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K.ZIA, l'amour est le remède !

Groove Attack Une genèse et un aboutissement

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Le projet "Genesis" s'apparente à une vraie proposition et une immersion dans l'univers d'une artiste très singulière, K.ZIA. Rencontre !

Comment la musique est-elle entrée dans ta vie ?

K.ZIA : La musique n'est pas vraiment entrée dans ma vie, elle a toujours été là, dans le sens où j'ai deux parents qui sont artistes. Ma mère est chanteuse parmi plein d'autres choses, et mon père est acrobate à cheval-comédien. Donc, je suis née dans un environnement artistique où la musique a toujours été très présente, je n'ai pas eu un moment de bascule où j'ai été introduite à la musique. C'est quelque chose qui était très automatique, que je n'ai pas dû apprendre.

Y a-t-il eu des artistes avec lesquels tu as grandi ?

K.ZIA : Absolument. Mes parents ont influencé beaucoup mon genre musical de par ce qu'ils écoutaient. Quand j'étais avec mon papa, par exemple, devant la chaîne hi-fi, il y avait un CD de Destiny's Child, de Georges Brassens, de Tupac, de Cesaria Evoria, de Johnny Halliday. C'est ce genre de combinaisons qui vont vraiment dans tous les sens. Du côté de ma maman, il y avait Grace Jones, Bob Marley, The Roots, et d'autres artistes, plus issus de groupes ethniques d'Afrique par exemple. J'ai eu beaucoup d'exemples. Beaucoup d'artistes ont baigné mon enfance.

Ta mère est belgo-congolaise. T'a-t-elle fait découvrir beaucoup d'artistes congolais en particulier ?

K.ZIA : Oui, quelques artistes populaires, comme Koffi Olomide, mais plus de la musique underground du Congo, et, sinon d'Afrique en général.

Quelle formation vocale as-tu faite ?

K.ZIA : Je n'en ai pas vraiment faite une. A travers les années, j'ai eu quelques cours, mais rien de très constant. J'ai eu quelques cours avec une chanteuse d'opéra que mon père m'avait offert. Sinon ma mère donnait des workshops, et de temps en temps j'y participais, mais sinon j'ai beaucoup appris par imitations, toute seule dans ma chambre, en écoutant, en observant et en imitant. Avec l'expérience, aussi, en rencontrant des personnes du métier qui m'ont donné des conseils au fur et à mesure, ce genre de choses-là plutôt que de faire du conservatoire.

Tu as assuré les premières parties de Sampa The Great, Kota The Friend, Tayla Parx. Qu'as-tu appris à ces occasions ?

K.ZIA : Le plus intéressant était de voir comment des artistes se mettaient en avant sur scène. J'ai vu beaucoup de prestations live, une fois de plus à cause ou grâce plutôt au métier de mes parents, et ma mère surtout dans ce cas-ci, mais surtout de grands artistes comme Black Eyed Peace, The Roots. C'était donc intéressant de voir des artistes plus proches de mon stade, ou de mon étape au niveau de leur carrière on va dire, et voir comment eux se mettent en avant, et le côté technique. Ca m'a permis de rentrer dans différents univers d'artistes, et de prester devant différents publics, qui ne sont pas les tiens, ou pas encore les tiens.

Quand tu fais une première partie, les gens ne te connaissent pas, contrairement à un concert. Il faut donc convaincre un public qui ne s'attend pas à grand-chose, ça c'était quelque chose de nouveau et que j'aime beaucoup faire au final. Ca permet de conquérir des personnes qu'on n'aurait pas conquises de manière normale. Par exemple, Kota The Friend c'est un rappeur, et moi je ne rappe pas, je suis chanteuse r'n'b principalement. Et donc, ces personnes ne seraient pas tombées sur ma musique en écoutant des playlists de recommandations par rapport aux algorithmes de tout ce qu'ils écoutent, ça c'est sympa.

Comment l'album « Genesis » a-t-il vu le jour ?

K.ZIA : De base, je voulais faire un EP, mais le projet a pris beaucoup plus d'ampleur que ce qui était prévu initialement. Le projet a grandi, l'équipe et la communauté autour aussi ont grandi. Après, l'album parle d'un début, « Genesis », le début de plusieurs choses. Le début de mon expression en tant que femme. Auparavant, dans la musique, je me considérais comme une jeune femme, une fille encore. Et là, maintenant, ces deux dernières années ont été très fortes pour moi, ce sont deux années dont je me souviendrai toute ma vie je pense, par rapport à la manière dont j'ai évolué et aux choses qui se sont passées.

