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Films / Maroc

Nabil Ayouch : "Je ne veux pas abandonner. Abandonner, c’est une défaite"

Razzia, le nouveau film de Nabil Ayouch, relie cinq destins entre passé et présent dans la ville de Casablanca.

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Différents visages, différentes trajectoires, différentes luttes mais une même quête de liberté. Et le bruit d’une révolte qui monte...

 

Entretien avec le réalisateur franco-marocain Nabil Ayouch.

Le film se déroule à deux époques. A quoi correspondent-elles dans le contexte marocain ?

Nabil Ayouch : La première période se situe au début des années 80 et l’autre en 2015. Le début des années 80 correspond, au Maroc, à une accélération des réformes de l’arabisation qui avaient démarré dans les années 60, à la fin du protectorat, et qui exprimaient alors une volonté du pays de réappropriation de son identité à travers la langue.

Ces réformes, communes aux trois pays du Maghreb, se sont accélérées en 1982 avec, en premier lieu, la généralisation de l’arabe et, surtout, la bascule vers un enseignement pratique de l’arabe classique nécessitant des professeurs « importés » des pays du Moyen Orient : Arabie Saoudite, Syrie, Egypte… car les professeurs locaux n’avaient pas été formés. Evidemment, ils n’ont pas seulement apporté la langue avec eux, mais aussi une idéologie et un islam salafiste qui n’est pas l’islam marocain correspondant, lui, au rite malekite, ouvert et tolérant.

Si cette arabisation est commune au Maroc, à l’Algérie et la Tunisie, elle a été accompagnée au Maroc d’une suppression des humanités dans le cursus universitaire : la philosophie et la sociologie ont disparu et, ainsi, il y a eu une forme d’anéantissement de l’esprit critique. On voit les dégâts que cela a pu produire trente ou trente-cinq ans plus tard avec la génération qui est issue de cette réforme.

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La seconde époque du film est l’été 2015 qui, pour moi, a été extrêmement chaud dans tous les sens du terme. Elle a été le goulot d’étranglement des contradictions d’une société qui, par essence, se trouve dans le paradoxe d’un conflit flagrant entre tradition et modernité. Et là, d’un seul coup, une série d’affaires extrêmement révélatrices de ce paradoxe se sont produites.

L’interdiction très violente (et illégale) de Much Loved, assortie d’une vindicte populaire et de toute une série de manipulations, mais aussi, en même temps, un concert de Jennifer Lopez qui déclenche un tollé chez les islamistes, des homos qui se font lyncher, des filles qui portent une jupe et se retrouvent inculpées, jugées…

Ces différents évènements se déroulent dans un contexte de manifestations que l’on retrouve dans le film, celle des islamistes, des conservateurs, durant lesquelles une majorité de femmes protestent contre la réforme du code de l’héritage. A la question posée par le Conseil national des droits de l’Homme, ces femmes montent au créneau pour dire : « Non, on ne veut pas de l’égalité dans l’héritage »… En septembre, une bonne partie du pays se retrouve, avec une vraie gueule de bois face à ces paradoxes, violents, terribles. Razzia relie les deux époques.

Quels changements cette série d'événements de 2015 a-t-elle produits sur la société marocaine ?

Nabil Ayouch : Ce qui s’est passé durant cet été 2015 - et que l’on retrouve d’ailleurs dans le dernier livre de Leïla Slimani - a contribué à libérer une parole. Et c’est extrêmement salvateur. Bien entendu, c’est violent lorsque l’on se trouve au milieu, témoin ou auteur de cette parole qui se libère. Mais je crois que cela a permis d’aller un petit peu plus loin que ce qu’avait révélé le printemps arabe, avec une certaine désinhibition des deux camps.

D’un côté, les conservateurs, réfractaires à toute réforme et défenseurs d’une vision rétrograde de la société et des libertés individuelles ; de l’autre, un camp progressiste tourné vers la modernité avec, au milieu, une ligne de front extrêmement marquée.

Autant auparavant, le pays se trouvait dans une sorte de non-dit, propre à une culture du consensus et une volonté de préserver des équilibres dans la société marocaine, autant tout ça a complètement explosé en 2015, libérant une parole où se sont affrontés ceux qui voulaient nous ramener en arrière et ceux qui avaient envie de se projeter et de rêver.

