Celine_Banza

Albums / République Démocratique du Congo

CELINE BANZA, préface à une carrière qui s'annonce prometteuse

Une guitare qui a tout changé

Partager cet article

Malgré de nombreux écueils, la jeune Céline Banza a trouvé les ressources pour devenir une artiste musicale déjà reconnue en RDC, et ailleurs. 

Lauréate du prix RFI Découvertes 2019, elle se livre en toute simplicité sur son parcours, et son travail, alors qu'on peut découvrir son premier album, "Praefatio".

Comment la musique est-elle entrée dans votre vie ?

Céline Banza : Depuis toute petite, je chantais à la maison, puis à l’école ensuite à la chorale de mon église. Mon père m’encourageait beaucoup, il m’a offert une petite guitare quand j’avais 7 ou 8 ans. Petite, je savais déjà que je serais chanteuse.

En quoi votre prestation à l'Alliance Française de Kisangani en 2013 a-t-elle été un déclic ?

Céline Banza : Kisangani, c’est la partie de ma vie que j’aime beaucoup. Avec tout ce qui se passait entre la famille de mon père et nous, tout ce qui me consolait, c'était la musique. Je trouvais la force, le courage et l’espoir dans la musique.

Et pour ce concert c’était la rencontre avec les studios Kabakos. Ils ont fait de moi leur petite sœur, leur fille et ils ont réalisé mon rêve, m’emmener sur scène ! Ils étaient rappeurs, danseurs, j’ai chanté avec eux. Et l’énergie qu’il y avait, la chaleur et la réaction du public ... tout ça m’avait éblouie ! C’est là que j’ai senti le truc, que ce serait la musique ou rien.

Que vous ont apporté vos études à l'INA ?

Céline Banza : À l'Ina, j’ai appris que la musique était une science comme toute autre. J’ai commencé avec la guitare puis je me suis orientée vers l’ethnomusicologie. Une science récente, qui étudie la musique en elle-même et aussi dans son contexte socio-culturel. J’ai découvert les richesses de la RDC à travers cette science... D’où mon choix de pouvoir traduire quelques chansons de mon album en ngbandi.

Quels souvenirs gardez-vous de "The Voice Afrique" ?

Céline Banza : Ce fut une courte expérience mais qui m’a beaucoup aidée. Elle a déclenché quelque chose en moi. On avait en plus un super coach, Alsalfo. Il nous disait : "Je n'ai pas besoin de choriste ici, j’ai besoin de leader, de personnes qui veulent être devant. Donc si tu ne travailles pas pour être devant les projecteurs, tu ne les verras jamais ces lumières." 

Quand je suis rentrée à Kin, j’ai repensé à tout ça, et ça m'a galvanisée. Je me suis entourée de bons musiciens, je me suis mise à composer mes chansons ... C'est allé vite, après !

Qu'arrivez-vous à exprimer en ngbandi que vous n'arrivez pas à exprimer dans une autre langue ?

Céline Banza : Je ne sais pas, c’est au public de me le dire sans doute. Le choix de chanter en ngbandi s'est imposé avec mes études d'ethnomusicologie. J'avais travaillé sur une musique de mon peuple. Au moment de composer mes chansons, je me suis dit : pourquoi ne pas en traduire quelques-unes en ngbandi ? J’ai essayé et, aujourd’hui, je prends du plaisir à chanter dans cette langue. Ça ne veut pas dire que je renonce à d’autres langues, mais c’est juste que je ne calcule pas tout ça, je ne prévois rien. J’écoute mon coeur.

Si je prends ma guitare et que le texte correspond à la mélodie, tant mieux ! Mais si elle me parle avec le texte en ngbandi, tant mieux aussi !

Pourquoi avez-vous signé chez le label Bomayé ?

Céline Banza : Suite à un joli hasard, je dirais. J’étais programmée à la deuxième édition du forum (African Music Forum) qu’organise ce label, et ils avaient organisé une soirée privée avec les partenaires et d’autres maisons de production venus de partout. Je devais chanter deux ou trois chansons avec ma guitare. Après ma prestation, Philo, mon actuel producteur, est monté sur le podium pour dire : c’est qui cette artiste, d'où vient-elle, je la veux dans mon label.

