Mambou-Aimee-Gnali

Romans / Congo-Brazzaville

Mambou Aimée Gnali raconte le lourd tribut des femmes

Gallimard / Collection Continents noirs Un roman salutaire qui prend à bras le corps la thématique de l'oppression féminine à travers la dénonciation d'une société patriarcale et du poids de la tribu.

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Au Congo, le collectif, la perpétuation de la famille et la pérennité des liens, participent des fondements de la société vili.

La parole donnée est sacrée et les coutumes immuables. Mais au contact des colons étrangers, les temps changent et les nouvelles générations, tiraillées entre les traditions et les coups de boutoir de la modernité, envisagent les choses différemment de leurs aînés.

Dans un petit village congolais, c'est l'effervescence. Bouhoussou, connue pour sa beauté, son dynamisme et son respect des aînés, est soumise aux rites de l'initiation des filles nubiles (le tchikumbi). Recluse dans une case et entourée de quatre compagnes, la jeune femme parée de poudre rouge, reçoit ses prétendants, jour après jour, dont Mavoungou, son ami d'enfance et de cœur, connu de tous. Seulement, Bouhoussou est destinée depuis son plus jeune âge à « l'or des femmes », un riche notable polygame, allié de longue date de la famille, bien plus âgé qu'elle.

L-or-des-femmes-de-Mambou-Aimee-GnaliAprès une éducation passée au crible par la famille, faisant alterner travaux ménagers et champêtres - la panoplie de la bonne épouse -, c'est une vie insipide, toute de soumission et de corvées, qui se profile. Ne dit-on pas d'ailleurs qu'en pays vili, « seule la femme se marie. L'homme reste libre » ?

Quant à Mavoungou, il est prié de s'effacer. N'ayant pas d'enclos à lui ni d'épargne suffisante pour la dot, il ne peut envisager sérieusement de se déclarer. Sans compter les alliances millénaires entre familles, qui relèguent au second plan les désirs personnels. « Il venait en effet de comprendre ce qu'il se refusait à admettre « depuis que l'école des Blancs leur avait tourné la tête », comme disaient les vieux.

Le monde qui les entourait changeait avec le temps. Mais la société où ils évoluaient, elle, continuait de se vouloir solidaire, de favoriser le groupe au détriment de l'individu.

Que lui importait son attachement pour Bouhoussou ? Une femme n'est-elle pas une femme tant qu'elle peut faire des enfants ? Bouhoussou ou n'importe laquelle de ses sœurs, quelle différence ? » Face à ces coutumes dont elle commence à ressentir le poids, la jeunesse gronde.

Mavoungou et son ami Tati représentent cette nouvelle génération pour qui se soumettre aux anciens est une rengaine qu'il est de plus en plus difficile d'accepter dans un monde rattrapé par la modernité. Un microcosme où l'école des missionnaires interroge l'enseignement et les valeurs traditionnelles. Et où les fulgurances sensuelles des désirs détournent en secret les entraves de la coutume. Car si dans un premier temps, les jeunes se plient aux volontés du village et « s'effacent », la vérité des corps s'impose dans ce monde « en déclin ».

L'or des femmes de Mambou Aimée Gnali propose un angle intéressant qu'est l'intrusion de la modernité au temps de la colonisation, il souffre toutefois d'une écriture académique, tombant parfois dans un soupçon d’exotisme, à vouloir par trop expliquer et interpréter l'Afrique à ses lecteurs.

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Mambou Aimée Gnali, une femme qui fait bouger les choses

Première bachelière du Congo dans les années 1950, Mambou Aimée Gnali obtient une bourse d'étude qui lui permet de s'inscrire à la Sorbonne pour étudier les lettres.

Elle milite à cette époque à la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF). Elle y rencontrera Lazare Matsocota, brillant intellectuel, qui sera assassiné en 1965.

Dans Beto na beto, le poids de la tribu (Gallimard, Continents noirs, 2011), elle raconte cette relation amoureuse et l'histoire politique du Congo post-colonial, gangrené par le tribalisme.

De retour au Congo, elle enseigne le français au lycée et à l'université avant d'entamer une carrière internationale à l'Unesco. En 1997, après la guerre civile, elle est nommée ministre de la Culture et des Arts.

Elle démissionne en 2002 après l'élection de Denis Sassou Nguesso, l'actuelle président. Elle est depuis à la tête d'un mouvement d'opposition, le PAD (Parti pour l'alternance démocratique).

Sarah Gastel

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On ne va tout de même pas se quitter comme ça !

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