H.F. DIANE

Poèmes / Congo-Brazzaville

H. F. DIANÉ nous emmène aux pays des Florafées !

Amaryllis Un passionné de botanique devenu écrivain

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 Le jeune illustrateur et auteur pour la jeunesse H. F. Diané a notamment créé la série "Les Florafées" où il développe des créatures imaginaires avec beaucoup de délicatesse et de poésie. Il nous plonge dans les coulisses de son univers...

Comment votre goût pour les histoires est-il né ?

H. F. Diané : Enfant, ma mère nous racontait des contes traditionnels d'Afrique Centrale et de l'Ouest. C'était le rituel chaque soir. À travers ceux-ci je rêvais et voyageais. Puis en arrivant en France, j'ai découvert des livres qui ont renforcé mon intérêt pour les histoires : "Harry Potter", "Le Petit Prince", "Chair de Poule", la collection "J'aime Lire".... Les œuvres que j'ai découvertes en France ont forgé mon style littéraire que ce soit pour les romans ou les albums jeunesse.

Comment avez-vous décidé de devenir auteur et illustrateur pour la jeunesse ?

H. F. Diané : Cela est arrivé de manière un peu accidentelle. Adolescent, j'avais imaginé et développé un univers Fantasy dans lequel mes héros étaient accompagnés de fées aux personnalités et pouvoirs divers. Et puis, en 2010, j'ai eu l'idée d'imaginer un spin-off dans lequel ces fées vivaient leurs propres aventures. Petit à petit ce spin-off a commencé à prendre de l'importance, et j'ai donc décidé d'envoyer les manuscrits aux éditeurs. Les retours ont été négatifs. J'ai voulu m'attacher les services d'un illustrateur (je ne dessinais pas à l'époque) mais devant les tarifs très onéreux j'ai décidé d'apprendre à dessiner moi-même à partir de 2014.

Deux ans et demi plus tard paraissait Abradacactus, le premier album de ma collection Les Florafées. Devant l'engouement des jeunes lecteurs pour ce livre et l'intérêt pour l'univers des Florafées, j'ai fait le choix de me focaliser sur cette collection, d'autant plus que mes romans peinaient à trouver leur public. Curieusement, maintenant que les Florafées commencent à bien marcher, on me réclame de plus en plus ces romans.

D'où votre intérêt pour les plantes vient-il ? Vous vouliez devenir botaniste étant enfant, c'est bien cela ?

H. F. Diané : Tout à fait, enfant je rêvais d'être botaniste. J'étais fasciné par les plantes. Nous vivions dans une belle maison à Brazzaville qui possédait un grand jardin, remarquable pour sa grande diversité de plantes. On y trouvait des bougainvilliers, papyrus, acubas, hibiscus, manguiers, safoutiers, papayers... Mon père s'est toujours intéressé aux plantes, il m'a transmis cette passion. Enfant, un de mes passe-temps favori était de récolter des graines, les semer, les observer pousser. J'étais fasciné par ce phénomène.

Comment les Florafées ont-elles vu le jour ?

H. F. Diané : Les Florafées ont vu le jour une après-midi de printemps en 2007 à Orléans. À la base ce n'était que des personnages secondaires de mon roman Fantasy. C'est en 2010 que j'ai commencé à développer cette collection.

Pensez-vous que les histoires qu'on lit étant enfant peuvent avoir une grande incidence sur notre vision du monde ?

H. F. Diané : Bien sûr, l'adulte que nous sommes est le produit de l'enfant que nous avons été. Les histoires inculquent des valeurs, font voyager, stimulent et nourrissent notre imagination. Chacun de nous a été durablement marqué par un livre ou une histoire lue enfant. Je pense que plusieurs générations auparavant, les contes avaient davantage d'incidence sur notre vision du Monde parce qu'il y avait ce double niveau de lecture. Le message de fond était bien souvent une critique sociale.

De manière générale, comment l'inspiration vous vient-elle ?

H. F. Diané : Au contact de la Nature. La faune et la flore. Les plantes m'inspirent de par leurs caractéristiques (le mimosa pudica, dont les feuilles se replient quand on les effleure, la diphylleia dont les fleurs deviennent transparentes sous la pluie). J'aime flâner dans les parcs, étudier les plantes, les photographier, les toucher. Les couleurs des vêtements ou ailes de mes personnages sont directement inspirées des plantes.

Je m'inspire quelques fois de connaissances, de personnes rencontrées parfois de manière fortuite... ou parfois de moi-même ! (comme Potironchon, le héros du livre 8 de la collection, qui est inspiré de moi enfant).

Quelles aptitudes particulières la conception d'albums pour enfants requiert-elle ?

H. F. Diané : La principale est d'avoir la capacité de se mettre à hauteur d'enfant. L'histoire doit être accessible, sans néanmoins être trop simpliste, même si deux écoles s'affrontent sur cette question aujourd'hui. D'autre part, il faut avoir certaines qualités en illustration, connaître les codes qui régissent le livre jeunesse et les appliquer. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, il n'est pas primordial de passer par une école des beaux-arts ou de prendre des cours de dessin. On peut devenir illustrateur de manière autodidacte – comme moi, en apprenant à dessiner seul, en étant discipliné. Et enfin il faut avoir beaucoup d'imagination. Le domaine de l'album jeunesse est très concurrentiel, il y a une offre colossale à chaque rentrée littéraire et se faire une place n'est pas chose aisée. Je fais partie de ceux qui pensent qu'il faut se démarquer car dès qu'un best-seller apparaît, son modèle est décliné par de nombreuses maisons d'édition.

