Carnet de notes pour une Orestie africaine de Pier-Paolo Pasolini

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Carnet_de_notes_pour_une_orestie_africaineFilms / Ouganda - Tanzanie
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Carnet de notes pour une Orestie africaine
de Pier Paolo Pasolini
Carlotta Films
Une comparaison audacieuse entre la Grèce antique et l’Afrique postcoloniale.

 

Lorsque Pier Paolo Pasolini part en Ouganda et en Tanzanie pour des repérages, il a en tête d’y tourner un film qui serait une reprise de la trilogie théâtre d’Eschyle : Agammemnon, Les Choéphores et Les Euménides.

Lui qui a traduit du grec vers l’italien ces textes au début des années 1960 connaît parfaitement son sujet. Et il le démontre au début de la séquence, en racontant de manière claire et synthétique l’histoire de ce drame familial.

A la croisée des deux mondes, la naissance de la démocratie

Le point de départ de cette comparaison entre ces deux mondes est effectivement l’avènement de la démocratie, qui a lieu, selon Pasolini, au début des années 1960 en Afrique, au moment de la décolonisation. La tragédie d’Eschyle met effectivement en scène le premier tribunal humain, à savoir une assemblée d’hommes chargée de rendre justice à la place des Dieux.

Pasolini parcourt donc l’Afrique centrale pour effectuer un repérage pour cette adaptation qu’il souhaite réaliser, mais qui ne verra jamais le jour.

Lui qui maîtrise à la perfection l’art du portrait, choisit au grès de ces rencontres les candidats potentiels au tournage de son film à venir. Les institutions naissantes (tribunaux, universités, Parlement) seraient les lieux de tournage de cette adaptation.

Une lecture de l’Afrique primitive contestable

Comme dans toutes ses œuvres, la question de la pureté est au cœur de l’interrogation de Pier Paolo Pasolini. L’enjeu est finalement de saisir comment l’Afrique tribale telle qu’il se l’imagine peut résister à l’avènement d’institutions politiques modernes et des idéologies mondiales (capitalisme et léninisme).

Mais si ce postulat de départ (l’avènement de la démocratie succédant à une gestion tribale du corps social) est contestable, Pasolini a au moins le mérite d’en discuter.

Il invite ainsi des jeunes étudiants africains à réfléchir à la pertinence de sa démarche. Ces discussions riches entrecoupent les séquences de repérage et permettent une réflexion sur le projet en même temps que le réalisateur l’invente.

 

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Les voyages de repérage de Pier Paolo Pasolini

Ce n’est pas la seule fois que Pasolini a tourné de telles séquences. Il en a fait de même en Inde (Carnet pour un film en Inde), où il cherche à tourner l’histoire d’un maharajah qui donnerait son corps en sacrifice à un tigre sacré affamé.

De même, Pasolini a souvent parcouru son propre pays, l’Italie, et interviewé les gens sur une problématique précise, comme il le fait dans son immense Enquête sur la sexualité.

Tout aussi surprenante, cette technique hybride, entre le documentaire journalistique et la fiction permet de saisir au plus près l’état d’esprit et les réflexions d’un peuple déterminé à une époque précise.

Romain Dostes

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