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Albums / Mali

Trio da kali et Kronos quartet, un combo gagnant

La rencontre merveilleuse de 4 instruments à cordes et de 3 griots maliens !

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Lorsqu’un quatuor à cordes mondialement reconnu s’invite chez des griots maliens, cela donne une musique d’une grande virtuosité.

 

Et l’album Ladilikan, fruit de leur rencontre, un beau témoignage de ce que l’Afrique de l’Ouest et la musique contemporaine ont de mieux à nous offrir.

Leurs premiers accords communs ont lieu en 2013. Kronos Quartet fête alors ses 40 ans de carrière et donne un concert événement à San Francisco. De nombreux groupes sont invités à venir partager leur scène et Trio Da Kali répète quelques heures en amont avec eux. Ensemble, ils jouent sur scène un seul morceau. Tita est ovationné par les médias et le public.

Ainsi encouragés, ils renouvellent l’expérience à Washington et au Montreux jazz festival. Puis l’année suivante, ils enregistrent en Suisse ce petit bijou d’album que l’on peut découvrir dès à présent en version digitale. Pour la version live, il faudra attendre 2018 et leur tournée qui s'annonce bien garnie. 


«
 Ils jouent nos morceaux comme si c’était leur propre musique »

Lassana Diabaté, directeur musical et balaphoniste de Trio da kali, parle de chance lorsqu’il aborde le sujet de sa carrière musicale.

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D’aucun dirait qu’il a du talent et qu’il est modeste. Pour s’en persuader, il suffit de se pencher sur les nombreuses collaborations qui ont jalonnées son parcours : Taj Mahal, Salif Keïta, Symetric Orchestra avec Toumani Diabaté, Babani Koné, Tiken Jah Fakoly, Bassekou Kouyaté, le projet cubo-malien Afrocubism, nommé au Grammy Award...

A quelques occasions, il joue également avec des groupes occidentaux. Mais, il dit ne jamais avoir ressenti la même harmonie que lorsqu’il joue avec Kronos quartet.

« C’est la première fois que je vois cela. Ils jouent nos morceaux comme si c’était leur propre musique. Les moindres improvisations, les moindres virgules, ils les interprètent à merveille. »

Au départ, l’idée n’est pas de faire un album. Simplement de jouer quelques morceaux ensemble. Trio da kali envoie quelques-uns de leurs morceaux au quartet. Ces derniers les réécrivent. La bonne vieille méthode occidentale. Puis, ils les jouent et se les approprient.

Ensuite, vient la rencontre lors du concert anniversaire en 2013. Cinq jours et quelques heures de répétition plus tard, le morceau Tita est créé. La presse en parle. Quelques grandes scènes de nouveau partagées, puis les deux groupes enregistrent l’album dans un studio suisse. En tout, pas plus d’une quinzaine de jours passés ensemble, répétition et enregistrement compris.

Et voilà déjà Kronos quartet reparti en tournée. L’agenda chargé des Etats-Uniens les oblige à se donner rendez-vous quelques années plus tard pour la promo. Qu’à cela ne tienne. Le Trio a d’ailleurs une tournée aux Etats-Unis et quelques belles dates de prévues en attendant.

Le 19 octobre ils seront aux Bouffes du Nord à Paris dans le cadre du Worldstock festival. Et en janvier, au Musée du quai Branly.

Et 2018 ? L’année suivante sera consacrée à la promo de Ladilikan avec le Kronos quartet.


« 
Tout le monde peut devenir artiste tandis qu’on nait griot »

Pour ce qui est des CV des uns et des autres, nul besoin de grossir les lignes. L’essentiel est là !

Kronos quartet est un groupe de musique contemporaine mondialement connu et primé (Grammy Award de la meilleure prestation de musique de chambre et Polar Music Prize for Classical Music), qui se démarque par son impressionnante productivité. Pour preuve, à leur actif 50 albums, 800 créations musicales en 40 années de scène. David Harrington est le pilier central de ce quartet énergique et vital, comme il le qualifie lui-même.

Trio da kali, quant à lui, se compose du prodigieux balaphoniste Lassana Diabaté, de la chanteuse Hawa ‘Kassé Mady’ Diabaté et de celui aujourd’hui considéré comme le meilleur joueur de ngoni basse, Mamadou Kouyaté.

Tous trois sont devenus artistes car « tout le monde peut devenir artiste tandis qu’on nait griot ! », précise Lassana avant de nous expliquer le rôle majeur que jouent encore aujourd’hui les griots dans la société malienne. Une manière de traiter avec désinvolture les indéniables prédispositions artistiques de ce trio de choc.

Ils jouent ainsi ensemble pour les groupes phares de la capitale malienne et se connaissent depuis toujours. Ils font partie d’une même famille, pour ainsi dire. Aussi lorsque Lassana Diabaté propose un jour à Hawa et Mamadou de fonder un groupe, tous deux acceptent naturellement.

Le Trio est de lignées très respectées au Mali et au-delà. Kassé Mady Diabaté et Bassékou Kouyaté, pères respectifs de la chanteuse et du joueur de ngoni basse, font aujourd’hui résonner la musique mandingue à travers le monde. Une tradition que Trio da kali semble bien parti pour honorer à son tour.

Zoom

Le questionnaire d'Africavivre

Africavivre : Quel est l’ingrédient indispensable pour concocter un bel album, selon vous ?

Lassana Diabaté : Pour concrétiser un bel album, il faut travailler avec de bons musiciens. Kronos Quartet, ses artistes sont capables d’écrire la musique. Ils sont très doués.

Africavivre : Quel est selon vous la journée parfaite ?

Lassana Diabaté : Toutes les journées sont parfaites, s’il y a la santé ! Le jour où l’on reçoit de mauvaises nouvelles est un mauvais jour.

Africavivre : Quel est la pire chose qui puisse arriver sur terre, selon vous ?

Lassana Diabaté : Le jour où tu perds les personnes que tu aimes. La mort qui te prend quelqu’un qui t’est cher. Aussi, si je devais continuer de vivre sans jouer de mon instrument.

Africavivre : Quel est votre pire défaut ?

Lassana Diabaté : Je suis timide. Lorsque je joue d’un instrument, j’oublie ma timidité. Pour cela, je souhaite jouer de la musique jusqu’à ma mort. Cela me rend heureux.

Africavivre : Qui sont vos héros dans la vie réelle ?

Lassana Diabaté : Mes héros, ce sont les travailleurs qui travaillent dure pour gagner leur vie et défendre leur droit sans complexe. Ceux qui se battent et travaillent honnêtement, ce sont des héros.

Africavivre : Quel est votre slogan ?

Lassana Diabaté : Je suis fier d’être griot et musicien. Les griots sont des exemples. Au Mali, nous disons d’un enfant très poli qu’il est poli comme un griot. Un griot est quelqu’un qui n’a jamais été colonisé par qui que ce soit.

Africavivre : Qu’avez-vous prévu de faire demain (le jour suivant de l’interview) ?

Lassana Diabaté : Peut-être une interview. Demain, nous avons un concert de prévu. Après demain, aussi. Dimanche, nous nous rendons à Paris. J’ai des émissions à la radio. Et mercredi, je commence la tournée aux Etats-Unis. Nous avons des concerts jusqu’au 26 octobre.

Eva Dréano

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