Debout-paye-Gauz

BD africaines, BD sur l'Afrique / Algérie

L’Algérie c'est beau comme l'Amérique, de Olivia Burton et Mahi Grand

Steinkis Editions Un road-movie passionnant !

Partager cet article

Cinquante ans après l'indépendance, Olivia, petite fille d'une famille de pieds-noirs, part découvrir l'Algérie, trouver les pièces manquantes du puzzle familial.

D'Alger aux Aurès, un périple initiatique qui interroge avec sensibilité et tendresse la question des racines. 

Que signifie être enfant de pieds-noirs ? Cela a-t-il un sens ? Quelle a été l'enfance de ma mère ? Qui étaient mes grands-parents ? Quel était leur existence dans les Aurès ? Comment accepter qu'on soit passé du mauvais côté de l'histoire ? Qu'on ait construit toute sa vie sur une injustice de fond ? Telles sont les questions que se pose Olivia.

L-Algerie-c-est-beau-comme-l-AmeriqueBercée depuis l'enfance par des souvenirs nostalgiques de l'Algérie française et des mots cryptés (OAS, fellaghas...) faisant remonter les blessures de la guerre, la jeune fille a toujours entendu parler de l'Algérie.

Mais en grandissant sa vision de carte postale explose. A l'université, les étudiants parlent des pieds-noirs comme d'exploiteurs racistes et même de tortionnaires. Olivia parvient difficilement à faire le lien entre ces descriptions et ses grands-parents.

Tiraillée entre la rage et la honte, les attaques extérieures et les membres de sa famille qui chantent au dessert Le chant des Africains (chant militaire de l'armée d'Afrique pendant la Seconde guerre mondiale repris pendant la guerre d'Algérie par les pieds-noirs partisans de l'Algérie française), l'héritage familial devient encombrant.

A la mort de sa grand-mère, elle découvre une cinquantaine de pages de notes et de souvenirs à son intention. C'est le déclic. L’Algérie, elle ne fait que l'imaginer depuis son enfance. Il est temps de s'y rendre. Armée d'un numéro de téléphone d'un contact sur place et d'une « bonne dose de culpabilité », la jeune femme s'envole pour le pays de ses ancêtres.

Parcourant Alger et l'arrière-pays dont Merouana et Oued el-Ma, elle retrouve les lieux décrits par sa grand-mère, récolte la mémoire des locaux et confronte le vécu de l'époque à la mythologie familiale. A la géographie nostalgique de son aïeule se substitue son « bout d'histoire algérienne », qui n'a pas grand chose à voir avec celle de sa tribu.

Olivia-Burton-Mahi-Grand


Les discussions avec Djaffar, son accompagnateur, apportent aussi un éclairage intéressant et partial sur les luttes intestines lors de la guerre d'Indépendance, le FLN, les colons, la décennie noire… Olivia découvrira qu'il y a autant d'histoires que d'acteurs et témoins.

Pèlerinage sur les traces des siens, L’Algérie, c'est beau comme l'Amérique est un beau voyage dans l'Algérie d'aujourd'hui qui éclaire et remet en perspective, avec authenticité et humour, une page complexe de notre histoire.

La mise en images de Mahi Grand, en noir et blanc et en couleurs pour les photos prises lors du voyage, est remarquable. Un découpage orignal, quelques libertés poétiques et de pleines pages à savourer. Une chouette BD à découvrir.

en-vente-a-la-boutique-africavivre

 

 

 

Olivia Burton et Mahi Grand parlent de " L’Algérie c'est beau comme l'Amérique "

Zoom

L’Algérie c'est beau comme l'Amérique, un récit autobiographique

Africavivre : Entre road movie, carnet de bord et journal intime, L'Algérie, c'est beau comme l'Amérique est un récit autobiographique. Pouvez-vous nous dire quelques mots sur la genèse de ce voyage, prélude et fil directeur de votre roman graphique ?

Olivia Burton : Longtemps cette histoire familiale algérienne ne m'a pas intéressée ! Pire, elle me pesait et m'ennuyait. J'avais du mal avec le chagrin des miens et aussi avec leurs crispations politiques.

Mais la disparition progressive des aînés de ma famille et au premier chef celle de ma grand-mère, a commencé à éveiller ma curiosité. Je réalisais alors que je ne savais rien de ce pays dont j'avais pourtant entendu parler toute ma vie. J'ai trouvé dans les affaires de ma grand-mère, après son enterrement, un dossier qui m'était destinée et contenait ses souvenirs de sa vie en Algérie. Ce fut un déclic.

J'ai eu alors envie d'aller voir à quoi tout cela ressemblait en vrai pour mettre des images sur des noms et rencontrer peut-être des gens qui auraient connu les miens et pourraient m'en parler. C'est devenu soudain vital pour moi de traverser la Méditerranée !


Africavivre : Après ce voyage remettant en perspective l'histoire familiale, être fille ou fils de pieds-noirs a-t-il encore un sens pour vous ?

Olivia Burton : Oui, cela a un sens mais tout différent ! J'ai troqué un héritage subi, fait d'images figées et douloureuses, un peu mortifères, contre des liens au présent avec des gens - des Algériens - d'aujourd'hui. J'ai échangé du noir et blanc contre de la couleur !

C'est paradoxal : d'un côté, en ayant vu les lieux, je comprends beaucoup mieux l'attachement des miens à l'Algérie et leur souffrance dans l'exil, mais de l'autre, je ne porte plus cette histoire malgré moi. Je la connais mieux, grâce au voyage mais aussi aux lectures nombreuses que j'ai faites, mais je ne m'en sens plus comptable. L'histoire de ma famille pied-noir fait partie de moi, mais au même titre que d'autres ingrédients et ce qui était pesant est devenu une source d'enrichissement et de mise en mouvement.

 

Sarah Gastel

Article précédent
Yasmina Khadra raconte l’Algérie des années 1920
Article suivant
Allah n’est pas obligé d'Ahmadou Kourouma
 
Ajouter un Commentaire
Code de sécurité
Rafraîchir
 

On ne va tout de même pas se quitter comme ça !

Restons en contact


À bientôt !