Rêves gardés d’Isabel Noronha

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Reves gardes de Isabel NoronhaDocumentaires / Mozambique
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Rêves gardés
d’Isabel Noronha
POM films
Un gardien a-t-il le droit de rêver, lui qui travaille la nuit ?

 

« Tu travailles là depuis des années mais il y a des gens qui ne connaissent même pas ton nom. Toi, ton nom c’est « gardien », t’as pas de nom », témoigne Filipe Magaia, gardien de nuit mozambicain âgé d’une soixantaine d’années.

Comme la dizaine de ses « collègues » de Maputo interrogée par la réalisatrice Isabel Noronha, Filipe avait un métier et des rêves avant d’être veilleur. Il était technicien de montage à l’Institut national du cinéma.

Deux guerres et trente ans plus tard, le vieil homme est obligé de travailler de nuit, d’ouvrir et refermer la porte d’entrée de l’immeuble à chaque fois qu’un habitant rentre et s’alerter au moindre bruit... pour simplement survivre.

Le sommeil qui les guette, l’épouse restée seule à la maison et les craintes du mari de se voir remplacer… Ce monde de nuit et d’hommes donne à voir la réalité mozambicaine de certains de ses « bougres » (comme se décrit lui-même un des gardiens).

Nous sommes dans les rues de Maputo, mais nous pourrions être à Dakar, à Lomé ou à Johannesburg.

Ces hommes ne sont pas des surhommes et décrivent un quotidien ô combien difficile pour le modique salaire de 30 euros par mois.

Au travers de leurs récits de vie, les causes de leur déchéance sociale sont évoquées : la crise de la métallurgie, les guerres successives ayant profité à certains (une infime minorité) plus qu’à d’autres, les maladies…

Un documentaire cru, qui, sans fioriture technique ni voix off, a le mérite de donner la parole à ceux qui n’en ont pas.

Rêves gardés, documentaire d’Isabel Noronha, un des trois films contenus dans le DVD Cinémas du Mozambique.

zoom

Le souffle court du cinéma mozambicain

Indépendant depuis 1975 au bout d’une longue guerre de dix ans avec l’ancienne colonie portugaise, le Mozambique aura créé l’année même l’Institut national du cinéma.

Certains longs-métrages seront réalisés dans les années suivant l’indépendance, des films fortement marqués par la naissance historique de la nation.

Malheureusement, une deuxième guerre viendra vite à bout de ces prémices et le cinéma mozambicain se trouve mort-né.

Seuls certains téléfilms et films d’une poignée de cinéastes parviennent à voir le jour durant les années de guerre.

Aujourd’hui les maisons de production manquent cruellement de financements et seules les institutions internationales et les ONG continuent à soutenir certains projets mais en imposant aux réalisateurs leurs thématiques...

Pour toutes ces raisons, les films mozambicains se faisant rares, procurez-vous Cinémas du Mozambique. Un geste militant autant que culturel !

Lola Simonet
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