Mama-Keita

Films / Guinée

Rencontre avec le réalisateur guinéen MAMA KEITA

" Mes films sont des condensés d’ailleurs et ce n’est pas un hasard "

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Réalisateur franco-guinéen de mère vietnamienne, Mama Keïta est à N’Djaména à l’occasion de la 1ère édition du Fetcoum, organisé par la sociologue et réalisatrice Ache Coelo, où il est venu assurer une formation en écriture de scénario et présenter son court-métrage One more vote for Obama.

Comment le cinéma est-il entré dans votre vie ?

Mama Keïta : Je n’ai pas fait d’école, mais j’ai été cinéphile très tôt. Pendant mon enfance au Sénégal j’ai ingurgité une quantité astronomique de westerns spaghettis et de mélos indiens et égyptiens. Ensuite j’ai découvert le cinéma européen, asiatique mais je garde une vraie tendresse pour ces films de série Z, qui sont le fondement de ma passion.

Et quand avez-vous découvert le cinéma africain ?

Mama Keïta : En Europe. Paris est le carrefour de toutes les cinématographies. Quand j’étais en Afrique je ne voyais pas de films africains, en raison d’une production embryonnaire et de salles exclusivement occupées par les mélos, les westerns spaghettis et les péplums.

Comment avez-vous fait vos débuts dans le cinéma ?

Mama Keïta : J’ai eu envie de rentrer dans ce cercle magique via des stages. J’ai écrit de nombreuses lettres, mais ne connaissant personne je n’ai jamais reçu de réponse. Habitant en banlieue j’ai commencé avec un groupe d’amis à concevoir des projets. Je n’ai pas eu de mentor et je me suis improvisé scénariste, réalisateur et producteur. Personne ne voulait me produire et mes deux premiers films auto produits ont fait faillite. J’ai appris sur le tas, rudement et à mes dépens.

Certains thèmes vous tiennent-ils particulièrement à cœur ?

Mama Keïta : Je raconte des histoires et au bout d’un certain nombre de films on peut parler de thèmes, mais pour moi ce qui compte avant tout c’est une histoire et des gens qui vont exciter mon imaginaire. Je n’ai pas schéma ni de thème préétabli.

Rétrospectivement, pouvez-vous quand même citer des thèmes qui reviennent dans vos films de manière récurrente ?

Mama Keïta : Oui, l’amitié soumise aux épreuves de la vie et les émotions portées à leur paroxysme.

L’identité aussi ?

Mama Keïta : Ayant des racines multiples et ayant subi des influences différentes, j’ai immanquablement une identité multicolore et non monochrome, et ça se ressent dans mes films. Les personnages de mes films viennent toujours d’ailleurs. Dans « One more vote for Obama » les protagonistes sont jamaïcains et kenyans, alors que je ne suis moi-même ni l’un ni l’autre. Mes films sont des condensés d’ailleurs et ce n’est pas un hasard.

Un ton particulier caractérise-t-il votre œuvre ? Plutôt amer ou sucré, grave ou léger ?

Mama Keïta : Même mes comédies sont traversées et mâtinées de drame, comme la vie tout simplement.

A quel point l’écriture et le scénario sont-ils importants pour vous ?

Mama Keïta : J’ai appris le cinéma à travers la cinéphilie, l’écriture, le montage et la production, ça a été ça mon école. Avoir écrit m’a beaucoup appris, ça a d’abord été de petits poèmes et de petites histoires. Un beau-frère cinéphile avait des « Avant-scènes » chez lui et, lisant les scénarios publiés par cette revue, j’ai appris comme cela les conventions scénaristiques : Intérieur jour, extérieur nuit…Ca a pallié à l’absence d’école de cinéma.

Tournez-vous seulement avec des comédiens professionnels, ou également des non professionnels ?

Mama Keïta : J’ai fait de tout. Il m’est arrivé de rencontrer par hasard des non-professionnels dont je pressentais qu’il pouvaient être des caractères.

Découpez-vous usuellement beaucoup vos films ?

Mama Keïta : Je découpe toujours le matin ou la veille d’un tournage, mais je n’en fais pas une religion. Quand je tourne dans un lieu, je m’astreins à y venir une heure avant le reste de l’équipe, puis je fais répéter.

Que pensez-vous du cinéma africain, actuellement ?

Mama Keïta : Durant la dernière décennie on a pu remarquer l’irruption d’une nouvelle génération de cinéastes métis, métis biologiques ou culturels.

Abderrahmane Sissako, Mauritianien qui a tourné au Mali avec Timbuktu est allé à une école de cinéma en Russie et on sent sa formation soviétique dans ses films, dans le cadrage comme la mise en scène. Bafulu Bakupa, Congolais d’origine, vit en Belgique. Zeka La Plaine, d’une mère congolaise et d’un père angolais portugais, a grandi à Paris puis Bruxelles… Les réalisateurs maghrébins sont également très concernés par cette question du métissage.

Les cinéastes africains les plus marquants de ces vingt dernières années sont des cinéastes qui se sont frottés à d’autres cultures. On peut même se demander ce que c’est qu’un film « africain ». C’est une escroquerie. Comment peut-on réduire des gens aussi divers et aussi composites à cette dénomination coloniale sans réalité ? Ca relève d’une facilité globalisante, réductrice et méprisante.

A quel point êtes-vous attaché au continent africain ?

Mama Keïta : Mon nom déjà est une attache. C’est le nom de mon père. Je suis de nationalité guinéenne et je retourne chaque année en Guinée Conakry pour animer une master class. J’ai aussi tourné deux films au Sénégal.

Zoom

Les projets de Mama Keita

Mama Keïta : J’ai en préparation un long-métrage en Guinée, une production internationale, et un film sur Miles Davis qui se déroule entièrement dans une maison d’édition musicale, que j’aimerais tourner en Afrique, entre autres…

Propos recueillis le 23 juin 2018 par Matthias Turcaud à N’Djaména au Radisson Blue

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