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FABRICE MUKUNA, le jazz comme passeport

"Quand on est musicien, on n'est jamais fatigué"

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Le saxophoniste congolais Fabrice Mukuna réside en Belgique depuis bientôt 5 ans, et ne manque pas de projets.

Il revient pour Africa Vivre sur son style musical à la croisée des genres, son parcours riche en rebondissements, et quelques rencontres importantes qui l’ont jalonné.

Comment la musique est-elle entrée dans votre vie ?

Fabrice Mukuna : La musique est entrée dans ma vie quand j'étais gamin, quand j'avais 8 ans-9 ans, je jouais à l'église. Je viens d'une famille religieuse. Mon père était ingénieur son dans une église, et ma mère chantait dans la chorale avec nous, avec ma grande sœur. A la maison on faisait de la musique, à l'église on faisait de la musique. C'était quelque chose d'inévitable, et j'ai commencé par la batterie. C'est un don.

Vous avez grandi à Mbuji-Mayi. La musique était-elle très présente ?

Fabrice Mukuna : Je suis né à Mbuji Mayi mais j'ai grandi à Diboko. Mes premiers souvenirs sont à Diboko (Kasaï Occidental). Au Congo la musique est partout : à Kinshasa, on entend déjà la musique jouer dans des bars à partir de six ou sept heures du matin. 

Eglise de Diboko

L'Église de Diboko que fréquentait Fabrice Mukuna.

Vous êtes parti seul à Kinshasa à l'âge de douze ans. Sans indiscrétion, comment cela se fait-il ?

Fabrice Mukuna : Mes parents avaient envie que j'ai une meilleure éducation, que je m'inscrive dans une école de musique. Ils ont eu l'idée de m'envoyer à Kinshasa pour que je continue dans cette voie. Je me suis retrouvé là...

Le chanteur de gospel Mike Kalambay vous a pris sous son aile. Pourriez-vous nous dire quelques mots de lui ?

Fabrice Mukuna : C'était comme un père pour moi. Je jouais dans son band. On travaillait sur plein de nouveautés. C'est un artiste avec beaucoup de créativité, et je m'inspirais toujours de lui. C'était une bonne expérience.

Vous avez joué au stade de Lubumbashi. Quel souvenir en gardez-vous ?

Fabrice Mukuna : C'était vraiment extraordinaire. On arrivait, il y avait tellement de public, tellement de monde, tellement de fans dans le stade. C'était un régal. Il y a une vidéo sur Youtube qui retrace le voyage et le concert. J'étais bien entouré.

D'où vous vient cette énergie qui est la vôtre sur scène et en studio ?

Fabrice Mukuna : Je suis comme ça, je suis un show-man. C'est pratiquement impossible que je donne un concert avec un public assis. J'aime que tout le monde bouge et danse, et que ce soit un régal. Je travaille avec huit ou neuf musiciens en plus, ce qui contribue à cette énergie.

Comment avez-vous développé votre propre style ?

Fabrice Mukuna : En écoutant, différents styles de musique – hip-hop, rap, afro-beat, notre papa Manu Dibango, Richard Bona, Fally Ipupa, Papa Wemba... Je ne peux pas citer tous les artistes qui m'inspirent, parce qu'ils sont tellement nombreux ! A chaque fois que j'écoute une musique – même latine ou européenne – elle peut m'inspirer. Je mélange ce que j'écoute avec mes origines luba, la musique « mutwashi » de mon village. Il peut m'arriver de le mélanger avec un air latino et une harmonique occidentale.

Pouvez-vous nous parler de votre rencontre avec Fabienne Penninck ?

Fabrice Mukuna : J'étais parti jouer du saxophone dans un mariage, et c'est comme ça que j'ai rencontré Fabienne qui joue également du saxophone et qui est devenu mon manager et productrice. Je lui ai donnée des cours et elle m'a proposé de venir étudier en Belgique. Une très belle expérience...

Quel bilan faites-vous de vos années en Belgique depuis votre arrivée en 2017 ?

Fabrice Mukuna : J'ai d'abord participé à des jams de jazz à Bruxelles où j'ai rencontré pas mal de musiciens. On a fait connaissance et on a joué ensemble. Un jour, je leur ai demandé s'ils voulaient jouer de l'afro jazz. Ensuite, j'ai rencontré d'autres musiciens dans des académies. J'ai créé mon groupe ; on a joué à Bozar, à l'Ancienne Belgique et d'autres belles scènes belges. Mon groupe a été lauréat du concours Matongé Sound en 2020 et j'ai sorti mon premier EP en 2020 également. Maintenant je croise les doigts pour que tout ça continue et que mon projet "Bokoko Africa" fasse le tour du monde.

Fabrice Mukuna jouant aux maracas jeune

Ça a commencé tôt... Fabrice Mukuna, encore enfant, jouant aux maracas.

Vous avez joué avec Rodriguez Vangama à l'Université de Gand un jour après votre arrivée sur le sol belge. Vous n'étiez pas trop fatigué ?

Fabrice Mukuna : Quand on est musicien, on ne se fatigue jamais ! On ne dit jamais « non ». On a fait ce beau concert, et c'était vraiment incroyable. Je le connais très bien.

Comment votre rencontre avec Richard Bona s'est-elle passée ?

Fabrice Mukuna : Honnêtement, ce n'était pas vraiment une bonne expérience en tant que musicien. Quelqu'un m'a invité dans le club de Richard Bona à Paris, mais je n'ai pas eu beaucoup de temps pour parler avec lui. Après tout, c'est normal quand on est une star comme lui. J'ai en tout cas une belle photo avec lui !

Quelles sont vos actualités ?

Fabrice Mukuna : Pour l'instant, je travaille avec de nombreux artistes : il y a pas mal de projets, de featurings, de collaborations, qui tournent sur les réseaux sociaux, Spotify, Youtube, Amazon... Et j'ai déjà des compositions pour un album. J'attends le bon moment ; ça peut prendre une semaine, un mois, un an... Pour que ce soit bien, ça prend un peu de temps du point de vue administratif et des documents, mais c'est pour bientôt normalement. Mais c'est aussi une question de budget. Cela dit, on a des concerts jusqu'en septembre qui sont prévus... Et on aimerait bien que ce qu'on a sorti connaisse déjà du succès !

Remerciements chaleureux à Fabrice Mukuna et Fabienne Penninck, ainsi qu'à Groover, la plateforme sur laquelle nous l'avons découvert. N'hésitez pas à consulter son site Internet pour plus d'informations. Pour écouter sa musique, nous vous conseillons aussi ce lien

Zoom

Un saxophone pour sept

Vous avez partagé un saxophone avec sept autres musiciens. Pourriez-vous nous parler de cette expérience ?

Fabrice Mukuna : Ce sont des choses que j'ai vécues à l'INAS , c'est le Congo ! Je ne sais pas si c'est encore le cas, mais à l'époque, on pouvait jouer du saxophone pendant trente minutes avant de le passer à quelqu'un d'autre. On faisait avec les moyens du bord. Après les cours, on devait attendre. Si tu voulais t'entraîner, tu devais donner ton nom au préfet de l'école pour demander la permission d'utiliser le saxophone après les cours. Je restais jusqu'à 22 heures pour jouer au saxophone, parfois dans les toilettes, parce que les locaux manquaient aussi...

Matthias Turcaud

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