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Romans / Nigeria

AMERICANAH de Chimamanda Ngozi Adichie

Gallimard Troisième roman de Chimamanda Ngozi Adichie, Americanah raconte l'histoire d'une jeune femme nigériane qui quitte son pays natal pour mieux y retourner. Une magnifique histoire d'exil et d'amour. Irrésistible !

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Ifemelu, l’héroïne du roman, n'est pas du genre à regretter ce qui aurait pu être.

Poussée par un père anglophile, qui adore le World Service de la BBC, et le manque de perspectives dans le monde du travail, elle part poursuivre ses études aux États-Unis. Son grand amour, Obinze, doit la rejoindre plus tard.

Ravie par la nouveauté , « avide de tout connaître de l'Amérique, d'entrer au plus vite dans sa nouvelle peau », Ifemelu n'échappe pas pour autant aux difficultés liées au fait d'immigrer : obtenir un numéro de sécurité sociale, trouver un job rapidement pour éviter les problèmes financiers, les morsures de la solitude, une culture dont on ne connaît pas les codes. S'ajoute à cela que dans un pays profondément marqué par les discriminations raciales, il est d'autant plus difficile de trouver sa place.

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Le quotidien se révèle bien éloigné de l'univers édulcoré du Cosby Show. Après treize années d'exil, de galères en réussites, Ifemelu, devenue blogueuse à succès et conférencière demandée, décide de rentrer au Nigeria...

« Le Nigeria devint l'endroit où elle devait être, le seul endroit où elle pouvait enfouir ses racines sans éprouver en permanence le désir de les arracher et d'en secouer la terre »

Roman du déracinement, Americanah interroge inlassablement ce que c'est d'être une Noire aux États-Unis et de supporter le racisme. Car en débarquant sur le sol américain, Ifemelu découvrira effectivement qu'elle est noire. Elle ne cessera dès lors de redéfinir son identité, transformée par le regard des autres et d'explorer la question de la race. Elle partage d'ailleurs avec causticité ses investigations sur son blog « Raceteenth ou Observations diverses sur les Noirs américains (ceux qu'on appelait jadis les nègres) par une Noire non-américaine » :

« Cher Noir non américain, quand tu fais le choix de venir en Amérique, tu deviens noir. Cesse de discuter. Cesse de dire je suis jamaïcain ou je suis ghanéen. L'Amérique s'en fiche. Quelle importance si tu n'es pas « noir » chez toi ? Tu es en Amérique à présent. Nous avons tous nos moments d'initiation dans la Société des anciens nègres ».

A travers cet observatoire comportemental et le franc-parler de son héroïne, Chimamanda Ngozi Adichie épingle non seulement les stéréotypes négatifs véhiculés sur l'Afrique tout en brossant un portrait bienveillant et mordant des minorités noires des États-Unis.

Ainsi, elle se moque des personnes qui considèrent l'Afrique comme un seul et grand pays, ne comprennent pas que des Nigérians puissent chercher un ailleurs « bien qu'aucun d'entre eux ne meure de faim, n'ait été violé, ou ne fuie des villages incendiés, simplement avide d'avoir le choix » et s’enorgueillissent de leurs dons à de merveilleuses œuvres de bienfaisance pour des pays où les gens ont moins d'un dollar par jour pour vivre.

Americanah raconte aussi une très belle histoire d'amour, de retrouvailles et d'amitié. Car Ifemelu n'est jamais seule. Des vies minuscules bruissent autour d'elle : celles d'autres immigrés africains ainsi que celles d'afro-américains, qui bien que ne partageant pas un passé commun avec les premiers, éprouvent les mêmes discriminations ordinaires.

La jeune femme découvre de plus l'existence d'une sous-culture des immigrants et notamment d'une sous-culture féminine, symbolisée par le salon de coiffure, microcosme qui ouvre le roman.

Et il y a Obinze. L'ombre du jeune homme plane de manière constante sur l'odyssée d'Ifemelu. Son existence d'émigré nigérian en Angleterre, ressemblant « à un dessin au crayon effacé », constitue un contrepoint amer où l'immigration est vécue comme une lente déshumanisation. Renvoyé manu militari au Nigeria, il se construit une vie prospère mais ennuyeuse qui risque d'être fortement chamboulée par l'arrivée d'Ifemelu...

Traduit en vingt-cinq langues et mêlant présent et passé, petits drames et grandes joies, le Nigeria, les États-Unis et l'Angleterre, Americanah, qui fait référence au surnom ironique que les Nigérians emploient pour désigner quelqu'un qui s'est « américanisé », est une intelligente comédie sociale et un formidable roman d'apprentissage, décoiffant, sensible et captivant !

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Chimamanda Ngozi Adichie parle de son dernier livre Americanah

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Une oratrice engagée

Né en 1977, Chimamanda Ngozi Adichie a grandi dans la ville universitaire de Nsukka.

Elle a quitté le Nigeria à dix-neuf ans pour faire des études aux États-Unis et partage désormais son temps entre les deux pays.

Son premier roman, L'Hibiscus pourpre, publié en 2003, est couronné en 2005, par le prix du meilleur premier roman du Commonwealth. L'Autre Moitié du soleil (2006), son second roman, porte sur la guerre du Biafra. Elle écrit aussi un recueil de nouvelles, Autour de ton cou (2009). Americanah est parmi les dix meilleurs livres de l'année 2013 du New York Times.

Chimamanda Ngozi Adichie ne prend pas seulement position dans ses livres. C'est aussi une oratrice engagée qui n'hésite pas à être critique vis-à-vis de l'actuel président nigérian, Jonathan Goodluck, dénonce la répression commune des homosexuels en Afrique et défend le droit des femmes.

Son discours-manifeste Nous sommes tous des féministes, repris par la chanteuse Beyoncé dans son clip Flawless, paraît fin février en France chez Gallimard.

Sarah Gastel

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