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Le Maroc est un pays très tourné vers l’Occident. Bien sûr, il y a des traditions et un ancrage millénaires, mais en même temps c’est la porte vers l’Europe.

Et beaucoup de jeunes, avec Internet et les chaînes satellitaires, sont branchés sur des modèles occidentaux. Il faut imaginer quelqu’un qui sort d’une école qui ne lui a appris qu’un schéma de société mythifiée et qui se retrouve ensuite à l’âge adulte, sans emploi parce qu’il ne maîtrise pas la langue qui lui permettrait d’accéder à l’économie - le français -, qui a des rêves d’ailleurs et qui vit dans une société qui, elle, n’est pas du tout ailleurs. Cela crée des paradoxes insensés et une forme de schizophrénie.

Justement, différentes langues, dans le film, établissent une distinction entre les personnages. Comment avez-vous travaillé sur cette question ?

Nabil Ayouch : Dans un premier temps, évidemment par contexte et par personnage, puis par sens. L’arrivée de l’arabe classique, généralisé et imposé à tous les jeunes étudiants, a été une façon de gommer les identités plurielles. Donc, pour tous ces jeunes qui sont nés avec un des trois dialectes berbères ou qui ont grandi avec l’arabe dialectal marocain, l’arrivée de l’arabe classique est venue fracasser le socle déjà fragile sur lequel ils étaient assis.

C’est important, pour moi, qu’un personnage du film, Hakim, vive et s’exprime dans un arabe de tous les jours, un argot de la rue parce que c’est ça qui définit son identité. De la même manière, une jeune fille, Inès, qui grandit dans un quartier de riches et qui va à la mission française, ne s’exprime qu’en français, se trouve donc coupée de toute une partie de la population, même si elle le regrette.

Et, en même temps, c’est ça le Maroc: on l’assume ou on l’assume pas. La langue est à la fois une barrière, une frontière et un marquage. Ces  personnages sont marqués, dans une diversité, par une langue qui les définit.

Le film met en scène plusieurs personnages dans des contextes très différents. Quand vous avez écrit le scénario avec Maryam Touzani, la première idée était de faire un film choral ?

Nabil Ayouch : Au tout départ, l’idée avec Maryam était de revisiter des personnages que nous avons connus. Pas forcément tels qu’ils sont dans le film mais des personnages dont j’ai  approché la cosmogonie depuis que je me suis installé au Maroc en 1999.

Et pour moi, ces personnages étaient tous issus d’une minorité. D’ailleurs, tout mon cinéma,  depuis que j’ai commencé, est un cinéma de minorités: les enfants de la rue (Ali Zaoua, prince de la rue), les jeunes qui deviennent des bombes humaines (les Chevaux de Dieu), des prostituées (Much Loved) et tous ceux qui portent en eux une différence.

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En cours de route, on a compris avec Maryam qu’ils ne formaient pas du tout un ensemble de minorités, au contraire.

Dans le Maroc d’aujourd’hui, ils représentent une majorité, les uns additionnés aux autres, mais une majorité silencieuse. Ils portent en chacun d’eux une part de rêve, de volonté d’exister, de souffle de liberté et ça nous semblait important de les faire exister indépendamment les uns des autres. Ils sont réunis par ce sentiment d’étouffement et ce désir de liberté, palpable, concret, qui est énoncé dès le début du film avec le poème berbère.

Nous nous sommes dits qu’il y avait du lien à créer entre eux mais, dans la mesure où ils faisaient partie de cette majorité silencieuse, il y avait aussi la nécessité qu’ils ne se rencontrent pas.

Le film aborde à la fois la question d'une oppression des minorités mais aussi, celle d'une auto-censure de ces mêmes minorités qui cherchent à se protéger...

Nabil Ayouch : Je travaille beaucoup sur la notion d’espace dans ce film.

D’abord sur l’espace clos, réservé, de chaque personnage: l’appartement, un restaurant, la chambre, l’imaginaire…Tout cela vient contraster avec l’espace public, la rue, les lieux de croisement, de rencontre, de harcèlement.