Les-Florafées

Quels messages souhaitez-vous transmettre à votre jeune public ?

H. F. Diané : La proximité avec la Nature, son respect, sa préservation. L'ouverture sur l'autre, l'amitié, la solidarité, la différence. Ce sont les principales valeurs de mes livres. Cependant, je veille à ne pas toujours tomber dans la caricature avec le moralisme à outrance, je dissémine ces valeurs dans mes livres puis les parents et leurs enfants décortiquent et échangent sur les thèmes abordés. Je souhaite aussi éveiller leur curiosité sur les différentes plantes que notre planète abrite, et dont nous devons prendre soin. Intervenant beaucoup dans les écoles et bibliothèques, j'échange beaucoup avec les élèves autour de ces valeurs.

Etes-vous content des retours récoltés suite à votre travail, notamment suite aux Florafées ?

H. F. Diané : J'en suis très content. J'accueille chaque compliment, chaque retour avec le même enthousiasme qu'à mes débuts. Le lancement des Florafées a été laborieux, une cinquantaine d'éditeurs a refusé le projet, les libraires n'en voulaient pas. L'engouement et la satisfaction de mes jeunes lecteurs et de leurs parents sont pour moi la plus belle des victoires, qui prouve que chacun peut tout à fait se faire une place dans ce domaine très concurrentiel et souvent fermé.

Pensez-vous revenir bientôt vers le Congo-Brazzaville ?

H. F. Diané : Bien sûr, j'ai même hâte d'y retourner pour me reconnecter à mon pays de naissance, faire découvrir mon travail aux écoles, bibliothèques, aux enfants. Revoir les établissements que j'ai fréquentés ainsi que la maison de mon enfance, qui est à la source de tout. J'espère rentrer au pays en 2023.

Vous avez également écrit un roman historique et un roman de fantasy. Pourriez-vous nous en parler un peu ?

H. F. Diané : Le roman Fantasy s'intitule "Le Palais des Songes". Il raconte l'histoire d'un jeune garçon de 12 ans, chétif et en manque de confiance, qui se lance dans une quête pour retrouver sa fée. Ce roman est le premier tome d'une saga Fantasy qui devrait en compter plusieurs (j'en ai déjà écrit 4).

J'ai aussi écrit et publié un roman historique, "Le Jazzman du Misanthrope", qui raconte l'histoire d'un jeune pianiste de Jazz qui part à la recherche de sa bien-aimée enfuie en Norvège, durant l'année 1941. Les thèmes de ce roman sont le jazz, l'amour, la ségrégation raciale, les profiteurs de guerres sur fond d'Occupation (l'histoire se déroule dans une ville fictive du Sud de la France).

Envisagez-vous prochainement de réécrire pour un public plus adulte ?

H. F. Diané : Je suis actuellement en train de finaliser un roman autobiographique, sur mon enfance au Congo, mon départ précipité du pays à cause de tensions dans les années 90, mon arrivée et mes premières années en France. Il s'agira donc d'un roman tout-public.

Quels auteurs, pour la jeunesse et en général, vous ont-ils notamment influencé ?

H. F. Diané : J'ai des influences très variées. Scott Fitzgerald, Alain Mabanckou, Marguerite Abouet, Maupassant, Ferdinand Oyono, James Baldwin. Pour la jeunesse, mes influences sont Charles Perrault, R.L. Stine, le créateur de la série "Chair de Poule", Hergé, Peyo, Goscinny, Sempé, Roald Dahl... J.K. Rowling est aussi une très grande source d'inspiration de par son univers littéraire et son parcours difficile avant de connaître le succès. Les mangakas japonais ont eu un gros impact sur moi, notamment sur l'apparence chibi (apparence enfantine d'un personnage) des Florafées.

 

Crédit photo : Axel Pfeiffer 

Zoom

Avec la pointe du stylo plume

Vous avez l'habitude de dessiner avec la pointe du stylo plume. D'où vous vient cette habitude ?

H. F. Diané : J'ai commencé à réaliser mes premiers croquis les soirs après mes séances d'écriture. Je dessinais avec ce que j'avais sous la main : un stylo-plume ! Petit à petit c'est devenu un rituel d'après écriture ; lorsque j'ai voulu commencer à dessiner au crayon, je n'ai pas éprouvé la même aisance. Le contact rugueux de la mine avec la feuille contrastait fortement avec la pointe du stylo-plume qui glissait dessus.

Pourquoi la pointe de la plume ? La réponse est simple : j'ai tendance à déformer volontairement la plume de mon stylo-plume pour que l'écriture soit plus épaisse. La réalisation de mes premiers dessins étant laborieuse, je prenais mon temps et le stylo fuyait. Voilà pourquoi j'ai commencé à dessiner avec la pointe de la plume, qui conférait à mes dessin un trait plus fin, plus propre. Cette petite habitude m'est restée et c'est ce qui caractérise aujourd'hui mon style artistique.

 

Matthias Turcaud

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