Albums / Mali

MAWIMBI, de l'électro africain et effervescent

Mawimbi Quand Electro rime avec Bamako

Partager cet article

Mawimbi, collectif de DJs et maison de disques atypique de la scène parisienne, crée depuis 2013 des passerelles entre un héritage musical issu de l'espace de l'Atlantique noire (Afrique, Antilles, Amérique du Sud) et des sonorités électroniques contemporaines. 

C'est grâce à ce métissage peu exploré qu'ils ont développé leur terrain de jeu sous différentes formes : soirées, résidences, émissions de radio, compilations, travail de remix pour de grands noms des musiques afro. Nous avons beaucoup aimé, tout de suite, leur collaboration avec la chanteuse Fatim Kouyaté, et avons pu nous entretenir avec un des cadres du groupe.

Adrien Colle, pourriez-vous nous parler de l'origine de votre collectif ?

Adrien Colle : Mawimbi est un collectif de cinq artistes qui existe depuis huit ans. C'est un groupe protéiforme, à la fois un collectif de DJs, un label et, aujourd'hui, une entité musicale de musique avec à son compteur un album. Jusqu'ici, nous produisions d'autres artistes à travers notre label, cet album est une concrétisation d'un travail de composition et de production musicale que nous faisions depuis quelques années. C'est le premier album sous le label de « Mawimbi ».

Le groupe a évolué depuis nos débuts. Quand on a commencé en 2013, Mawimbi comptait cinq membres fondateurs : le groupe Pouvoir Magique (duo), Alex alias Alt et puis moi, Adrien Colle. Huit ans après, trois d'entre nous sont actifs et continuent de tenir le label. Quand on a créé le label, c'était des projets individuel mais qui se sont plus tard fondu sous le nom de Mawimbi. On s'est forgé une identité collective en travaillant ensemble lors des évènements, en jouant ensemble et en produisant d'autres artistes.

« Mawimbi » est un mot swahili qui signifie « ondes ». Pourquoi ce choix exotique pour un collectif français ?

Adrien Colle : A l'époque, nous voulions un nom à consonance africaine. Il nous fallait un nom original, mais qui traduise le lien que nous avions déjà avec la musique. "Mawimbi" traduit justement très bien cette idée. Et puis, le swahili c'est une des langues les plus parlées sur le continent, et l'idée d'unité couvait le projet. Depuis des années, nous nous sommes intéressés aux musiques africaines dans leur globalité, du Nord au Sud, des montagnes de l'Atlas jusqu'au Kilimandjaro, bref dans une vision panafricaine.

Cela se remarque aussi dans l'identité auditive de votre album.

Adrien Colle : C'est vrai que nous ne sommes pas africains, ni d'origine africaine, mais nous sommes fortement influencés par les musiques d'Afrique. Plus particulièrement, je citerai la musique malienne, sud-africaine et d'autres types encore. A la base nous étions tous, en tant que DJ, des amateurs des musiques électroniques, puis, au fur et à mesure que l'on travaillait, on s'est rendu compte que les morceaux qui nous plaisaient le plus avaient une influence africaine. On s'est alors dit que c'étaient les sons que nous aimions ; et le collectif est né de là. Notre première soirée n'avait aucune ambition, on voulait juste jouer des morceaux et profiter.

Puis, de fil en aiguille, on s'est retrouvé à inviter des artistes qui avaient la même connexion avec la musique africaine, des Sud-africains notamment. On a donc évolué à la croisée des musiques électroniques contemporaines et des musiques africaines jusqu'à en écouter un nombre fou ! Ce qui nous intéressait, c'était des musiques de danse aussi. On s'est mis à creuser dans la musique congolaise notamment, la soukous même si on n'est pas des experts, évidemment !

Mawimbi

Adrien Colle et Bertrand Cerrutti, les deux membres restants du collectif "Mawimbi", à l'origine composé de cinq DJ. Une photo d'Inanis.

Votre premier album « Bubbling » est sorti au printemps 2021. Comment le présenteriez-vous ? 

Adrien Colle : L'album se nomme "Bubbling", parce que c'est le mot anglais qui traduit l'idée d'effervescence qui est, pour nous, un clin d'œil à toutes ces années au cours desquelles nous avons tenté de produire plein de choses que ce soit des événements, des disques, des rencontres avec des artistes, des morceaux, ou des remix. Il y avait une sorte d'effervescence, un bouillonnement et beaucoup de découvertes. Nous voulions que cet opus traduise nos différents voyages musicaux. Mawimbi c'est une histoire de rencontres avec des artistes de nombreux pays, avec des cultures différentes. Chaque morceau de l'album constitue un voyage en soi, une vignette d'une découverte musicale qu'on a fait pendant ces dernières années. C'est une chanson avec une forte influence malienne, avec de la kora, un chant mandingue. Malume fait référence à la musique sud-africaine des années 80.

Avec Morena Leraba, sur lequel nous avions écrit ici

"Bubbling" contient également des collaborations très intéressantes.

