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Théâtre / Guinée / Togo

BOUYGUES ET BOLLORÉ EN COWBOYS DE L'OUEST... africain

Cédric Brossard a mis en scène à Conakry des textes d'Hakim Bah et de Gustave Akakpo.

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Deux spectacles courageux et inspirés ! 

A l'occasion du cinquième festival de théâtre "Univers des mots" à Conakry, le metteur en scène Cédric Brossard a servi les écritures de Gustave Akakpo, son associé de longue date, et d'Hakim Bah, pour aboutir à deux spectacles, audacieux et détonants, dénonçant avec vigueur deux prédateurs de l'Ouest africain, derrière lesquels on ne reconnaît personne d'autre que les entrepreneurs Bouygues et Bolloré.

La référence espiègle au western permet de dire toute l'absence de scrupules et de principes moraux de la part de ces deux mercenaires capitalistes, uniquement mus par leur soif d'extension et leur aprêté au gain sans limites.

Cette forme s'avérait judicieuse, divertissante, invitant facilement au spectacle, et évitant toute démonstration théorique lourde. Le motif du western se décline cependant différemment selon les deux auteurs.

Autant "Bolando, roi des gitans" s'apparente à une pièce foisonnante, dense, comptant un très grand nombre de personnages - de Thomas Sankara à un fou en "diamant amniotique" en passant par une metteure en scène française ; autant "Traque" équivaut à une suite de joutes verbales, tantôt exténuantes, tantôt jubilatoires, dans l'écrin de l'écriture nerveuse et percutante du guinéen Hakim Bah, tout en reprises, jeux de mots amers ou malicieux, comme lorsqu'un des personnages, représentant d'un pays d'Afrique de l'ouest non nommé, déclare : "Nous sommes d'accord sur le fond, mais maintenant parlons des fonds."

Traque-hakim-bah-Cedric-Brossard

La pièce de théâtre "Traque" dénonce les prédateurs occidentaux du continent africain.

Les acteurs quant à eux se sont révélés au diapason, tout en débauche d'énergie et sens du rythme très affûté ; on aimerait les citer tous : pour "Traque", Naby Moïse Bangoura, Achille Gwem,  Félix Lefebvre et Safoura Kaboré ; pour "Bolando, roi des gitans", Olivier Ho Hio Hen, Mbembo, Pierre-Jean Rigal, Paola Secret, Achille Gwem et Kader Lassina Touré en alternance.

La musique, signée de Eric Komanakah Daniel et Pidj, relève de l'électro et confère une belle tension croissante à ces duels dans ces westerns un peu différents.

Les décors évoquent un maquis (bar de l'Afrique de l'Ouest), une place protégée, des bureaux secrets, ou encore les dessous d'un chantier interlope...

A noter que Cédric Brossard prépare actuellement un troisième spectacle dédié à Castel, qu'un dramaturge d'un autre pays africain écrirait, pour aboutir à une trilogie, à l'instar de celle du "dollar" de Sergio Leone. 

Zoom

Une cinquième édition réussie

Un artiste d'un pays africain et un artiste d'un pays du "Nord" se sont associés pour aboutir à des spectacles dans une durée record de trois semaines.

Entre une pièce sur les mines de bauxite et une allégorie sur la démocratie chez les "grenouilles", cette nouvelle édition du festival de théâtre Univers des mots a été très politique, avec comme thématique phare l'environnement et le recyclage.

Afin d'atteindre un public plus large, des lieux assez inattendus ont été investis : comme la cour cachée d'une concession à proximité de la pharmacie de Kaporo, le pont de Nongo, ou encore la résidence d'un ancien opposant politique.

Hakim Bah était le directeur artistique de cette édition ; le projet "Univers des mots" est sinon piloté par Bilia Bah.

Matthias Turcaud

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