J’étais alors encore dans la compétition avec RFI, c’était la période de votes. J’avais demandé à Philo d’attendre, je voulais d'abord prendre le temps de réfléchir. Quand j’ai remporté le Prix RFI, il me fallait une équipe, il fallait que je sois accompagnée. Et après plusieurs discussions avec Philo, j’ai vu qu’il était naturel et sûr de lui. C’est comme ça que j’ai accepté de signer.

Comment avez-vous travaillé avec Sarah Bitamazire ?

Céline Banza : Sarah n’est plus une amie, c’est aujourd’hui une sœur pour moi. Elle était angoissée et m’a envoyée un texte avec une mélodie de guitare. Elle m’a dit : "Céline, regarde, peut-être que tu peux en faire une chanson." Quand j’ai lu le texte, je lui ai dit que c’était déjà une chanson, et que je voulais bien la chanter, mais pas sans elle !

Comment votre collaboration avec Youssoupha s'est-elle passée ?

Céline Banza : En fait, je ne m’y attendais pas du tout. J’étais en retard sur l’album, et j’avais du mal à terminer une chanson. Quand Philo (mon prod) est passé en studio pour écouter les chansons, il m’a demandé pourquoi j’avais du mal à terminé "Départ". Je lui ai dit que je voulais changer le refrain, parce que je pensais qu’il fallait une réponse, et qu’il fallait surtout un homme qui s’impose, qui me réponde avec beaucoup de clarté. Il a écouté et filmé la chanson, et a rapidement pensé à Youssoupha. Une heure après son départ, Youss m'a écrit en me disant qu'il avait adoré la chanson, et était d'accord.

Pourriez-vous nous dire quelques mots à propos de "Legigi no Gbi" ?

Céline Banza : C’était sans doute une colère que j’avais... Il s’était passé quelque chose de tragique dans un pays dont je ne me rappelle plus le nom, et ce matin là j’avais cours de solfège. Je suis arrivée en retard, le prof n’a pas voulu me recevoir. Je suis allée m’enfermer dans une petite salle et j’ai une chanson en anglais... la mélodie de la guitare me parlait beaucoup. J’ai juste pris mon stylo, et tout le texte a atterri sur le papier.

Que vouliez-vous raconter avec la chanson "Mbi ndo Yemo" ?

Céline Banza : Mbi ndo Yemo,
Une histoire d’amour...
Un joli souvenir...
Je voulais juste dire qu’il faut profiter des moments qu’on a avec les personnes qu’on aime. Qu’il faut aimer, et avec tout notre cœur, parce que ces personnes ne seront pas là éternellement.

Qu'éprouvez-vous quand vous chantez ?

Céline Banza : Quand je chante,
C’est toute ma vie que je vois ...
D’où je viens,
Mes parents,
Le voyage après la mort de mon père,
Le manque, le vide, l'injustice
Mais aussi le courage et le sourire que je garde finalement toujours.
La musique c’est toute ma vie, tout ce que j’ai.

Quels projets vous occupent à présent ?

Céline Banza : Je travaille sur une campagne avec Unicef RDC, une campagne de sensibilisation dédiée à l’autonomisation de la jeune fille dans plusieurs villes. Je prépare en même temps ma tournée (Praefatio Tour Africa), et passe également du temps en studio, quand j'en ai la possibilité.

Remerciements chaleureux à Céline Banza et son attachée de presse Frédérique Miguel.

Zoom

La genèse de "Praefatio"

Comment l'album "Praefatio" a-t-il vu le jour ?

Céline Banza : L’album "Praefatio", c’est ma petite vie, Kinshasa - Kisangani - Kinshasa. C’est ma petite histoire. La douleur, le manque, le vide, le hasard, l’amour, le courage, la chance... la vie !!!!

« Praefatio » était un des textes (plaidoyer) de Cicéron qu’on a traduit à l’école (j’ai eu mon bac en latin philosophie). C’était son introduction devant les juges, et j’étais vraiment impressionnée de voir un avocat parler comme ça.

Alors je m’étais dit que si un jour je sortais un album, je l’appellerai "Praefatio", comme début ou introduction dans ce monde musical si grand.

Matthias Turcaud

Article précédent
KRISTEL, de Madagascar à l'espace intergalactique
Article suivant
UHURU REPUBLIC, éloge de la musique tanzanienne
 
Ajouter un Commentaire
Code de sécurité
Rafraîchir