hui ; elle me donne de bons conseils et nous entretenons une bonne amitié.

Vous avez collaboré avec Mink's, Jacky Brown de Neg's Marrons ou Locko. Pouvez-vous nous parler de ces différentes rencontres musicales ?

Shvngz : La collaboration avec Jacky Brown s’est faite grâce à Poison Mobutu ; j’ai toujours voulu travailler avec Jacky, et, quand j’ai fait le son « N’dombolo 2.0 », j’ai directement pensé à lui. Je lui ai donc envoyé le morceau, qu’il a tout de suite compris et validé. Quelques jours après, il m’a renvoyé ses pistes, et, pour le clip, je me suis rendu à OKLM Radio à Paris afin de le rencontrer et de tourner quelques images. La rencontre s’est très bien passée ; j’ai pu lui faire écouter d’autres morceaux, dont « Shouuu moi les lass » avec Mink’s et il m’a donné son avis sur mon style ainsi que quelques conseils.

Avec Mink’s, le contact s’est établi grâce à DJ Zoumanto, un ami de longue date. Mink’s venait faire un concert en Suisse et, de mon côté, j’avais déjà enregistré le morceau « Shouuu moi les lass » lors de mon passage au Cameroun. Du coup, quand j’ai su qu’il était en Suisse, et en plus dans ma ville, j’ai demandé à Zoumanto de me mettre en contact avec lui. Ils sont passés chez moi, j’ai fait écouter le morceau à Mink’s, il a validé et on a enregistré. J’ai été impressionné par son professionnalisme ; il a une réelle facilité pour l’écriture et est très créatif. Il a écrit sa partie en moins de 5 minutes, et, lorsqu’il a fini d’enregistrer, on était tous choqués par le couplet qu’il venait de lâcher. Par la suite, on est devenus très proches, et je le considère aujourd’hui comme un ami. Il est passé plusieurs fois me voir en Suisse, et je vais souvent le voir quand il vient à Paris. C’est une personne que j’apprécie beaucoup, d’ailleurs, nous avons enregistré un nouveau morceau ensemble qui n’est pas encore sorti.

Enfin, pour Locko, même schéma ; c’est l’une des personnes que j’ai connues au Cameroun grâce au FK Festival qui m’a mis en contact avec lui. Lorsqu’il est venu en Suisse, on s’est vus. L’enregistrement du morceau s’est fait le lendemain de mon show ; son manager m’a suggéré de passer à leur hôtel avec le matériel d’enregistrement. Au vu du temps que l’on avait à disposition, j’espérais simplement qu’il me fasse un refrain, mais il a enchainé couplet et refrain sans écrire et en seulement quelques minutes. Le morceau n’est pas encore sorti, mais ce sera pour bientôt.

Pourquoi avoir choisi le noir et blanc pour le clip de "Jolie Garce", qui parle d'un échec amoureux ?

Shvngz : Pour moi, les images en noir et blanc représentent bien le passé donc c’était une façon pour moi de faire comprendre que c’est une histoire ancienne. Le morceau et le clip contiennent plusieurs flashbacks ; lorsque tu vis un échec amoureux et que tu es capable d’en parler, c’est que l’histoire est derrière toi, qu’elle appartient au passé, d’où le noir et blanc.

Comment travaillez-vous vos textes usuellement ? La musique vient-elle avant, après, pendant ?

Shvngz : Je n’ai pas vraiment de fonctionnement spécifique pour écrire, parfois j’écris sans la musique derrière, et parfois avec la musique. Personnellement, je préfère écrire en écoutant le son, car cela me permet de sentir la musique et de m’approprier le bon flow.

Sur le continent africain, quels artistes vous ont-ils principalement inspiré ?

Shvngz : Papa Wemba, car il avait son propre style, une identité vocale unique. Il a créé des concepts, il a ramené la musique congolaise dans la musique « World », et j’ai eu l’occasion de le rencontrer car il venait du même quartier que mon père à Matongé (Molokaï).

Comment vivez-vous toutes les mesures affectant le monde de la culture (couvre-feu, nouveau confinement...) ?

Shvngz : Au début c’était marrant, mais maintenant je commence à me rendre compte que le monde change, et en tant qu’artiste c’est très difficile car on ne peut plus se produire sur scène, et il est très difficile de voyager. Dernièrement, je devais aller à Londres pour faire un clip avec Fira Star et BM Artist, mais, à cause du confinement, j’ai dû annuler et mettre le clip en stand-by, alors que le morceau était déjà sorti depuis un moment. Cette situation ne nous arrange vraiment pas, et j’espère que nous allons vite passer à autre chose… mais la santé avant tout.

Quels projets nourrissez-vous actuellement ?

Shvngz : Mon projet « Exorde I » est sorti il y a quelques semaines. Cela se passe très bien pour mon premier projet depuis « Bomayé ». Avec mon producteur Kay-Zy Jay, qui a produit « Exorde I », nous compotons sortir un prochain EP en 2021, qui sera en quelque sorte la suite d’« Exorde I ».

Nous souhaitons également mettre en place le label « The Barners », et travailler sur un nouveau style de musique. Il est pour le moment difficile de le qualifier, puisque c’est un mélange de musique acoustique avec une touche d’afro. J’ai hâte que cela sorte pour que nous puissions faire découvrir cela à nos auditeurs.

Pourquoi pas sortir également le clip du deuxième morceau que j’ai fait avec Mink’s !

On vous retrouve en concert au Congo dès que la situation sanitaire se sera améliorée ?

Shvngz : Dès que la situation sanitaire va s’améliorer, c’est évidemment l’un de mes objectifs ! J’aimerais venir au Congo pour un à trois mois et faire quelque shows et collaborations. Je suis en contact avec Innoss B, Samarino, Rebo et bien d’autres artistes ; ce serait donc l’occasion de les rencontrer « en vrai » et, pourquoi pas, d’échanger et de collaborer.

Zoom

Le tournage de "Je te bloque"

Vous avez tourné le clip de "Je te bloque" en plein Corona. Comment le tournage s'est-il déroulé ? On sent beaucoup de bonne humeur, de décontraction, de spontanéité !

Shvngz : Oui, c’était après la période du premier confinement. En France il y a Paris et Château Rouge ; à Paris même, on sentait la pression, la crainte. Mais à Château Rouge, sincèrement, les gens vivaient comme s’ils n’avaient jamais entendu parler du Corona. Cela dit, nous avons tout de même pris les précautions nécessaires et respecté les règles de sécurité, afin de tourner le clip dans de bonnes conditions.

Par ailleurs, vu qu’il y avait deux guests, Poison Mobutu et Biscotte Jr, plusieurs personnes s’arrêtaient pour prendre des photos ou regarder. Mais tout s’est très bien passé ; la bonne ambiance qui ressort du clip illustre parfaitement celle du tournage. C’était un peu comme des « retrouvailles » post-confinement.

Matthias Turcaud

Article précédent
JAY LOU AVA, afro-jazz euphorisant
Article suivant
AUNTY RAYZOR ne se laisse pas abattre
 
Ajouter un Commentaire
Code de sécurité
Rafraîchir