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Contes / Côte d'Ivoire

" Les Secrets de Zubulu " de Brigitte Decour, au coeur de l'Afrique, de sa sagesse, de ses mystères

L'Harmattan Quatre ans après Les Aventures de Zubulu, Brigitte Decour, auteure française d’origine ivoirienne, revient avec Les Secrets de Zubulu, où elle retrouve le grand-père éponyme et sa petite-fille Miniyah.

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Ces trois «  historiettes » servent une nouvelle fois à illustrer le thème de la transmission et à pérenniser une tradition orale qui, sans cela, se perdrait.

En cela, Les Secrets de Zubulu de Brigitte Decour répond à l’exhortation d’Amadou Hampâté Bâ, cité d’ailleurs à deux reprises : « En Afrique, quand un vieillard meurt, c’est toute une bibliothèque qui brûle. »

Les trois contes servent à thématiser des sujets importants en Afrique : la superstition et le fait de donner du crédit à des gris-gris et des fontaines à vœux, la stérilité des femmes et la manière dont elle est diabolisée, ou encore la peur du feu.

Les histoires sont belles, riches en métaphores et en clins d’œil malicieux, comme lorsqu’il est question, dans « Le Retard de Yala », d’ « un spermatozoïde insouciant, qui traîne les pattes ».

La langue est simple, directe et accessible. Brigitte Decour laisse une place au lecteur et à sa libre interprétation, et témoigne aussi de pratiques locales.

« Miniyah découvre peu à peu la vie au village. (…) Ici à Tarafu village, les vieillards façonnent les esprits et les croyances des jeunes, les initient à la culture du terroir, aux cultes animistes, au catholicisme, au jeu des piroguiers, à la chasse au gibier, mettent des pièges pour les oiseaux, etc. Avec ses nombreux cousins, tantes, oncles et voisines, la petite-fille de Zubulu prend plaisir à aller couper l’herbe qui sert de nourriture au bétail. Elle aime caresser les brebis, embrasser des poussins, jeter des graines aux pintades. Elle vit un réel bonheur en compagnie des siens en Afrique. »

Une importance particulière est également donnée au discours direct, qui figure en italique, mettant par exemple en valeur les formules énigmatiques du grand-père Zubulu qui s’éclaireront au fil des trois histoires respectives.

On peut cependant regretter la minceur de l’opus : 42 pages, alors qu’il y aurait eu, sans doute, tellement de choses à dire sur ce sujet, de contrastes à rendre plus saillants encore – entre Paris et Tarafu, entre modernité et tradition, entre rationalité et superstition…

Les Secrets de Zubulu de Brigitte Decour peut en revanche servir de première initiation et donner envie d’en savoir plus et de lire davantage de contes et d’histoires étiologiques - expliquant des faits à la façon de la mythologie grecque ou de la Bible, citée - qui eux aussi perpétuent ces belles traditions orales.

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Amadou Hampâté Bâ, gardien de la transmission orale

Amadou Hampâté Bâ (1900/1901-1991) était un écrivain et ethnologue malien, également membre du Conseil exécutif de l’Unesco de 1962 à 1970.

Il a longtemps travaillé à faire connaître les traditions peules et est l’auteur, notamment, de Kaïdara, récit initiatique peul (1969), L’Etrange destin de Wangrin - Grand Prix littéraire d’Afrique (1973), L’Eclat de la grande étoile (1974), Jésus vu par un musulman (1976), Ce que vaut la poussière – contes et récits du Mali (1987) ou encore Amkoullel l’enfant peul – également Grand Prix littéraire d’Afrique (Mémoires I, 1991) ou Oui mon commandant ! (Mémoires II, 1994).

Matthias Turcaud

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