DAG-TENERE@Bayan-Ayoubzadeh

Albums / Niger

DAG TENERE, une musique qui apaise

Nomada Music Sur les traces de Tinariwen

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Formé en 2016 et composés d'artistes venus du Niger, du Mali ou du Burkina Faso, le groupe Dag Tenere propose un style "assouf", ou du "blues touareg", dans le sillage de Tinariwen

Avec son deuxième album de 6 titres, "Iswat", le groupe confirme sa volonté farouche de préserver les valeurs et la culture touareg. Rencontre.

Comment avez-vous décidé de faire de la musique ?

Dag Tenere : Depuis l'enfance on écoutait Tinariwen et on aimait leur musique et leurs messages. A l'époque on ne pouvait pas imaginer qu'un jour on allait aussi faire de la musique. Mais avec le temps, on s'est intéressé à la guitare et on a commencé à jouer ensemble, juste par le plaisir. Parfois on nous appelait pour jouer lors des cérémonies comme les baptêmes et les mariages. Après, chacun a pris son chemin (Goumar et Zaid ont rejoint Etran Finatawa pendant quelques années) et ce n'est qu'en 2016 que nous avons formé le groupe tel qu'il est actuellement.

Comment l'album "Iswat", qui veut dire "musique" en tamashek, a-t-il vu le jour ?

Dag Tenere : C'est grâce à une subvention qu'on a reçue en 2020 du Fonds Africain pour la Culture – ACF qu'on a pu produire Iswat. Après notre premier album de 2018, on a commencé à travailler sur des nouvelles chansons. On avait envie d'utiliser davantage les instruments de percussion traditionnels (tel le tendé et l'assaqalabo) et de récupérer des sons traditionnels tamasheq, et c'est ainsi qu'on a créé des nouveaux titres. Nous avons décidé d'enregistrer au Niger et de faire le mixage et le mastering en France, au Studio Adjololo qui a une large expérience avec des musiciens touaregs, notamment Terakaft.

Pouvez-vous nous parler du style "assouf" ou "blues touareg" qui vous a fortement inspirés ?

Dag Tenere : « Assouf » signifie nostalgie en Tamasheq. La « musique assouf » est le style de musique créé par les Tinariwen il y a plus de trente ans, où ils ont intégré la guitare à la musique touarègue traditionnelle. C'est la musique des « ishumars », c'est-à-dire de la génération des touaregs qui a connu l'exil et qui sont partis au sud algérien ou en Libye pendant les années 80 et 90. C'est dans l'exil qu'est née cette musique. C'est pour cela qu'on l'appelle assouf, car il y a un sentiment de déracinement, d'avoir laissé les siens derrière soi... Pour nous, assouf c'est tout simplement un style de musique auquel nous nous identifions, qui parle direct à notre cœur.

DAG-TENERE-Erwan-Rogard

Vous êtes autodidactes. Comment votre apprentissage musical s'est-il déroulé ?

Dag Tenere : Nous avons appris à jouer de la musique tout seuls, chacun à sa manière, en écoutant... Goumar s'est fabriqué une guitare à 3 cordes (en réalité des câbles téléphoniques) quand il était en Libye au début des années 2000. A la même époque Ibrahim a payé une vieille guitare pour 15.000 FCFA après avoir beaucoup travaillé. Au début on se limitait à copier ce que les autres artistes faisaient, mais après on a vu que c'était plus simple de créer nos sons, nos propres chansons. C'est un peu comme ça qu'on a appris, à force d'écouter et de répéter.

Qu'éprouvez-vous quand vous chantez et jouez ?

Dag Tenere : C'est un plaisir pour nous que de chanter et jouer. C'est une façon d'exprimer ce que nous ressentons. On se sent heureux et libres en faisant de la musique. On se sent très à l'aise, surtout quand on est entre amis, car quand on est sur scène on doit être plus concentrés, la pression monte. Mais en même temps le contact avec le public nous donne une énergie énorme et on adore ça.

À quoi devrait servir la musique selon vous ?