Pour préserver un espace mental ou physique, nos personnages n’ont de cesse de vouloir défendre leur  territoire, de ne pas se le faire « voler ». Et, dans cette lutte, certains sont aux avant-postes, comme les femmes. Parce que c’est une question de survie et que, sur  cette question, nous régressons. Cela demande une force de caractère incommensurable de lutter contre la dictature de la masse. La censure officielle est assez violente mais finalement assez simple parce qu’elle est frontale. On interdit un film, de manière légale ou illégale, et par rapport à ce genre de choses, il y a des moyens de lutter.

Mais la censure de la masse, qui amène donc à une forme d’auto-censure - porter des vêtement plus longs, masquer ce qui constitue une identité ou une  différence, celle-là est beaucoup plus pernicieuse parce qu’elle se répand justement dans cet espace public à travers des jeux de regards, des commentaires, des  remarques. Là, cela devient beaucoup plus dur d’arriver à faire face, de protéger nos choix de vie.

Vous pensez que beaucoup de gens au Maroc ont renoncé à rêver ?

Nabil Ayouch : Clairement. Aujourd’hui, au Maroc, il y a des gens qui pensent que le rêve, ça n’a jamais été fait pour eux. Qui pensent que pour avoir le droit de rêver, il faut être  un privilégié, un pistonné, un fils de… Je le vois dans les quartiers populaires où j’ai monté des centres culturels avec mon ami Mahi Binebine, dans la banlieue de Casablanca où j’ai tourné les Chevaux de Dieu, et à Tanger aussi. Ces jeunes ont abdiqué sur une des choses les plus essentielles, celle de rêver, à un ailleurs possible.

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C’est essentiellement dû au poids de la société et de la famille mais aussi à l’éducation. L’école n’a pas joué son rôle. Elle n’est pas la seule: les élites non plus n’ont pas joué leur rôle, elles sont égoïstes et coupées des réalités. C’est dur d’être témoin de tout cela car quand un jeune ne rêve plus, que peut-il faire d’autre que de censurer ceux qui sont autour de lui ?

Or, c’est fondamental le rêve pour une société qui a envie de se projeter, d’autant qu’on ne doit pas rêver seul: on a besoin d’un rêve collectif. Et, pour pouvoir rêver, il faut avoir des espaces, des brèches dans lesquelles on peut s’engouffrer. Si ces brèches se ferment, la capacité à rêver devient extrêmement minime. Ce sont ces espaces qu’il faut se réapproprier et ouvrir. Cela fait partie des grands enjeux civilisationnels de tous ces pays qui ont grandi dans la dichotomie.

Pour tous ces jeunes qui se sont construits entre ancestralité et modernité, la question est toujours la même: est-ce que la  modernité signifie obligatoirement renier les traditions, les cultes, ou, au contraire, sommes-nous capables de nous projeter dans cette modernité avec ce qui nous constitue ? C’est une question essentielle et il faut être intellectuellement armé pour y répondre.

Vous pointez du doigt le manque de désir d'inventer une nouvelle société sans coller à un modèle extérieur ?

Nabil Ayouch : Exactement. Parce qu’on a déjà essayé d’autres modèles et ça ne marche pas. La laïcité à la française n’est pas importable dans les pays du Maghreb. Pour autant, les laïcs doivent pouvoir exister et peser sur la société. Or, aujourd’hui, ils sont considérés comme des mécréants, ce qui clôt définitivement le débat. Il y a donc une nécessité de construire un modèle qui nous ressemble, ouvert sur les libertés individuelles et tolérant toutes les différences.

Pour autant, Razzia est aussi, au-delà de ce constat inquiétant, un message d'espoir ?

Nabil Ayouch : Clairement, parce que si j’avais senti qu’il n’y avait plus d’espoir, que ma capacité à m’exprimer librement était trop fortement obstruée, je serais parti.

