HALIME-HAMDANE

Contes / Maroc

Quand le "Il était une fois" de HALIMA HAMDANE s'adresse, en fait, aux adultes

Aussi délicieux qu'une bonne purée

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Halima Hamdane perpétue le patrimoine marocain à travers ses contes. Gros plan.

On la reconnaît tout de suite, cette voix qui redonne vie aux contes puisés dans le folklore marocain. Cette voix vivante, infatigable, pleine de poésie et de musicalité est celle de la marocaine Halima Hamdane. Cette écrivaine a trouvé dans le conte une façon de transmettre des messages de manière ludique aux enfants, et elle le fait avec maestria.

Ses débuts ne la prédestinaient néanmoins pas à une telle destinée. Elle a entamé sa vie professionnelle dans l'enseignement comme professeur de français avant de rejoindre le niveau supérieur pour dispenser le cours de méthodologie à l'Université d'Évry-Val-d'Essonne, avant de tomber amoureuse de l'écriture après sa rencontre avec le poète et conteur Henri Gougaud.

La forme du conte la séduit beaucoup. Elle trouve du plaisir à les écrire d'abord, et à les raconter ensuite auprès d'un public bien ciblé : les enfants !

Bien évidemment, la fonction première du conte c'est qu'il soit raconté. Enfin, elle s'amuse beaucoup à montrer l'immensité du patrimoine marocain dans une langue métissée faite de l'arabe et du français. C'est d'ailleurs une très belle idée, car son jeune public se retrouve enchanté d'écouter à la fois en arabe et en français celle qui se présente comme leur « tati » en leur contant des histoires.

Mais les récits de Halima Hamdane ne sont pas que des contes d'enfants qui paraîtraient aux yeux des adultes comme des histoires à dormir (débout ?), permettant à ces mignons bambinos de rêver des situations émotionnelles propices à leur développement affectif. Les contes de Halima Hamdane ne se réduisent pas à cela.

Ces contes font en effet appel à la tendresse enfouie dans chaque être humain. Les contes de Halima Hamdane touchent à quelque chose  de spécifique à l'être humain. Ils invitent à la solidarité, à la patience, à la tolérance, mais surtout à la considération de tout ce qui arrive dans la vie comme expérience à prendre positivement en vue de construire un avenir satisfaisant ("Mahboul le sage et autres contes marocains" ; "La Bonne Purée"). Les récits de la conteuse font également beaucoup réfléchir la société. La conteuse ose critiquer certaines traditions excessives ou des préceptes injustes. 

Halima Hamdane livre, de ce fait, et avec la douceur qui lui est coutumière, une lutte au poison le plus meurtrier ; c'est-à-dire le poison qui oriente le comportement et s'installe dans le psychique d'un homme. Celui-là qui se transmet des générations en générations en s'instituant indéfiniment en mode de penser. Halima Hamdane s'en prend à ce poison parce que chacun de ses contes est un fouet aux mœurs et à la mauvaise mentalité tradi-moderne. Ses contes constituent une véritable source de sagesse autant pour les plus jeunes que pour les plus vieux, qui possèdent encore en eux une part de leur enfance.

Ces histoires touchent au cœur. Elles obéissent aussi à une dynamique de prévention orientée en amont de toute action, car, dit-on, « mieux vaut prévenir que guérir ». Mais la prévention de Halima Hamdane n'exclut pas la guérison, puisque, chez cette Marocaine, les hommes adultes sont d'éternels enfants, et les contes doivent leur permettre de réfléchir et d'évoluer. 

N'hésitez pas à jeter un oeil sur son site, très bien fait !

Zoom

Extrait du conte "La Bonne Purée"

Karim est un petit garçon qui n'aime rien.

Il n'aime pas le tajir, il n'aime pas le cousse-cousse, il n'aime ni la viande ni le poisson ni le légume. Sa maman lui prépare des bons petits plats, mais Karim n'est jamais content. Un jour elle lui demande :
- Qu'est-ce que tu veux manger ?
- De la purée de pommes de terre
La maman va à la soupe. Elle achète du lait, du beurre et de la crème fraiche. Elle prépare une bonne purée de pomme de terre. Elle goute. Puis ajoute une pincée de la noix de muscade.
Karim se met à table, et sa maman lui apporte une assiette pleine de bonne purée.
- Je n'aime pas ça !
- Mais c'est ce que tu m'as demandé. De la purée de pommes de terre. Goute !
- Non ! Je ne goûte pas !
La maman est fâchée. Elle regarde autour d'elle et voit le bâton. Et elle dit :
- Bâton, frappe mon fils qui ne veut pas manger ma bonne purée !
- Non, non ! Il ne m'a rien fait.
(...)

Israël Nzila Mfumu

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