L'Cams

Albums / République Démocratique du Congo

L CAM'S donne sa version de la rumba !

"L'Afrique, c'est la base de tout, mec !"

Partager cet article

Au lancement de son single "Na pètè" sorti au mois de juin 2022, celui qui considère la musique comme un "être", s'impose petit à petit sur la scène lushoise et congolaise. Nous l'avons rencontré dans son studio d'enregistrement.

Bonjour, L CAM'S. Vous n'êtes plus à présenter. Nous allons parler du single que vous venez de lancer sur le marché, "Na pètè".

L CAM'S : Non, je préfère me présenter d'abord (rire) ! Voilà, je suis L CAM'S, artiste musicien, compositeur, interprète, performeur, voilà ! Congolais (rire) ! 

Alors je parlais du single "na pètè" lancé au mois de juin de cette année. On sent dans cette chanson un fond rumba, une rumba retravaillée. Peut-on parler de rumba revisitée ?

L CAM'S : Déjà, mon style de musique c'est la rumba-pop, et j'aime bien m'exprimer, sans limite sans me dire en avance que je vais faire comme ceci ou comme cela. Je vais là où mon inspiration me porte, quoi. Et déjà que mon style de musique c'est de la rumba-pop, voilà !


Si l'on prend l'ensemble de votre œuvre jusque-là sur le marché, je pense notamment à "Boma Ngaï", " Kimoninga", "Mayayi", on sent que vous travaillez vos clips. L'image est très appréciée du public, il y a même du récit dans vos clips, donc on sait comprendre de quoi il s'agit même si l'on entend pas le lingala, par exemple. Pourquoi l'aspect visuel vous importe tellement dans vos œuvres ?

L CAM'S : En tant qu'artiste musicien, il ne s'agit pas que de chanter. Moi je pense qu'il ne faut pas faire les choses à moitié. J'ai une devise personnelle, je me dis toujours : soit je le fais soit je ne le fais pas. Et quand je me décide de le faire, il faut que tout soit bien. Le clip y compris. Il faut que les chansons procurent du goût à ceux-là même qui les regardent à la télé. Donc, je mets de la rigueur de ce côté-là, en choisissant dès le départ de travailler avec des bonnes personnes aussi. En plus le clip, c'est une forme d'expression. Devant la caméra il faut que j'exprime ce que je chante, voilà !

En termes d'instruments, on remarque une grande variété ; on entend en effet du saxo, du solo, de la basse, etc. On remarque que les instruments de musique trouvent une place importante dans vos compositions.

L CAM'S : J'adore les instruments (rire) et il y a des instruments que j'aime tout particulièrement, aussi. Il y a le saxophone, il y a la trompette, il y a la guitare, il y a le piano (rire). Un truc qu'on fait souvent, on utilise la grosse caisse traditionnelle qu'on mélange souvent avec le hetoetf. 

Le etohetf ?

L CAM'S : Le etohetf, c'est une basse très moderne. Et j'aime quand on le met ainsi ensemble parce que ça crée quelque chose de beau. Tu pourras sinon remarquer que la plupart d'instruments que j'utilise dans ma musique sont des instruments qui possèdent des origines africaines. Il y a la corne que je développe et je le mélange à la trompette. On a la cajón, le bongo, le conga qui sont aussi développés. Et ce sont des instruments de chez nous, vous voyez. Et déjà, pour la petite histoire, la rumba vient de la kumba qui est une danse de la hanche d'ici en Afrique, bien avant l'esclavage. Et c'est en Amérique latine qu'avec l'influence portugaise et lusophone que le K s'est changé en R pour devenir Rumba. Ainsi cette Rumba n'était que de la Kumba qui s'est métamorphosée là-bas dans des cabaret. Et donc, que ça soit la pop, la salsa, le mambo, etc même le jazz ils découlent tous de la rumba et c'est notre musique, en fait. Moi je trouve qu'on doit se réjouir lorsque l'Africain joue ces genres de musique parce que pour moi c'est une réappropriation de ce qui était déjà au départ en nous.

Donc c'est le fond culturel africain qui porte votre musique ?

L CAM'S : L'Afrique c'est la base de tout, mec. Tout est partiede l'Afrique. S'il n'y avait pas l'Afrique on s'ennuyerait grave (rire), et c'est plus facile pour un artiste comme moi, je suis né africain et j'ai tout ça dans le sang naturellement. C'est de la chance ! (Rire)

Il y a une certaine thématique qui se profile dans vos œuvres musicales. C'est celle de la gent féminine. Parlez-nous en ! 