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D’autre part, je crois très fort en la capacité de résilience de l’être humain. Dans un pays qui s’est construit ainsi sur des millénaires de différences culturelles - les  berbères, les juifs, les arabes, les Africains subsahariens, les chrétiens -, on ne peut pas l’oublier parce que c’est présent partout. Cette mémoire, peut-être un peu plus cachée qu’ailleurs, peut ressurgir parfois. Et quand elle ressurgit, elle est accompagnée d’une grande émotion. Je parle d’une mémoire des lieux mais aussi de la  mémoire des gens.

Par exemple, ceux qui ont vécu ou vivent encore aujourd’hui avec les juifs, qui travaillent avec eux, sont très différents de ceux pour lesquels ça n’a pas été le cas. Et heureusement, ils sont encore là. Et puis, je garde espoir aussi parce que Razzia ne parle pas seulement du Maroc mais d’un état du monde.

Si on  prend un peu de recul, il y a quelque chose de tragique dans ce qui, aujourd’hui, est en train de renaître dans différents endroits, avec des similitudes troublantes. Je pense par exemple au combat pour les droits civiques aux Etats-Unis. Depuis Bush et surtout Trump, malgré la parenthèse Obama, il y a eu une régression et aujourd’hui plus de gens peuvent prétendre haut et fort pouvoir tuer quelqu’un à cause de la couleur de sa peau. Et pourtant, c’est un pays qu’on avait classé très haut sur l’échelle des libertés individuelles, malgré son capitalisme violent, son libéralisme effréné…

On voit renaître en Europe, des populismes et des idéologies politiques nauséeuses: en Hongrie, en Autriche, dans les pays du Sud et aussi en France, avec une montée effrayante du Front National lors des dernières élections. 

Tout ça pour dire qu’on se rend compte que non, ce n’est pas gagné. Quand on creuse un peu, on croise des femmes en France qui nous disent que, dans certains quartiers, elles ne peuvent plus s’habiller comme elles le souhaitent, ou que les communautarismes sont en train de gagner la bataille.

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Au Maroc, la diversité culturelle est inscrite quelque part dans notre ADN. Il y a donc un combat contemporain, post-indépendance, à mener, mais qui a le mérite d’être très ouvert. C’est argument contre argument, espace contre espace. Et c’est à nous qu’il revient de le mener.

A plusieurs reprises, Razzia fait référence à un autre film, Casablanca, et notamment au fait que ce grand classique de MichaeI Curtiz n'a pas été tourné au Maroc. Que symbolise-t-il ?

Nabil Ayouch : Quand vous parlez avec des personnes d’un certain âge dans l’ancienne Médina de Casablanca, ils se remémorent des scènes de tournage. Ils disent qu’une scène a été tournée devant chez eux, ou alors qu’ils ont porté des projecteurs, ou ils étaient figurants… Et ils racontent tout ça avec un luxe de détails et donc, une force de persuasion extraordinaire, à tel point qu’ils vous font douter.

Non pas de la vérité puisque le film a été tourné entièrement en studio à Los Angeles, mais douter du fait qu’ils sont vraiment convaincus par ce qu’ils racontent. C’est très intéressant cette fabrication du mythe. Parce que, en soi, un mythe, c’est beau, mais c’est également castrateur, ça empêche de construire une réalité.

Casablanca est un très grand film et j’avais envie de le souligner, mais c’est aussi quelque chose qui ne représente pas notre ville. Et donc, ce personnage d’Ilyas qui cite sans cesse Casablanca, qui vit dans ce film, un peu par procuration, en le revoyant encore et encore, est pour moi symptomatique d’une incapacité à construire le réel parce qu’il reste dans la mythologie.

A-t-il été difficile de faire un autre film après Much Loved ?

Nabil Ayouch : Much Loved a été un moment très dur de notre vie avec Maryam car on s’est retrouvés seuls dans la bataille. Parce que les mots, les actes ont été d’une violence inouïe. Toutefois, à travers tout ce qu’on a vécu, on ne pouvait pas s’empêcher de se dire qu’il allait sortir quelque chose de très beau à l’arrivée. On avait envie de s’endormir avec cette idée-là et je pense qu’on a eu raison d’y croire. Parce que cette parole qui s’est libérée a finalement fait du bien à la société marocaine: en voulant tuer le débat, les censeurs l’ont finalement ouvert.