Adrien Colle : Tout à fait, toutes ces influences ont été incorporées, traduites et transcrites grâce à tous les invités qui sont dans l'album, car sans eux, le contenu ne serait pas exactement le même, n'aurait pas eu cette couleur musicale. C'était impératif pour nous d'avoir cette pluralité et ces collaborations diverses. Fatim Kouyaté vient par exemple de Bamako, et s'est notamment fait connaître en chantant pour le projet franco-malien Midnight Midnight Ravers, avec qui on avait déjà travaillé par le passé. On peut aussi citer le sud-africain Spoek Mathambo et Morena Leraba d'origine lesothienne ; tous deux invités sur le morceau Malume. Nous avons également collaboré avec le trio colombien Ghetto Kumbé, qui représente le son afro-colombien avec le titre El Caribe.

Il s'agit donc d'influences universelles. Pour nous, ce qui est important dans cet album, ce n'est pas que chaque morceau soit une transcription littérale d'un genre musical particulier, mais plutôt un melting pot, une interprétation proposée par nous, Mawimbi. Nous voulions donner une interprétation personnelle de toutes ces influences à travers notre musique.

"Bubbling" donne aussi cette impression de mélange de l'électro et d'autres genres à l'oreille.

Adrien Colle: Les musiques électroniques nous définissent. C'est par là que nous avons commencé. Personnellement, je me suis mis à composer des morceaux grâce à la musique électro. Cela explique donc cette connexion. Nous n'essayons pas de faire de la musique africaine au sens strict du terme, mais plutôt un métissage inédit entre des musiques africaines et des sons électro.

Comment "Bubbling" a-t-il été accueilli par le public ?

Adrien Colle : Au moment de la sortie, en juin, nous avons eu des retours enthousiastes des médias en France, même des médias qu'on n'avait pas touchés avec nos productions précédentes, avec d'autres artistes. Seulement quelques mois après la sortie de l'album, c'est très encourageant. Ensuite, les chiffres au niveau du streaming ne sont pas mal du tout ! Certes, pas des millions d'écoute, on sait que notre musique n'a pas un immense potentiel commercial, mais, de toute façon, on ne la fait pas essentiellement pour cela ! On a la chance d'organiser des concerts et des festivals, avec le retour progressif des activités en France. Pour le moment, nous sommes satisfaits de l'accueil du public. D'autant plus que l'album est pour l'instant uniquement sorti en version digitale, en attendant la version vinyle. On va donc distribuer les vinyles, à leur sortie chez des disquaires en France.

Quels sont les projets que Mawimbi veut matérialiser après ce premier album réussi ?

Adrien Colle : Au mois de septembre, nous sortons un nouveau single, une collaboration qui n'a pas de lien avec l'album, et qui sortira sur un autre label. Nous avons collaboré avec une chanteuse brésilienne dont je ne peux pas encore dévoiler le nom. Ensuite, Mawimbi va lancer des projets d'artistes avec lesquels nous travaillons notamment Jally Kebba Susso, qui joue de la kora. On va sortir deux de ses projets et d'autres suivront. On va également collaborer avec un producteur anglais et un musicien ghanéen. De mon côté, des idées pour un deuxième album Mawimbi commencent aussi à germer...

Un dernier mot ?

Adrien Colle : C'est la philosophie de Mawimbi de produire du contenu mais aussi de pousser d'autres artistes à percer. Nous le disons pour que les artistes n'hésitent pas à travailler en collaboration. On suit de près l'actualité musicale à côté des grandes stars connues de tous.

Zoom

Mawimbi et l'art visuel

Caractérisé par leur visuel fort, Mawimbi octroie une grande place à l'art.

Leur premier album s'inscrit dans cette veine. Adrien Colle livre le secret de la mystérieuse identité visuelle du collectif :

« Le côté artistique de notre identité visuelle, nous avons toujours souhaité l'avoir. C'est une identité en lien avec notre logo d'origine qui traduit en globalité notre projet. C'est un clin d'œil là aussi aux cultures du continent africain, sans en proposer un plagiat mais plutôt une lecture libre de notre part. Au départ, on voulait avoir un masque comme logo, mais notre designer de l'époque, Vianney Postic, a accentué la conception de la cover avec des contours très nets et des couleurs remarquables. Par l'intermédiaire de ce logo, il a donné la direction artistique du collectif.

Cette ligne directrice nous guide pour nos visuels, y compris pour la pochette de "Bubbling." Nous voulons aussi retranscrire la conception futuriste de la musique électro. Tous les visuels de nos singles sont de Michaël Sallit, avec qui nous collaborons très régulièrement ».

Iragi Elisha

Article précédent
RAY LEMA, pour plus d'instrumentistes de qualité en Afrique
Article suivant
YEKO, célébrer des grandes voix d'Afrique de l'Ouest
 
Ajouter un Commentaire
Code de sécurité
Rafraîchir