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Albums / Nigeria

Leeroy, son hommage électro au pape de l'Afrobeat

De son immersion dans la tentaculaire Lagos, Leeroy, ex Saïan Supa Crew et Explicit Samouraï, nous ramène « Fela is the futur », un douze titres naviguant entre des vents d'apparences contraires (électro, hip-hop et afrobeat).

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20 ans après sa mort, le Black President est aujourd'hui encore une source d'inspiration inépuisable pour la scène artistique actuelle. 

Et ce n'est pas Leeroy qui nous dira le contraire. Tombé raide dingue de Fela Anikulapo-Kuti il y a quelques années, « pour sa musique autant que son combat politique », Leeroy part en juin dernier dans l'explosive mégalopole nigériane et réalise une compilation de remix de ses morceaux les plus connus.

Sur place, Leeroy laisse de côté son costume d'human beatbox, devient directeur artistique et parvient à associer à son projet les héritiers spirituels et de sang du King de l'Afrobeat.

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Tous se prêtent de bonne grâce à l'exercice et commettent ensemble un album ravivant la mémoire de celui dont les paroles enflamment encore aujourd’hui les foules et les esprits.

« Music is the weapon of the futur », disait Fela. Mais, le Black President, quand à lui, fait bel est bien partie de notre présent et de notre futur, souligne Leeroy.

« Fela est comme un monument pour moi. C'était l'occasion de m'y frotter. »

Après Saïan Supa Crew et leur formidable succès dans les années 2000 (avec les albums KLR en 2000, X raisons, prix du meilleur album rap/groove aux Victoires de la musique 2002 et Holp up en 2005), le collectif se sépare. « Chacun a sorti des projets solos. »

Leeroy, lui, est allé se balader du côté de l'Inde et de l'Afrique. Il en rapporte deux albums, des « mixtapes », Bollywood trip et African trip. Et puis, ont suivi d'autres mixtapes, albums et collaborations (Coup de massues I, II, III, Open Bar, le Soldat rose, Noir Fluo...).

L'artiste entreprend et réalise. Il joue le rôle de chef d'orchestre, de directeur artistique sur différents projets et prend goût à cela. Cet album sur Fela est ainsi « la suite logique de ce qu'il faisait déjà avec Féfé lorsqu'ils samplaient et couplaient des morceaux ensemble ». Pourquoi se serait-il donc arrêté en si bon chemin ?

Après avoir écouté depuis plusieurs années le Black President scander ses paroles et prôner le soulèvement du peuple noir, Fela demeurait « comme un monument pour (lui). » Les vingt ans d'anniversaire de sa mort lui donnait enfin « l'occasion de (s)'y frotter ».

« C'est venu au feeling. Et chacun a répondu présent. »

En préparant l'album, Leeroy avait déjà quelques noms en tête (Seun Kuti, Féfé Noraa) mais rien n'était arrêté.

Et bientôt quelques doutes viennent l'assaillir. Comment être certain que son album sera à la hauteur de la mémoire du Black King, de ce personnage du même calibre « qu'un Steevie Wonder ou un Ray Charles » ? Ses héritiers se retrouveront-ils dans les arrangements musicaux qu'il a conçu seul dans son coin ?

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En juin dernier, foulant pour la première fois l'asphalte de la fiévreuse ville africaine, le temps n'est plus au doute mais bien à l'action. Leeroy est là pour 20 jours. 20 jours d'enregistrement des voix et instruments sur les 12 morceaux choisis, samplés et couplés parmi plus de 30 albums sortis entre 1969 et 1992.

Il prend ainsi contact avec Femi et Seun Kuti, les deux fils de Fela. Tous deux, respectivement 34 et 55 ans, sa fougue et sa sagesse incarnées. Les deux hommes portent aujourd'hui fièrement sous les feux des projecteurs la musique et les paroles militantes du charismatique paternel. Ils sont ainsi la voix des morceaux Beasts of no nation et Opposite people.

Leeroy rencontre également une choriste de choix Iré Allen. Elle est la touche mélodique qui permet de tenir les morceaux instrumentaux.

Leeroy coupe, redécoupe et organise les refrains en essayant de respecter l’énergie des chansons.

Au détour d'un enregistrement studio, il croise Nneka et l'invite à participer au projet. Elle chante sur Look and Laugh. Nakhane, le chanteur pop sud-africain, se prête également au jeu improvisé et associe sa voix aux instrus du morceau Authority stealing.

Showboy, l'ancien saxophoniste de Fela chante sur VIP. Duro Ikujenyo, ancien piano du Black showman, apporte sa touche à Fight to finish. Et Féfé, son acolyte de toujours ? Il interprète en featuring le bien connu ITT International Thief Thief.

Une fois les voix et instrus enregistrés, c'est reparti : Leeroy coupe, redécoupe et organise les refrains en essayant de respecter l’énergie des chansons.

Et finalement, il se retrouve aussi à chanter dessus. Au feeling, on vous dit. Et, ces morceaux que l'on connaît bien prennent ainsi une nouvelle couleur sans pour autant dénaturer l'énergie originelle insufflée par le Black master.

La pochette de l'album, elle est aussi réalisée par un artiste peintre de l'ancienne garde, le nigérian Lemi Ghariokwu. Celui-ci était artiste de rue lorsque Fela Kuti lui avait demandé de réaliser les pochettes de ses albums. Il est ainsi l'auteur de bon nombre d'entre elles.

L'image de l'album Fela is the futur représente deux visages de Fela s’entremêlant. Dessus figurent deux slogans que le King s'était fait fort d'incarner : « Music is the weapon of the futur » et « Human right is our propertie ». Tous deux font de Fela un artiste intemporel et l'inscrivent indéniablement dans notre actualité.

Et à l'écoute de ce douze titres ? Cela donne un bel hommage rondement orchestré par l'ancien human beatbox habilement reconverti pour l'occasion en directeur artistique.

Zoom

Africa confession de Leeroy

Africavivre : Quel est l’ingrédient indispensable pour concocter un bel album, selon vous ?

Leeroy : Inviter des artistes, faire de bons featurings ! Être original aussi.

Africavivre : Quel est selon vous la journée parfaite ?

Leeroy : Se lever vers 7h avec la radio en fond. Faire un peu de sport. Se mettre à la musique vers 9h...

La journée parfaite, c'est en fait le vendredi. Le jour où les albums sortent. Parler de ses projets, c'est aussi toujours gratifiant.

En somme une journée parfaite est faite d''écoute, de travail, de studio, de live et un peu de promo aussi. Puis finir sa journée en retrouvant sa famille, c'est l'idéal.

Africavivre : Quel est la pire chose qui puisse arriver sur terre, selon vous ?

Leeroy : Qu'il n'y ait pas de saison 3 de la série Strangers things.

Africavivre : Quel est votre pire défaut ?

Leeroy : Quand j'ai plusieurs choses à faire, je commence toujours pas la moins importante et j'y passe beaucoup trop de temps.

Africavivre : Qui sont vos héros dans la vie réelle ?

Leeroy : Ma mère. Personne peut la battre. Ma sœur aussi.

Africavivre : Quel est votre slogan ?

Leeroy : Fela est le futur. Je le pense depuis que Féfé m'a fait découvrir Fela dans les années 2000.

Africavivre : Qu’avez-vous prévu de faire demain (le jour suivant de l’interview) ?

Leeroy : Je vais bruncher. Je vais commencer à manger vers 11h et n'aurais pas quitté la table avant 15h. Je vais débattre sur des sujets épineux et dire beaucoup de bêtises.

Eva Dréano

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