Dag Tenere : Ce n'est pas une question facile à répondre. Pour nous la musique sert à faire passer des messages, sur la paix, l'amour, l'amitié...  Même pour ceux qui ne comprennent pas le tamasheq, on souhaite que le message passe à travers nos mélodies. La musique est un moyen de communication, c'est un moyen pour s'exprimer de façon artistique. En même temps quand on écoute la musique ça nous touche, ça nous parle, c'est comme une douce pluie qui nous rafraîchit après une chaleureuse journée, ça apaise l'âme.

Quel souvenir gardez-vous de votre premier album, "Timaniswen Timakwen"?

Dag Tenere : Nous avons auto-produit cet album en 2018 et nous avons appris beaucoup de choses. Au début on pensait que ça allait être plus facile, mais l'enregistrement nous a pris plus de temps que prévu. Nous avons eu la chance de travailler avec Salam Boureima, artiste lui-même, qui travaillait à l'époque comme technicien à Radio Fidélité où l'on a fait l'enregistrement. Il nous encourageait tout le temps et nous donnait de très bons conseils. Nous avons aussi un très bon souvenir du concert de vernissage de l'album qu'on a réalisé au Centre Culturel Franco-Nigérien (CCFN) Jean Rouch de Niamey en mars 2019, et qui s'est très bien passé.

Comment s'est passé l'enregistrement au Toumastine Studio ?

Dag Tenere : Très bien ! Toumastine est un autre groupe touareg du Niger avec lequel on joue souvent. Ce sont nos petits frères. Leur studio est très bien équipé. C'est là-bas qu'on part souvent pour les répétitions. Alors on était en famille et on s'est senti très à l'aise pendant t'enregistrement.

Comment avez-vous construit votre album, déterminé l'ordre, le fil conducteur ?

Dag Tenere : Iswat est un EP de juste six chansons où l'on voulait montrer tout notre univers musical : du plus rock au plus traditionnel. Le fil conducteur est toujours le désert, le mode de vie nomade. Mais si dans notre premier album on parlait plus de la souffrance et des injustices, ici on voulait parler de la beauté, de l'amour... Nous avons eu à tout moment l'appui et le conseil de notre manager (Nomada Music) qui nous a guidé dans tout le processus de construction de l'album.

Avez-vous beaucoup improvisé ?

Dag Tenere : Non, au contraire, on s'est beaucoup préparé pour cet album. On a bien réfléchi aux mélodies des chansons, aux instruments, aux voix. On voulait vraiment donner le meilleur de nous et cela a nécessité un grand travail au préalable. Il y a juste une exception : la chanson instrumentale « Derhanin » qui ouvre l'EP est une petite improvisation de Goumar qu'on a décidé d'enregistrer à la dernière minute.

Pourquoi avez-vous choisi le nom "Dag Tenere" ?

Dag Tenere : Avec tous les membres du groupe, nous nous sommes rencontrés à Niamey, mais nous avons des origines différentes. La plupart de nos familles viennent du Mali, une partie est du Niger et on a aussi une chanteuse burkinabé. C'est pour cela que nous avons choisi le nom de Dag Tenere qui signifie « Les enfants du désert » en langue tamasheq, car c'est cela que nous sommes : les fils et les filles du désert, au-delà des frontières.

Remerciements chaleureux à Felipe Juarez, le manager et attaché de presse de Dag Tenere.

Zoom

Un impérieux besoin de désert

À quel point le désert vous manque-t-il ?

Dag Tenere : C'est inexplicable. Le désert nous manque tellement... Notre vie quotidienne se déroule dans la ville, mais nous ne pouvons pas faire une semaine sans voir le désert, même si c'est juste une petite sortie aux alentours de Niamey.

C'est dans le désert qu'on peut se retrouver en paix avec soi-même, c'est dans le désert qu'ont vécu heureux nos ancêtres, c'est dans le désert qu'on se sent en liberté et où l'on trouve notre inspiration.

 

Matthias Turcaud

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