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Documentaires / Kenya

GOGO, il n'y a pas d'âge pour l'école

Le Pacte 94 ans et l'envie irrépressible d'apprendre

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Avec "Sur le chemin de l’école", Pascal Plisson avait déjà filmé des élèves déterminés, de par le monde, à braver de nombreux obstacles pour se rendre en classe.

Dans Gogo, il est question encore de détermination, d’éducation, et d’obstacles à braver.

La nonagénaire Priscilah Stienei dite Gogo veut apprendre à lire, obtenir son certificat d’études primaires, et inciter ainsi d’autres jeunes kényanes à fréquenter davantage les écoles. Elle se retrouve au sein d'un internat avec plusieurs de ses arrières petites-filles, et jouit d'une grande popularité auprès de ses jeunes camarades et co-chambrières. Elle se lie d'amitié avec une dame également assez âgée, qui travaille au sein de l'école. Un internat supplémentaire, dont elle va appeler de ses voeux la construction, va porter son nom.

Cependant, rien ne paraissait garanti au départ, et Gogo a dû beaucoup insister pour que le directeur, assez rétif à l'origine, concède finalement à l'inscrire. En outre, des problèmes oculaires la perturbent fortement et vont menacer de compromettre sa volonté pourtant ferme de passer avec succès son examen de fin d'année.

Pascal Plisson nous raconte cette incroyable histoire, riche en émotions et en leçons, autour de l'éducation et de la transmission. Les images qui montrent Gogo recevant les conseils d'une de ses arrières-petites-filles, dans la même classe qu'elle et avec qui elle s'entend particulièrement bien, bouleversent notamment, tout en inversant astucieusement le schéma traditionnel de l'enseignant et de l'élève.

Le personnage de Gogo s'avère très inspirant. Bien qu'elle n'ait pas encore obtenu son certificat d'études primaires, c'est en fait elle qui a beaucoup à nous apprendre. Son enthousiasme et sa curiosité impressionnent et émerveillent. À 94 ans, elle n'a cédé ni à la tendance du désenchantement ni aux pensées sombres. En voyant des lions endormis et des Massaï lors d'un voyage scolaire, elle montre exactement le même degré d'enthousiasme que ses jeunes camarades. Au sein de cette classe primaire, elle a pleinement trouvé sa place - et se trouve d'ailleurs très chic dans son costume en uniforme avec cravate !

L'absence de voix off et l'effacement de Pascal Plisson, un choix récurrent du réalisateur pour ses documentaires, permet de bien mettre en valeur cette histoire et ces personnages, notamment Gogo, mais aussi, entre autres, sa très attachante arrière-petite-fille.

Pascal Plisson explique aussi qu'il n'a rien scénarisé, et qu'il s'est adapté à l'emploi du temps scolaire. Au début du tournage, il ne savait pas du tout comment le documentaire allait se terminer. Le réalisateur a fait aussi le choix de faire parler les personnages naturellement en kalendjin, quitte à ne pas tout comprendre tout de suite. Au vu de l'âge avancé de Gogo, personne ne voulait l'assurer, et le film a eu du mal à voir le jour. On peut d'autant plus s'en réjouir aujourd'hui !

Remerciements chaleureux à Mathis Elion.

Zoom

La genèse du projet...

Pascal Plisson se confie sur la naissance du film :

"Je connais bien le Kenya, où j'ai beaucoup tourné et où j'ai passé plusieurs années de ma vie.

Un ami à Nairobi a lu dans un journal local un article consacré à Gogo, une habitante d'un petit village de l'ouest du pays, près du lac Victoria, mais qui est surtout la plus vieille écolière du monde. A 94 ans, elle entrait dans sa dernière année d'école primaire et son rêve était d'obtenir son diplôme de fin d'études primaires.

Mon ami sait que je recherche des histoires humaines très fortes. Celle-ci a tout de suite fait tilt dans ma tête. J'en ai parlé avec ma productrice, Marie Tauzia, je suis parti au Kenya et je suis directement allé voir Gogo. Cette femme m'a plu, par sa personnalité, son histoire et aussi son véritable charisme. Elle m'a presque viré de chez elle quand je lui ai dit que j'avais arrêté l'école à 15 ans ! Plus tard, on a rigolé. Il fallait un personnage suffisamment fort pour tenir un film et c'était le cas."

Matthias Turcaud

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