C'est le début d'expression d'une adulte, d'une femme noire aussi au passage. C'est également le début de mon expression artistique en tant qu'artiste qui s'est un peu plus développée, qui a fait sa recherche. Les sorties d'avant étaient plus des essais, il y avait beaucoup de recherche. Je recherchais aussi mon style, maintenant je sais comment j'ai envie de m'exprimer. Je connais les messages que j'ai envie de me transmettre, je connais ma voix, mon timbre. Je n'imite pas trop d'artistes, j'ai vraiment mon style à moi. L'album marque aussi le début de mon écriture en français. Jusque-là, j'écrivais principalement ou exclusivement en anglais. Là, avec ce projet-là, j'introduis mon alter-ego ZIA, et une nouvelle plume, une nouvelle manière de chanter, de m'exprimer.

Comment le thème de la dualité est-il devenu le fil rouge de l'album ?

K.ZIA : Ca s'est fait progressivement. J'ai commencé à écrire en français, et, au fur et à mesure du processus, j'ai vu qu'il y avait des différences dans mon écriture francophone par rapport à mon écriture en anglais. Il y a deux esprits qui sont sortis. J'ai commencé à comprendre que, bien que les sujets dont je parle en français et en anglais soient très similaires, et bien que le message principal reste le même, la manière dans laquelle je les exprime est différente. La manière dans laquelle je chante aussi est différente. Le style musical également est différent. J'ai remarqué qu'il y avait cette dualité, et c'est de là qu'est né le concept.

Les clips de cet album sont très impressionnants. Peux-tu nous en parler, ainsi que de la manière dont tu as travaillé avec tes collaborateurs ?

K.ZIA : Je suis quelqu'un qui fait beaucoup de choses. La moitié de mes clips, c'est moi qui les ai réalisés. Par exemple, le clip « Je fais mes bails », à Dakar, c'est moi qui l'ai réalisé. Le clip de « Sanctuary », ici, à Berlin, c'est quelqu'un, mais en tout cas l'aspect visuel est très important pour moi, que ce soit les clips, les photos, la mode aussi que je mets beaucoup en avant.

La direction artistique de mon projet, c'est moi qui l'ai faite. J'ai une idée assez précise de mon projet, j'adore aller jusqu'au bout de mon idée, et ça ne s'arrête pas juste aux musiques, ça ne s'arrête pas juste aux mélodies. Il y a tout un univers que j'ai en tête. Les visuels permettent aussi de communiquer certains messages qui ne passent pas forcément par la musique. Et j'ai aussi envie de m'amuser, et de mettre en avant tous les personnages qui se trouvent dans ma tête, en me transformant dans des clips différents, avec des costumes différents, des coupes différentes et des énergies différentes aussi.

Pour prendre un exemple concret, comment t'est venue l'idée de tes cheveux qui font des motifs dans le sable ?

K.ZIA : Au niveau des cheveux, j'aime beaucoup l'extra. J'aime beaucoup aller au-delà de juste... une couette (rires), ou des cheveux lisses. J'aime bien aller dans l'exagération, et construire une œuvre d'art aussi dans les coupes de cheveux. Je suis toujours en train de trouver des alternatives, ou d'explorer. Les cheveux qui font des formes dans le sable, ça s'est décidé sur place. L'image initiale que j'avais, c'est moi allongée, et mes cheveux autour. Après, ma mère était là ce jour-là du shooting. Elle est aussi très créative, elle est directrice elle-même. J'avais demandé qu'on mette mes cheveux en étoiles, et c'est elle qui a demandé : « Attendez, attendez, on va les mettre comme ça ! », et c'est elle qui les a repositionnés pour former plutôt des spirales, des zig-zags, et ce genre de choses-là.

K.ZIA - Photo Promo 1 redimensionnée

Photo promotionnelle de K.ZIA.

Tu dis dans « Sanctuary » que « l'amour est le remède ». Tu en es persuadée ?

K.ZIA : Oui. Absolument. Je suis quelqu'un pour qui l'amour est la base, que ce soit l'amour pour autrui, dont on a plus souvent l'habitude de parler, mais aussi l'amour-propre, l'amour pour soi. Je suis quelqu'un qui a eu un parcours un peu difficile par rapport à mon « self-love ». En tant qu'adolescente et jeune adulte, j'ai eu beaucoup de problèmes de confiance en moi et d'amour-propre. J'ai dû beaucoup travailler sur moi, j'ai dû apprendre à travailler sur moi pour m'accepter. Le sujet d'amour-propre est donc très important pour moi, et on le retrouve souvent dans mes chansons.