L CAM'S :J'adore les femmes (rire), je les aime beaucoup. Je viens d'une femme exceptionnelle. Et je pense que tout le respect que j'ai, aujourd'hui envers la femme est dû à elle. Elle m'a tellement marqué que je définis toujours la femme à travers elle. C'est quelque chose que je raconte souvent, et parfois les croyants ne me comprennent pas, je dis, pour moi le vrai sacrifice c'est ma maman. Nos mamans, disons, nos parents sont des personnes qui offrent leur vie sans aucune certitude. Et ça c'est très profond pour moi. Donc, ça m'a beaucoup marqué et c'est de là qu'est né ce respect-là envers la gent feminine.

Donc votre maman est votre source d'inspiration première ?

L CAM'S : Je dirais plutôt ma muse.

On sent qu'il se profile en vous un sens particulier de la musique. Comment définissez-vous la musique, L CAM'S ?

L CAM'S : Tu sais, la musique c'est au-delà de ce que disent les gens. Je ne les condamne pas pour autant, mais, tu sais, il ne suffit pas seulement d'avoir une oreille pour écouter de la musique, c'est d'ailleurs ce qui est dit vulgairement à travers l'expression : "on écoute la musique avec le cœur". La musique va au-delà des sens biologiques humains. La musique c'est une dimension où vivants et morts, visible et invisible, infiniment grand et infiniment petit se retrouvent dans la même cour. La musique c'est le moyen d'expression par excellence qui rassemble tout ce qui est, je ne dis pas tout ce qui existe, je dis tout ce qui est, c'est-à-dire l'invisible et le visible se retrouvent dans la musique. La musique c'est une très grande force. Et pour moi, la musique c'est une autre dimension. La musique est un être.

Votre carrière solo est encore toute jeune, cependant vous avez réalisé des œuvres incroyables et impressionnantes pour un début. Mais cela ne résume pas tout votre parcours puisqu'avant votre carrière solo vous avez collaboré avec d'autres artistes, notamment Nathalie Polombwe, Nicos le saxophoniste, etc. Vous avez chanté dans de grandes chorales de Lubumbashi. Qu'est-ce que vous gardez de cet autre registre musical que celui dont vous vous êtes choisi dans votre carrière solo ?

L CAM'S : Je pense que je n'ai pas eu de registre, à proprement parler. C'est juste le chemin, chaque personne a un parcours... Et on trouve différentes choses sur son parcours. Et dans mon parcours j'ai rencontré des gens, et j'ai travaillé avec ces gens-là. Selon la foi que j'avais à une certaine époque, je posais des actes par rapport à cette foi-là. Donc, ces étapes ne constituent simplement que mon parcours.

Et alors quel regard portez-vous sur votre carrière jusqu'ici ?

L CAM'S :Ttrop insatisfait. Ce que j'ai fait jusque-là m'insatisfait parce qu'il y a quelque chose que je veux atteindre. Et je peux dire à tous ceux qui aiment ma musique que je ferai mieux que ce que j'ai déjà fait jusque-là. Il faut vraiment que je travaille plus.

En parlant de travail, comment organisez-vous votre "temps de travail" ?

L CAM'S : Chaque semaine, j'enregistre une nouvelle chanson. C'est ainsi que chaque jour, je fais travaux vocaux. Cela implique un régime alimentaire et une discipline personnelle pour maintenir ma voix, puisque je ne fais jamais de playback dans mes prestations en live. Partout où je suis invité, même en boîte de nuit, je ne fais jamais de playback, n'en déplaise aux organisateurs. Je fais toujours du live. Ce sont donc des disciplines personnelles que je me suis donné. Je tiens à ces disciplines, parce que je veux que le L CAM'S d'aujourd'hui soit toujours différent de celui de la semaine passée, et ainsi de suite. Je vise cette évolution, en fait. Une rigueur d'abord sur moi-même.

Une figure musicale vous inspire-t-elle en particulier ?

L CAM'S : Ils sont nombreux, il y a Akon, il y a Bob Marley, il y a les Sauti sol, il y a beaucoup de gens qui m'inspirent par leur manière de faire et par ce qu'ils laissent comme legacy (héritage). Voilà ! Et en parlant de legacy, on me reproche de ne pas former les autres. J'aimerai en profiter pour dire qu'on ne forme que ceux qui veulent être formés. Si quelqu'un décide de rester dans sa zone de confort, personne n'ira le chercher pour le former. Il faut juste que celui-ci fasse le choix entre sa zone de confort et les exigences qu'impose ce qu'il veut devenir. Moi par exemple, je n'aime pas jouer à la star. S'il faut apprendre, je m'en vais apprendre, et c'est le résultat final qui élève parce que ces sont les gens qui font de nous des stars. En 4 ans de carrière seulement, ça m'a fait chaud au cœur d'être invité à chanter à la venue du roi Belge ici à Lubumbashi. Ça, c'est le résultat du travail. Ce n'est pas parce que je suis une star. D'ailleurs, je ne le suis pas encore (rire). 

