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Romans africains, romans sur l'Afrique

Le griot de la peinture, une plongée fascinante dans l’œuvre de Basquiat

Caraïbéditions Dernier roman d'Ernest Pépin, plume majeure de la littérature caribéenne, Le griot de la peinture fait revivre Basquiat, peintre génial et « énigme primitive » de l'art des années 80, qui révolutionna le street art. Une expérience de lecture inédite.

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« Il avait à peine vingt ans. Il avait cent ans de peinture ».

Dans ce beau roman singulier, Ernest Pépin excelle à imaginer le parcours de cette « force vorace et affamée ». Les voix de la mère, figure tutélaire qui l'initia aux couleurs, et celle de Basquiat, enfant puis jeune homme, alternent pour dépeindre le parcours du prodige : de la fascination devant les livres d'anatomie et des premiers tags avec son ami Al Diaz jusqu'aux succès et la solitude derrière le faste des paillettes.

Né d'un père haïtien et d'une mère portoricaine dans le Brooklyn cosmopolite et contestataire des années 60, enfiévré par la misère et le racisme, Basquiat se pose très tôt la question de l'identité. Situé au carrefour de la contre-culture américaine et de ce qu'il appelle sa « négritude », le jeune homme ne cessera de s'interroger sur sa part métissée qui brouille les frontières et fusionne les héritages.

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Le rapport à la peinture, son imaginaire, le monde de l'art, l'incompréhension du public, son combat identitaire, les amitiés dont celle avec Andy Warhol, les amours turbulents et les paradis artificiels sont aussi évoqués. Comme le souligne Lyonel Trouillot dans la préface, il ne s'agit pas de dire Basquiat tel qu'il fut mais de proposer une belle « hypothèse poétique formulée sur la vie d'un homme ».

Biographie romancée et intuitive, Le griot de la peinture est une plongée hallucinée et onirique dans la vie d'un génie. Avec une puissance métaphorique folle, l'auteur guadeloupéen Ernest Pépin dynamite les limites de chaque page dans une effusion d'étincelles, tout comme Basquiat l'ordinaire, pour donner vie à ce météore.

Pour celui qui souhaitait reprendre « l'histoire de la peinture par la main » à travers ses graffitis déroutants, il faut « fuguer en tournant le dos aux conventions, aux chemins tracés à l'équerre, aux sécurités douillettes ». Et la poétique d' Ernest Pépin, inspirée de la vie et de l’œuvre de son griot, explore avec merveille cette légende posée comme inépuisable.

Extrait (p.13 et14)

Et pour de bon, je naquis ce jour-là issu d'une terre harcelée par les dieux et de Porto Rico la belle catholique aux yeux (chastes) de mulâtresse.
A vrai dire, ni le mot noir, ni le mot mulâtresse, ni le mot Afrique, ni le mot Amérique ne voulaient rien dire pour moi. On ne naît pas noir, on le devient, ainsi que j'allais l'apprendre plus tard.
J'étais au confluent de tout cela sans le savoir vraiment, décidé à tracer dans le chaos du monde le graffiti obscur d'un éclat d'existence dans une ville impossible.
Parce que New York est une ville impossible. Elle peut gratter follement les pieds du ciel, lancer, de nuit, les stridences du jazz, oublier qu'elle est noire, boxer les petits matins et se réfugier dans les quartiers aveugles. Jungle tangible où danse des saltimbanques, elle boit des vies comme on boit un alcool ou bien pousse un gospel lancinant que les pieds tambourinent. Transe exaltée, New York concasse le soleil en de multiples taxis jaunes. C'est une démesure qui coiffe l'infini des mondes, une trompette qui beugle et gicle du sang.

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À l'occasion du Salon du Livre de Paris 2015, Ernest Pépin présente son ouvrage " Le griot de la peinture " aux éditions Caraïbéditions.

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Ernest Pépin, figure de proue de la créolité

Romancier, poète et critique littéraire guadeloupéen, né en 1950 au Lamentin où il réside, Ernest Pépin enseigne le français et s'engage dans l'action culturelle au début des années 80.

Il est nommé en 2001, Directeur des Affaires culturelles et du patrimoine au conseil général de la Guadeloupe.

Sa première publication est de la poésie, Au verso du silence (1984), mais c'est avec son premier roman, L'homme-au-Bâton, l'histoire mystérieuse d'un personnage sans visage qui commet des crimes dans une Guadeloupe en proie aux tourments dans lequel l'auteur traite avec humour le folklore antillais, qu'il se fait connaître.

Suivront de nombreux romans se focalisant sur la société guadeloupéenne dont Tambour-Babel (1996), sélectionné pour les prix Goncourt et Renaudot, et L'envers du décor (2006), où il bat en brèche le cliché d'une île paradisiaque.

S’inscrivant dans un mouvement de défense des valeurs culturelles propres aux Antilles françaises qui place la langue créole au cœur du projet d'émancipation et dans la lignée du manifeste fondateur Éloge de la créolité de Chamoiseau, Confiant et Bernabé (1989), Ernest Pépin développe une conception élargie de la créolité, qu'il construit sur la théorie de « l'identité mosaïque ». La créolité ne doit pas s'inscrire comme une sorte de refus de la négritude, du « grand cri nègre » défendu par Césaire mais doit prendre en compte la diversité de ses origines et s'ouvrir au monde.

Pour aller plus loin, lire l'interview passionnant d'Ernest Pépin sur sa conception de la créolité : http://www.afrik.com/article7507.html

Sarah Gastel

 
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On ne va tout de même pas se quitter comme ça !

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