Debout-paye-Gauz

Romans / Côte d'Ivoire

Debout-payé, le « livre que Franz Fanon n’a pas écrit sur la société de consommation »

Le nouvel Attila Retour sur le phénomène Gauz et son premier roman.

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Debout-payé, c'est l’histoire d’Ossiri, étudiant ivoirien qui quitte Abidjan pour voir du pays. Destination : Paris.

Comme son père et son grand-père, il devient vigile au Camaïeu de Bastille et au Sephora des Champs-Élysées. Sans papiers dans la France des années 1990, c’est le seul job qu’il trouve : « Rester debout toute la journée dans un magasin, répéter cet ennuyeux exploit de l'ennui, tous les jours, jusqu'à être payé à la fin du mois. Debout-payé ».

S'inscrivant dans le territoire des Ivoiriens de la capitale parisienne, Debout-payé est une chronique tendre et lucide sur le quotidien d’un immigré et de sa communauté. Les joies du canapé (se coucher après tout le monde, se lever avant tous), se rendre à Paris en train pour le prix d'un billet Abidjan-Ouagadougou, le titre de séjour qui expire, les délits de faciès, telles sont les expériences et grosses galères expérimentées par ce « Man In Black ».

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Chant en l'honneur de la communauté africaine, « avec ses travers, ses souffrances et ses différences » et bel hommage à la famille restée au pays, Debout-payé, c'est aussi l'histoire politique d'un immigré et de l'immigration, de la Françafrique triomphante des années Foccart à l'après 11-Septembre. Les relations entre la France et le continent africain sont esquissées avec humour et interrogation à travers la vie effervescente de la MECI - La maison des étudiants de Côte d'Ivoire, témoin privilégié de ces évolutions (les premiers temps du choc pétrolier, les années Giscard, la fin du regroupement familial, les années de paranoïa sécuritaire,...).

Mais Debout-payé, c’est aussi un objet littéraire inattendu et génialement insolent. Car au détour des pages, Gauz retranscrit les choses vues et entendues en tant que vigile sous forme de saynètes et sentences tour à tour caustiques et poétiques à la portée quasi-sociologique. En fin satiriste, il tourne en dérision notre société de consommation pour notre plus grand plaisir. Intelligent et détonnant !

Pour le plaisir, quelques morceaux choisis :

CHINOIS. Avec la quantité énorme d'habits fabriqués au pays de Mao, on peut dire qu'un Chinois dans un magasin de fringues, c'est un retour à l'envoyeur.

DILUTION PIGMENTAIRE. Plus on s’éloigne de Paris, plus la peau des vigiles éclaircit vers le beurre. En province, loin, loin dans la France profonde, il paraît qu’il y a même des endroits où il y a des vigiles blancs.

THEORIE DU PSG. A Paris dans tous les magasins ou presque, tous les vigiles ou presque sont des hommes noirs. Cela met en lumière une liaison quasi mathématique entre 3 paramètres : pigmentation de la peau, situation sociale, et Géographie (PSG).

D’UN CENTRE COMMERCIAL À L’AUTRE. Quitter Dubaï, la ville-centre-commercial, et venir en vacances à Paris pour faire des emplettes aux Champs-Élysées, l’avenue-centre-commercial. Le pétrole fait voyager loin, mais rétrécit l’horizon.

QUAND SONNE LE PORTIQUE. Le portique de sécurité sonne quand quelqu'un sort ou entre avec un produit qui n'est pas démagnétisé. Ce n'est qu'une présomption de vol, et dans 90% des cas, le produit a été payé en bonne et due forme. Mais il est impressionnant de voir comme presque tout le monde obéit à l'injonction sonore du portique de sécurité. Presque personne ne la transgresse. Mais les réactions divergent selon les nationalités ou les cultures.
- Le Français regarde dans tous les sens comme pour signifier que quelqu'un d'autre que lui est l'origine du bruit et qu'il cherche aussi, histoire de collaborer .
- Le Japonais s'arrête net et attend que le vigile vienne vers lui.
- Le Chinois n'entend pas ou feint de ne pas entendre et continue son chemin l'air le plus normal possible.
- Le Français d'origine arabe ou africaine crie au complot ou au délit de faciès.
- L’Africain pointe le doigt sur sa poitrine comme pour demander confirmation.
- L’Américain fonce directement vers le vigile, sourire aux lèvres et sac entrouvert.
- L’Allemand fait un pas en arrière pour tester et vérifier le système.
- L’Arabe du Golf prend un air le plus hautain possible en s'arrêtant.
- Le Brésilien lève les mains en l'air.
- Un jour, un homme s'est carrément évanoui. Il n'a pas pu donner sa nationalité.

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Gauz parle de son livre Debout-payé dans l'émission La Grande Librairie.

Zoom

Qui est Gauz ?

Armand Patrick Gbaka-Brédé de son vrai nom est né à Abidjan en 1971.

Après une maîtrise de biochimie, il arrive en France où il exerce une foule de métiers, dont celui de vigile à plusieurs reprises.

Photographe, documentariste, et directeur d'un journal économique satirique en Côte-d'Ivoire, il partage sa vie entre les deux pays.

Il a aussi écrit le scénario d’un film sur l’immigration des jeunes Ivoiriens, Après l’océan…

Sarah Gastel

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On ne va tout de même pas se quitter comme ça !

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