Quels sont vos projets ? 

L CAM'S : Il y en a plein ! Déjà, j'ai un projet formel qui découle de mon expérience personnelle en ce sens où les cadres éducationnels où l'on est censés apprendre assimilent le musicien à un voyou. On trouve beaucoup trop de stigmatisations à ce niveau-là. Et tu vas remarquer qu'un esprit artiste ne trouve pas son compte lorsqu'il entre dans nos écoles, c'est ce que j'ai remarqué. C'est comme si l'école tuait la créativité de l'artiste, et les responsables de établissements scolaires eux-mêmes voient des artistes comme des voyous. Nos écoles n'encouragent malheureusement pas la créativité.

On ne bourre le crâne que de calculs, de dates, de formules et de théories alors que chaque élève possède une créativité en lui. Et c'est ainsi que ces esprits d'artistes finissent par fuir l'école. Ne vous étonnez pas que la plupart d'artistes, chez nous, ont fui l'école pour la rue. Ce n'est pas parce qu'ils le veulent, c'est parce qu'ils ne trouvent pas leur compte à l'école. Et c'est la rue qui leur a offert un cadre pour leur créativité. Est-ce que vous savez que pour un artiste, passer une semaine sans exercer son art équivaut à un chagrin d'amour ? Alors imaginez qu'à l'école ces élèves-là doivent passer des longues semaines sans exprimer leur art. Pire, ils ressentent ça et personne ne peut les comprendre. C'est de là que part mon projet.

Je compte passer avec des élèves dans quelques écoles ou des bibliothèques ou des centres d'art, bref dans des lieux vraiment instructifs, ici à Lubumbashi. Je ferai 15 minutes de live acoustique et, à la fin de ce live ,s'ensuivra une discussion avec ces élèves. L'objectif c'est que chaque élève parle de son talent et de ce qu'il sait bien faire dans le domaine culturel : broderie, design, théâtre, chant, etc. Et en compagnie de leurs professeurs ou leurs encadreurs, on esseyera d'établir des propositions qui pourront arriver même jusqu'aux décideurs, pourquoi pas. Il faudrait, qu'au-délà de tout ce que doit enseigner l'école, les établissements scolaires développent en même temps la créativité des enfants qui y étudient.

Tu sais, travailler son talent peut prendre des dizaines d'années. Or, si on commence le processus très jeunes ça va permettre de ne pas créer des vides plustard. L'art n'empêche pas l'instruction, mais ce qu'on voit chez nous, c'est le contraire à cause du mauvais management des talents chez les tout jeunes. Tout doit commencer dans les établissements scolaires pour que les futures artistes ne produisent pas des œuvres bizarres. Il faut qu'on mette en tête que si l'enfant qui possède du talent ne trouve pas son compte à l'école, il ira le chercher dans la rue. Et donc c'est un travail qui s'impose à nous tous.

Votre dernier mot ? 

L CAM'S : Vous êtes tous ma famille. N'hésitez pas à me suivre sur les réseaux sociaux. Tapez L CAM'S que ça soit sur YouTube, facebook ou instagram. Merci !

Zoom

Comment tout a commencé

Comment vous est venu le goût de faire de la musique ?

L CAM'S : Pour la petite histoire, j'etais encore très petit, avant même que je ne commence l'école, ça je ne l'oublie jamais ! J'étais assis avec mon père au salon, et on regardait un clip à la télé. À l'époque c'étaient des écrans noir&blanc (rire) alors on regardait la télé, c'était la chanson du général Defao qui passait. Et j'ai regardé mon père, j'ai dit : "Papa, est-ce que tu peux m'inscrire dans une école où on fait de la musique comme ça ?" j'etais vraiment petit. Et je me souviens que papa m'a juste souri, comme simple réponse. Et depuis lors ça a demeuré. Je pense qu'il y en avait déjà en moi, et cette épisode a juste était un déclencheur. Mon âme l'a juste reconnue tout simplement.

Israël Nzila Mfumu

Article précédent
KAISER KABUYA, l'écriture est le centre de gravité de la création
Article suivant
ABLAYE CISSOKO ET CYRILLE BROTTO, le mariage fructueux de la kora et de l'accordéon
 
Ajouter un Commentaire
Code de sécurité
Rafraîchir