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Romans / Ouganda

JENNIFER MAKUMBI, l'Ouganda autrement

Métailié Un roman ougandais sans Idi Amin Dada et la colonisation, c'est possible !

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Ecrit en 2013 et déjà distingué, "Kunti", le premier roman de la prometteuse Jennifer Makumbi paraît chez Métailié, dans une traduction de Céline Schwaller. 

Inspirée à la fois par les tragédies de Shakespeare et les contes traditionnels ougandais de son grand-père, Jennifer Nansubuga Makumbi a étudié et enseigné la littérature anglaise en Ouganda, avant de terminer ses études à l'université de Lancaster, en écriture de création ; et rejoint en parallèle un atelier d'écriture. 

Son projet de fin d'étude, "Kunti", remporte un concours de manuscrits au Kenya, en 2013, le Kwani Manuscript Project, avant d'obtenir aussi le prix Windham-Campbell en 2017. 

En plus de ce premier roman ambitieux, on doit également à Jennifer Makumbi un recueil de nouvelles paru sous le titre "Let's tell this story properly" aux États-Unis, et "Manchester Happened" en Grande-Bretagne. 

Les douze histoires recueillies parlent de la communauté ougandaise à Manchester, et non sans humour, dont l'auteure explique qu'il s'agit d'un outil fondamental de la culture de son pays d'origine. Elle imagine ainsi, par exemple, le récit d'un chien paria qui migre de Kampala à Londres et se mue en animal domestique. Le rire, à ses yeux, s'avère un allié précieux, pouvant se faire vecteur de messages importants et servant d'exutoire. 

L'écrivaine s'applique, de même, à battre en brèche la conception que nombre d'Ougandais peuvent avoir de l'Occident, et qui s'avère souvent extrêmement fantasmatique et invalide. Elle met en avant, en même temps, l'étiolement progressif des traditions africaines chez les migrants, et donne à repenser les problématiques complexes et jumelées du déracinement et de l'identité. 

Travailleuse appliquée, Makumbi peut passer six mois à quatre ans sur une seule histoire. "Kunti", ambitieuse saga ougandaise multi-générationnelle plébiscitée par le public et la critique, nous présente une famille affectée par une malédiction séculaire. 

Dans ce roman long de plus de quatre cent pages, on trouve beaucoup de meurtres et d'intensité. Jennifer Makumbi aborde aussi, pêle-mêle, les thèmes du sida, de la pauvreté, des fantômes ou de la superstition ; nous présente une société ougandaise tiraillée entre tradition et modernité ; et nous amène également à la découverte de la mythologie du pays, à travers une figure aussi légendaire que celle de Kintu. 

Zoom

Les clichés persistants sur l'Afrique

De manière notable, Jennifer Nansubuga Makumbi a eu beaucoup de mal à trouver un éditeur pour "Kintu" ; beaucoup arguant que le livre serait "trop africain" - comme s'il fallait obligatoirement parler de l'Afrique de manière occidentale ; et évoquer à la fois les dictateurs et la colonisation. 

L'anecdote révélatrice fait réfléchir sur les clichés et images préconçues encore et toujours afférents au continent et la frilosité de nombre d'éditeurs voulant que le lecteur reste à tout prix dans sa zone de confort. 

Bien décidée à aller à rebours de cette vision éculée des récits sur l'Afrique, Jennifer Makumbi aimerait que ses lecteurs occidentaux fassent l'effort de découvrir réellement une autre culture et une autre manière de voir le monde. 

Matthias Turcaud

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