Pour autant, après tout ce qui s’est passé, il m’était difficile de faire abstraction du contexte quand j’ai commencé Razzia. Si les autorités ne m’ont absolument pas mis de bâtons dans les roues, dans la rue c’était différent: des décors qui tombent à la dernière minute, des seconds rôles qui font défaut, des syndics d’immeuble qui nous refusent l’accès, de l’agressivité, de la méfiance… Bref, il a fallu gérer l’après Much Loved.

Mais, d’une façon ou d’une autre, Razzia ne serait pas né s’il n’y avait pas eu Much Loved auparavant. Je n’avais pas du tout envie d’être dans une forme de réaction, car je me sentais apaisé, avec des convictions plus profondes encore et avec un regard sur la société encore plus net, plus clair. Je n’avais pas de rancoeur et, même, pour aller plus loin, je ne leur en voulais pas. Cela peut paraître étonnant après avoir lu que 5 000 personnes sur Facebook souhaitaient ma mort et celle de l’actrice principale. Mais je suis convaincu que ceux-là sont des témoins passifs de quelque chose qui se passe dans la société marocaine depuis les années 80, qui les dépasse et que, eux aussi, ont besoin d’être « aidés ».

En leur servant d'exemple ?

Nabil Ayouch : En leur disant la vérité… Ma vérité. J’aime profondément le Maroc. J’aime l’âme, le coeur marocain. Après, il y a aimer un pays et se battre, et c’est différent. Je ne veux pas abandonner. Abandonner, c’est une défaite. Comme celle, dans le film, d’Abdallah l’instituteur, qui s’en va. Alors, c’est la défaite d’une humanité toute entière.

Car j’en ai rencontré des instituteurs comme ça, qui ont abdiqué, au Maroc, en France ou ailleurs. Effectivement, j’aurais pu partir et faire des films dans d’autres pays. Mais quand on est à la fois inspiré par un lieu, et qu’on l’aime, on a envie de le défendre autant que possible.

Et puis, si on part tous, si tous ceux qui ont encore des rêves quittent ce lieu, on va le laisser à ceux qui n’en ont pas et là, je crois que c’est véritablement la fin.

Je continue à croire que le cinéma peut changer le monde. Sinon, je n’en ferais plus. Le cinéma est une voie d’expression irremplaçable, et c’est ça aussi qui fait peur dans ces sociétés où il y a un taux d’analphabétisme aussi élevé. C’est la force de l’image. L’image est un écran mais aussi un miroir. Et quand le miroir renvoie, à travers des personnages incarnés, à ce que nous sommes, c’est d’une puissance unique. Ça, ils ne l’ont pas, et ils ne l’auront jamais.

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Casablanca, star du film !

Nabil Ayouch : J’adore cette ville. Elle est une source d’inspiration profonde et totale.

Je n’ai pas beaucoup de lieux d’ancrage. Je suis né à Paris, j’ai grandi à Sarcelles, en banlieue parisienne dans la diversité culturelle, dans une ville Tour de Babel où tout le monde se côtoyait même avec un fort communautarisme, d’une mère juive et d’un père musulman, étudiant à l’école laïque républicaine, à moitié français et à moitié marocain, mais finalement ni l’un ni l’autre.

Puis, à trente ans, j’ai la volonté de m’installer à Casablanca, car la société marocaine m’inspire. Au fur et à mesure, je rencontre la ville qui devient celle où je me sens véritablement chez moi. 

Casablanca est sale, bruyante, agressive, elle tourne le dos à la mer, elle est désordonnée, il n’y a aucun schéma directeur urbain, et, en même temps, elle est d’une richesse incommensurable.

Sans doute parce que je n’ai pas commencé par le Casablanca du centre, qui est assez étroit, mais par celui de la périphérie. Probablement à cause de mon parcours, je m’intéresse toujours à ce qu’il y a autour. Par cercles concentriques, je me suis rendu compte que cette ville regorge de secrets et de mystères, surtout pour une ville neuve.

Casablanca est rebelle parce qu’elle ne se donne pas. Il faut la prendre, la vivre ou, en tout cas, essayer. J’aime la montrer, cette ville, en faire un personnage.

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