FANN-ATTIKI

Romans / Congo-Brazzaville

CAVE 72 ode à une jeunesse vaillante

JC Lattès Un premier roman riche et généreux

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Porté par une langue créative et des trouvailles heureuses, ce premier roman mêle joyeusement beuveries, complots d'état, amitiés, romances et causeries littéraires.

 Malgré sa relative brièveté, le roman se révèle très dense : relevant à la fois du polar, de la chronique douce-amère, tout comme du pamphlet. Fann Attiki donne à voir les arcanes de la politique, les affaires sombres ou inavouables, mais aussi la jeunesse pleine de potentiel et de ressources, intelligente, débrouillarde et cultivée. Le romancier saiit donner vie à des personnages bien dessinés, capter une ambiance et une époque. il montre qu'université ne rime pas nécessairement avec respectabilité, et nous familiarise avec l'expression" casser le stylo". A côté des sympathiques Verdass, Ferdinand et Didi, il crée aussi des personnages féminins marquants, à l'image de la courageuse Esther ou de Maman Nationale, emblème du quartier et fidèlement attachée aux trois protagonistes.

"Elle déposa sur la table, trois bouteilles de bière, en plus de son sourire, puis retourna à sa tâche laissée en suspens. Au bout d'une expérience vieille de trente ans et quelques poussières d'années, elle avait compris que la mansuétude, l'affabilité et la courtoisie constituaient la meilleure stratégie marketing." (...)

"Elle avait racheté une cave, l'avait rebaptisée du nom de Cave 72. Ce nombre était pour elle un symbole de victoire : en 1972, année bonheur, le pays avait ramené la Coupe d'Afrique du Cameroun. Passer de marchande de beignets à tenancière de bar était pour elle une victoire sur l'impossible."

Bien ancré à Brazzaville, dont il cite plusieurs noms d'avenues et dont il évoque l'histoire, le roman n'en demeure pas moins assez universel. Il se lit bien, l'écriture s'avère enlevée, rythmée, agréable, malicieuse aussi. On le voit rien qu'avec le titre et l'appellation du lieu phare de l'intrigue, un bistrot nommé "cave", auquel est accolé "72", en hommage à la victoire du Congo-Brazzaville à la CAN de football en 1972. "Cave 72" prend le pouls d'une société dans laquelle les gouvernants ne se mettent nullement au service du peuple, mais qui reste pleine de vie, de résilience, et d'espoir également. 

Les dialogues entre les trois étudiants rebelles et brillants se révèlent très plaisants et savoureux. Les messages subliminaux de nature politique sont quant à eux subtilment insérés. Le style d'Attiki convainc quant à lui beaucoup, et déborde en jeux de mots inspirés. La partie de roman d'espionnage n'est pas forcément la plus réussie certes, l'auteur ayant aussi recours à des ficelles assez usées, néanmoins elle participe à son aspect divertissant. On sent Fann Attiki capable de mieux, d'une oeuvre plus riche et plus singulière encore, en affûtant sa plume davantage, mais ce roman demeure tout à fait prometteur !

En voici encore deux extraits sympathiques :

"Embrasser la carrière d'enseignant en langue fut l'unique éventualité envisageable. Jugeant le français trop complexe avec ses règles, ses exceptions qui confirment ses règles, les exceptions de ses exceptions qui confirment les exceptions de ses règles, il pensa que contrairement à Molière, Shakespeare lui rendrait son travail moins complexe."

"Jocelyne ! Margareth ! Alice ! jolie fille

 donc tu lui as donné ton numéro parce

 que c'est un parleur de français hein ?

 - Lui au moins est allé plus loin que le CM2."

 

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Le prix Voix d'Afriques

Le prix Voix d'Afriques, que "Cave 72" a remporté et qui a été créé par la maison d'édition JC Lattès, la Cité Internationale des Arts et RFI, entend faire connaître de jeunes auteurs africains méconnus. Pour participer, il faut avoir moins de 30, n'avoir jamais encore publié de livre, et résider dans un pays d'Afrique. Le 1er récipiendaire de ce prix créé en 2020 a été Yaya Diomandé, auteur d' "Abobo Marley", sur la détermination d'un jeune homme travaillant dans une fourgonnette à Abidjan, puis tour à tour cireur de chaussures, apprenti mécanicien, chauffeur de taxi, soldat de la rebéllion et chef de bande.

Matthias Turcaud

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