Desert Rebel de François Bergeron

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Desert_RebelDocumentaires / Niger - Mali
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Desert Rebel
de François Bergeron
Culture & Résistances
Un documentaire sur le rôle joué par les « rockeurs du désert », dans la rébellion du peuple touareg. 

 

L’histoire d’un peuple en résistance

Le documentaire Desert Rebel est construit comme une série d’entretiens et d’extraits de concerts des bluesmen touaregs, les porte-parole des ishumars (qui signifie chômeur en français), cette génération de nomades opprimés pendant les années 1970-1980.

Au cours de ces années, marquées par de grandes sécheresses et par l’émergence de régimes dictatoriaux postcoloniaux dans la région, les Touaregs du Mali et du Niger se sont massivement déplacés vers la Libye et l’Algérie qui leur tendaient les bras.

Beaucoup rejoignent ainsi les camps d’entraînement libyens de Mouammar Kadhafi. C’est pour animer un de ces camps qu’est né le premier groupe de blues touareg, Takrist n'Akal (signifiant Construire le pays) qui chante l’unité de tous les locuteurs tamasheq.

En 1987, la mort du général Seyni Kountché, et l'arrivée au pouvoir d'Ali Saïbou laissent présager des jours meilleurs pour les Touaregs. Celui-ci leur donne la garantie de conditions de vie meilleures et propose l’amnistie à tous ceux qui avaient fui le pays irrégulièrement.

La répression va finalement se durcir jusqu’aux accords de paix de 1995. C’est le moment où le leader du groupe Takrist n’Akal, Abdallah Oumbadougou rentre au pays, acclamé par une foule immense qui l’attend à l’aéroport de Niamey.

La musique, vecteur majeur des revendications touaregs

Cette musique, c’est le Blues touareg, appelé Assouf (nostalgie) en tamasheq, la langue des touaregs. Elle se caractérise par l’emploi de guitares électriques et de batteries, en plus d’instruments traditionnels, de guitares acoustiques, du recours à des chants choraux et aux youyous caractéristiques des populations nomades sahéliennes.

Certains morceaux aux textes vindicatifs et accusateurs sont plus proches du rock que du blues. D’autres se rapprochant plus de la musique traditionnelles sont de longues complaintes dans lesquelles les chanteurs expriment la souffrance et la frustration de tout un peuple.

Le documentaire explique d’ailleurs le rôle qu’a joué la circulation de cassettes clandestines dans la montée des contestations touaregs. Etre pris en possession d’un de ces enregistrements était passible d’enfermement voire de peine capitale. Certains morceaux sonnent en effet comme de véritables appels à la lutte armée, et ont eu une vraie influence dans la révolte.

Aujourd’hui, le groupe Tinariwen continue de se produire dans le monde entier. Le CD proposé avec le DVD Desert Rebel propose d’ailleurs plusieurs featuring avec des artistes français tels que Guizmo du groupe Tryo ou Daniel Jamet, guitariste de la Mano Négra, et d’autres artistes africains (Amazigh Kateb, Sally Nyolo).

 

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Abdallah Oumbadougou, acteur principal du soulèvement des peuples touaregs

Tête de proue des Ishumars, Abdallah Oumbadougou a été un formidable acteur politique en même temps qu’un créateur de génie.

Aujourd’hui encore très actif, il se bat pour le développement des conditions de vie des peuples nomades et pour la préservation de leur patrimoine culturel. 

L’association Takrist n'Tada qui a ouvert des écoles à Arlit et à Agadez, au Niger, tend à promouvoir la pratique de l'imzad, instrument traditionnel menacé précisément par l’émergence de la guitare électrique…

Romain Dostes

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