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décembre 2016 / Théâtre /

5 étoiles

Marielle Pinsard nous dit tout de la drague en Afrique

La drague africaine s’expose sur les planches du Tarmac à Paris

Dans On va tout dallasser Pamela, la nouvelle création décapante de Marielle Pinsard, l'auteure et metteure en scène helvète nous dit tout de la drague en Afrique.

La nouvelle création décapante de Marielle Pinsard ! 

Ses personnages déjantés nous content à travers leurs histoires l’art du broutage ivoirien et de l’arnaque sentimentale en Afrique.

Les danses rituelles, le bon bwobwo (mouvement) pour haranguer le choco (Le blanc), les jeux de regard, l’argot propre à chaque pays, n’ont plus aucun secret pour nous à la fin du spectacle.

A travers cet univers impitoyable se campe une réalité cruellement mercantile. Entre regard amusé et sociologique, l’Afrique clichée apparait criante de vérité. Et notre tendre société occidentale, pas si éloignée qu’elle n’y parait.

Interview de la metteuse en scène, Marielle Pinsard.

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Africavivre : Votre pièce décrit avec force détails l’art de la drague en Afrique. Quelles ont été vos sources d’inspiration ?

Marielle Pinsard : C’était d’abord un voyage que j’ai fait en 2007 pour un projet qui s’appelait "l’homme et la bête" avec des Suisses et des Africains. Pour cette pièce je m’étais faite draguer par des Burkinabés.

Je me suis dit que c’était intéressant comme pratique à étudier. J’ai étendu mon étude au Cameroun. J’ai aussi demandé à plusieurs personnes de me coacher en matière de drague.

Ces personnes ont réalisé des interviews au Cameroun, en République du Congo, en Côte d’Ivoire,… Chris Niangouna en faisait partie. Jenny (Ndlr : la chorégraphe Jenny Mézile) aussi. Elle est mariée depuis dix-sept ans à un Ivoirien et vit en Côte d’Ivoire. Elle est haïtienne.

Africavivre : Comment chacun des personnages de votre pièce ont-ils été créés ?

Marielle Pinsard : A partir de tous ces témoignages d’hommes, essentiellement, j’ai essayé de choisir des comédiens qui parlaient des langues comme le nouchi (ou noussi) ou le camfranglais (argot parlé au Cameroun, Ndlr.) Mon choix s'est effectué comme cela.

Je leur ai ensuite demandé de raconter leurs propres histoires de drague… ça n’est pas partout la même chose ! Ensuite j’ai pris leur témoignage. Et puis, il y a un ou deux témoignages qui ne viennent pas d'eux mais que j'avais entendu ailleurs. Je voulais un panel.

Mon projet s’est attaché au broutage. La langue nouchi est issue de beaucoup d'influences. C'est une langue populaire née après les guerres. On ne peut pas distinguer la langue du broutage. Le broutage ce sont des arnaques considérées par certains comme un moyen de subsistance. Et le broutage est un vrai phénomène qui touche tout le monde en Côte d'Ivoire.

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Africavivre : Qui sont les comédiens qui interprètent votre pièce ? Comment les avez-vous rencontré ?

Marielle Pinsard : C’est grâce aux coachs que j’ai rencontré les comédiens de ma pièce. A part la chorégraphe Nina Willimann. Une Suissesse qui travaille sur les archétypes suisses.

Jean-Marie Boli Bi est un danseur de rue. Il connait la drague et toute la gestuelle qui accompagne cette drague. J’ai choisi des personnes qui étaient des professionnels.

Africavivre : Le personnage de la jeune humanitaire suisse semble important à vos yeux. Pourquoi ?

Marielle Pinsard : Je ne suis pas là pour régler les petits problèmes ou les grands problèmes de la colonisation. Je suis très suisse en cela. Je trouve intéressant de montrer la Suisse comme un pays de gens gentils. Je voulais restituer cela sous la forme d’un passeport qui est quelque chose dont on peut avoir envie.

Africavivre : Que signifie dallasser ?

Marielle Pinsard : Ca veut dire rouler des mécaniques comme JR dans Dallas !

Africavivre : Quel est le rôle de la danse dans la pièce ? Et en Afrique ?

Marielle Pinsard : Je m’intéresse particulièrement au coupé décalé car il a à voir avec le broutage, avec la drague. Les gens regardent des vidéos sur Internet.

Pour ce qui est du Congo et de la Côté d’Ivoire, particulièrement, la danse est un moyen très codifié pour se défier entre hommes. Au Cameroun, il y a aussi ces formes de danse mais elles sont différentes.

Africavivre : L’image que vous donnez de l’Afrique n’est pas stigmatisante. Et on retrouve pourtant beaucoup de clichés dans votre pièce. Comment l’expliquez-vous ?

Marielle Pinsard : Le cliché est là. Pourquoi sortir du cliché. L’Afrique est très clichée. Il n’y a pas de raison d’en faire quelque chose de plus intelligent. On se met tous à un point commun.

A partir de cela on distribue les rôles. On déconstruit. Cela dépend de ma volonté de tout rendre spécial. C’est important le cliché. Comme la caricature… Il faut savoir aussi en sortir, c’est tout l’art de rester sur le fil…

Plus d’informations sur les prochaines dates de représentation : https://www.facebook.com/CieMariellePinsard/

Marielle Pinsard répond au questionnaire d'Africavivre

Africavivre : Quel est l'ingrédient indispensable pour concocter une pièce de théâtre engagée et drôle, selon vous ?

Marielle Pinsard : Etre sincère et logique dans sa propre logique.

Africavivre : Quelle est, pour vous, la journée parfaite ?

Marielle Pinsard : C’est une journée où j’ai bien mangé.

Africavivre : Quel est la femme ou l’homme politique (africain/e) pour laquelle/lequel vous voteriez les yeux fermés ?

Marielle Pinsard : Je ne sais pas. Personne ! La politique est toujours instrumentalisée. On peut faire passer n’importe quelle bonne ou mauvaise idée en politique.

Africavivre : Dans dix ans, où serez-vous ?

Marielle Pinsard : Je me vois travailler un peu plus avec le milieu associatif, social, psychiatrique. Partir sur autre chose avec un groupe de psychiatre, de sociologue, d’anthropologue. On pourrait créer des ateliers. Ou pourquoi pas essayer de prendre la direction d’un théâtre.

Africavivre : Si la drague à l’africaine devait se résumer en un slogan quel serait-il ?

Marielle Pinsard : Je suis mal fan de toi !

Africavivre : Qu'avez-vous prévu de faire demain (le jour suivant l'interview) ?

Marielle Pinsard : D’aller dans un bon restaurant avec un ami. Ça fait très longtemps que nous n’avons pas mangé ensemble !

Propos recueillis par Eva Dréano

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