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Albums / Nigeria

Tony Allen invente son propre jazz

Avec The source, le père de l'afrobeat signe chez le légendaire label Blue note et invente son propre jazz.

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Exit les standards, ses morceaux jazz sont entièrement instrumentaux et composés à partir de la ligne de sa propre batterie. 

Tony Allen nous avait pourtant habitué à une autre rythmique bien à lui, l'afrobeat. Mais voilà l'homme a aujourd'hui 77 ans et il déteste se répéter.

Onze albums et de nombreuses collaborations toutes plus prestigieuses et étincelantes les unes que les autres (Sébastien Tellier, Charlotte Gainsbourg, Air, Jean-Michel Jarre, Cerrone, Moritz von Oswald, Rocket Juice and The Moon avec Damon Albarn et Flea (bassiste des Red Hot Chili Peppers) et Erykah Badu, The good, the Bad and the Queen avec Damon Albarn, etc.) et lui vient comme une envie pressante d'aller voir ailleurs ce qu'il pourrait bien inventer et explorer en musique.

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Le jazz ? Un univers musical qu'il connait bien et dans lequel il veut aujourd'hui se balader.

A l'origine, l'afrobeat

Venu tout droit de son Nigeria natal, l'afrobeat, cette musique pronant la libération des peuples noirs du monde entier, a, il y a quatre décennies, placé à la tête de son panthéon la figure tutélaire de Fela Kuti. A ses côtés, Tony Allen siège depuis lors en co-inventeur de l'afro-style. 

Adolescent, Tony a pour habitude d'écouter Lester Bowie, Charles Mingus, Max Roach, Art Blakey et Gil Evans dans une émission hebdomadaire diffusée à la radio.

Passionné de batterie, jeune adulte, il sillonne la capitale du Nigeria et ses night clubs pour guetter les occasions de scruter les batteurs à l'oeuvre. Leurs jeux de baguettes magiques et improbables le fascinent. Les percussions ? Il n'a vraisemblablement jamais frôlé la moindre peau d'un de ces fûts traditionnels.

Dans les années 1960 de la fiévreuse et bouillonnante Lagos, la mode est à la funk et au highlife ghanéen.

Fela Kuti cherche un batteur pour jouer dans son nouveau groupe le Koola Lobitos. Ils se rencontrent. Entre les deux musiciens légendaires cela matche tout de suite comme dans une belle aventure tinder. Il faut dire que tous deux sont dotés d'une passion sans borne pour la musique, d'un caractère bien trempé et des mêmes fulgurantes intuitions.

Ensemble, ils inventent l'afrobeat. Entre jazz, highlife, rythmes traditionnels, choeurs transcendants, les pulsations implacables de Tony, la voix incantatoire et les textes politiques de Fela, le style est créé.

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La folle aventure entre ces deux hommes dure quinze ans à travers le Koola Lobitos, puis le second groupe formé par Fela Kuti, Africa 70.

En route vers d'autres univers ...

1979 marque la fin de leur idylle. Tony Allen pressent alors que c'est à Paris que tout se passe. Les musiciens africains et américains s'y retrouvent pour de stimulantes créations musicales. Le prodige de la batterie s'y installe, s'y marie et n'a depuis lors jamais quitté la capitale.

Il signe sur le label Comet Records et continue de créer perpétuellement sans jamais se répéter. Onze albums sortent, tous empreints d'une même pâte. Le maitre de la batterie diffuse son style, album après album. Sa voix grave scande son groove et son doigté inégalable donne le tempo.

En musique, comme dans la vie, Tony Allen est toujours dans le bon timing. Nul besoin de parole superflue. La parole juste, comme la note juste suffisent. Il sait où il va et n'ira certainement pas plus vite que la musique.

Retour aux sources

Aussi, pour celui que d'aucun qualifie comme l'un des plus grands batteurs de notre époque, lorsqu'il ressent à quelques soixante-dix printemps le besoin de changer de tempo et qu'il se rappelle ses affinités passées avec Art Blakey, il se dit que c'est le moment de préparer un album jazz. Il se remet donc à écouter les standards de ceux qui l'ont influencé jeune et commence à composer accompagné de son acolyte depuis maintenant une décennie, le brillant saxophoniste Yann Jankielewicz.

Les morceaux qui forment son album The source, comment sont-ils ? Ce ne sont "pas des standards car (il) voulai(t) donner sa vision du jazz, que la musique fasse "le job". Aussi, composer à (s)a façon comme il l'a toujours fait en partant de la ligne de (s)a batterie." précise Tony Allen.

Il se refuse cette fois-ci à introduire du chant dans les morceaux. Et cela, lui donne une liberté et une énergie sans borne qu'il dit "n'avoir jamais ressenti auparavant." La liberté de pouvoir enfin se consacrer pleinement et totalement à son instrument, la batterie.

Et ce qui en ressort est ainsi "vraiment différent de ce qu'il a pu faire jusqu'ici !" On nous souffle dans les coulisses qu'il qualifie même son dernier album "de plus bel album de toute sa carrière".

Connaissant l'homme et le poid de ses mots, on ressent comme une envie pressante, à notre tour, de courrir pour se le procurer au plus vite !

Zoom

Tony Allen et le label bleu

Tony Allen a toujours rêvé de signer sur le label Blue note mais il attend patiemment que l'opportunité se présente à lui.

"C'est quelque chose que je voulais depuis longtemps mais tout est question de temps."

Tout vient à point à qui sait attendre semble être la devise française que Tony Allen a su le mieux s'approprier. Ainsi lorsqu'il rencontre les directeurs du label de jazz Blue note et que ceux-ci lui proposent de le produire, il s'attèle sans tarder à l'EP Tribute to Art Blakey and the Jazz messengers, un opus composé de 4 titres : Moanin, The Drum Thunder Suite, Night In Tunisia et Politely.

Puis, vient dans la foulée, The source. Mais pourquoi cet hommage ? Parce qu' "Art Blakey (l)'aide à être ce qu('il est). (Il) l'(a) beaucoup écouté petit. Art Blakey a été longtemps (s)a source d'inspiration". Ponctue Tony.

Par source, entendre la polysémie du mot : A la source de sa musique, de ses influences et de ses inspirations. Egalement, entendre source sonore au sens large. Influences et sources sonores viennent ainsi se révèler multiples et foisonnantes dans cet album aux quelques douze musiciens talentueux.

Pour ce qui est du jazz, la présence du saxophoniste Rémi Sciuto et du tromboniste Daniel Zimmermann, dignes représentants de la scène française actuelle, est suffisamment évocatrice.

Pour la source africaine, et pour seconder s'il en était besoin le doigté expert et le groove subtil du maitre-batteur, les riffs du guitariste camerounais Indy Dibong amène le supplément mélodique qu'il manquait.

A noter également, la présence toujours appréciable de Damon Albarn sur l'album.

Eva Dréano

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