Le sujet aussi de tolérance, de communauté, d'acceptation de l'autre. Le fait de ne pas être constamment dans la critique, dans le jugement, et la clé, par rapport à ça, c'est de baser ses actions et ses pensées sur l'amour. Du coup, l'empathie vient, la compréhension vient, et c'est beaucoup plus simple d'interagir avec les autres et avec soi quand on se base sur l'amour. C'est pour ça que je dis que l'amour est le remède, en contradiction avec d'autres sentiments comme l'envie, la jalousie, la haine, la frustration, l'avarice, ce genre de choses-là.

Quelles sont tes actualités prochaines ?

K.ZIA : Le 11 février, l'album sort. Je vais faire une release party, ici à Berlin, pour ma petite communauté, et j'aimerais bien, c'est une info exclusive parce que c'est encore en construction, mais j'aimerais bien en faire une aussi à Paris dans pas trop longtemps. Et la prochaine étape, c'est le live, on espère que les choses vont se débloquer. Ca a été un peu compliqué ces deux dernières années avec toutes les restrictions et les mesures sanitaires mises en place, mais c'est ça que j'aimerais reprendre justement : pouvoir faire des premières étapes d'artistes que j'aime bien, et bouger un peu plus.

Tu te sens bien à Berlin ? C'est une ville qui est propice à ton inspiration ?

K.ZIA : Ca l'a été pendant très longtemps. Ca va faire cinq ans que je suis ici. Je sens en tout cas que mon séjour à Berlin, par rapport à mon art et à ma carrière, va peut-être prendre fin. J'aime toujours beaucoup cette ville, parce que c'est une ville artistique, et il y a toujours plein de choses auxquelles je suis très attachée. Mais, de manière générale, je suis quelqu'un qui bouge beaucoup, et, ces derniers mois, j'étais très souvent en dehors de Berlin pour ma carrière, et je pense que ça va se passer de plus en plus. Cela dit, Berlin restera toujours dans mon cœur.

Du coup, tu parles bien allemand aussi ?

K.ZIA : Bien, euh... Après tout est relatif (rires). En tout cas, ça fait cinq ans que j'y suis, et au lycée je faisais allemand aussi. J'ai donc définitivement des bases, j'arrive à communiquer, et mon administration, que je le veuille ou non, est en allemand. J'ai donc un niveau pour pouvoir faire ça (rires).

Prévois-tu sinon de faire bientôt des concerts prochainement au Congo, à Dakar, ou ailleurs sur le continent ?

K.ZIA : J'aimerais beaucoup, et là, j'étais en discussion par rapport à ça aussi. Plutôt le Sénégal pour l'instant, parce que c'est là que j'ai passé beaucoup de temps ces derniers sept mois. Je suis vraiment tombée amoureuse du pays, d'ailleurs shout out the Sénégal qui a gagné la Coupe hier, de foot (rires). Ce n'est pas quelque chose qui est déjà d'actualité, je n'ai pas eu encore beaucoup de bookings sur le continent, mais j'aimerais beaucoup.

Propos recueillis par What's App le 4 février 2022. Remerciements chaleureux à K.ZIA et Charles Clément, son attaché de presse.

Zoom

Multi-facettes

Tu as fait un Master en relations publiques et média. Tu envisageais de faire autre chose, tu ne pensais pas pouvoir vivre de la musique, ou c'était une formation complémentaire ?

K.ZIA : L'idée est venue de mon papa. C'est lui qui a insisté pour que j'ai un plan B. En tant qu'artiste lui-même, il a essayé de me faire comprendre que c'est un métier qui peut être très compliqué par rapport au long terme, par rapport à des rentrées constantes de revenu, et que ça peut prendre du temps à démarrer, à construire. Il m'a dit que ce serait bien si je pouvais faire aussi autre chose, si j'avais un autre bagage sur lequel m'appuyer.

C'était un peu difficile, il n'y avait pas beaucoup d'autres choses que je me voyais faire en tant que métier, jusqu'à ce que je trouve cette branche-là, qui s'avère finalement très utile par rapport à ce que je fais aujourd'hui. J'ai cette casquette d'artiste évidemment, parce que j'en suis une, mais j'ai aussi cette étiquette d'entrepreneure, dans le business, le marketing on va dire, où je me vois en tant que produit un peu. J'arrive à voir mon art en tant que produit, et à le vendre, à le communiquer, à le mettre en avant, à créer la marque autour, et ça c'est grâce à ces études.

Matthias Turcaud

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