Hemsey-Mina

à lire / Congo-Brazzaville

HEM'SEY MINA, du nord au sud

Le prometteur écrivain franco-congolais Hem'sey Mina se penche sur l'épineuse question de l'immigration.

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Auteur franco-congolais à suivre, Hem'sey Mina questionne l'identité, l'immigration et le brassage.

Après deux récits, "J'ai rêvé d'une entreprise 4 étoiles" à L'Harmattan et "Sur la photo, c'était presque parfait"  à la Doxa, vient de paraître le recueil de nouvelles, "Trait d'union, du nord au sud", aux éditions des Lettres mouchetées.

Comment l'envie d'écrire vous est-elle venue ?

Hem'sey Mina : Plus jeune, j’avais l’habitude d’écrire des poèmes. Ensuite, j’ai écrit des chansons. Dans ma jeunesse, tout le monde voulait être artiste, tout le monde s’imaginait devenir célèbre. Avec des amis, nous écrivions des textes et les chantions pour nous-mêmes ou pour des artistes renommés.

Parallèlement, je me suis remis à la littérature africaine et ai découvert « Le cœur des enfants léopards », de Wilfried N’Sondé, auteur franco-congolais, qui avait, auparavant, fréquenté mon lycée et mon établissement supérieur. Partant du principe qu’il ne faut pas se sentir honteux d’imiter le bon exemple, j’ai décidé d’écrire.

Après cela, j’ai participé à mon premier concours littéraire « Les après-midi de Saint-Flo » sous le thème « Voyages ». Je n’ai pas remporté ce prix, mais cette tentative m’a conforté dans mon idée.

Pouvez-vous nous présenter votre premier récit, "J'ai rêvé d'une entreprise 4 étoiles" ? Nous parler de la gestation, des thèmes, de l'écriture ?

Hem'sey Mina : Une série d’évènements m’a poussé naturellement à écrire sur le rapport entre les jeunes de la banlieue française et le monde professionnel. C’est ainsi que fut publié mon 1er livre « J’ai rêvé d’une entreprise 4 étoiles », qui reste le plus connu à ce jour.

« J’ai rêvé d’une entreprise 4 étoiles » livre une satire sociale de la réussite, du statut social et du monde fermé des grandes entreprises. Admiratif depuis son plus jeune âge des professeurs et chefs d’entreprise à l’aura atypique, le personnage principal de cette histoire, Eden, met tout en œuvre pour se hisser au sommet et fuir sa triste banlieue. Il quitte alors la région parisienne pour s’expatrier dans une capitale de la finance européenne après de bonnes études. Accompagnés de ses camarades promis comme lui à un bel avenir, ils vont connaître une succession d’évènements et de remises en question.

L’écriture de ce livre est très crue et fait de ce livre un récit qui interpelle sur le sens du bonheur, du dépassement de soi dans un monde parfois impitoyable. C’était aussi l’occasion d’inviter les jeunes qui viennent après ma génération à mieux réfléchir sur leurs vies, mais aussi de faire prendre conscience aux grandes écoles et aux grandes entreprises sur le mal-être et le stress au travail que peuvent rencontrer de jeunes diplômés.

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Et votre deuxième livre à présent, "Sur la photo c'était presque parfait" ? Comment l'inspiration vous est-elle venue pour ce livre ?

Hem'sey Mina : « Sur la photo, c’était presque parfait », est un roman évocateur du retour des jeunes français de la diaspora africaine au bercail. Je me suis inspiré des histoires de plusieurs jeunes de la région parisienne qui évoluent désormais en Afrique centrale, mais aussi de plusieurs voyages personnels effectués dans cette sous-région du monde avant la rédaction de ce livre. J’ai voulu traiter de ce sujet sérieux qu’est le retour au pays en prenant en compte deux volets : le retour définitif et l’essai d’un retour.

Et maintenant votre troisième livre, "Trait d'union, du nord au sud", pouvez-vous nous le présenter ?

Hem'sey Mina : "Trait d'Union, du Nord au Sud" évoquent les thèmes de l'immigration, au cœur de l'actualité, le déracinement, la quête identitaire.

La première nouvelle raconte la vie d’un nigérian qui s’est forgé une vie dans un pays froid. Cette nouvelle m’a été inspirée par un noir, extrêmement mélancolique, que j’avais rencontré au cours d’un voyage.

La seconde celle d’une jeune femme qui se bat pour s’en sortir. On découvre sa psychologie, son attitude, son mode de vie et sa vision au cours de la journée de la femme un 8 mars.

Quant à la dernière, elle relate la rencontre entre deux adolescents, un afro-canadien et une africaine d’Afrique, ainsi que ses conséquences.

Qu'est-ce qui vous a conduit à écrire trois nouvelles ? Qu'est-ce qui vous plaît dans cette forme ?

Hem'sey Mina : Il était temps de changer de registre et de style d’écriture. J’avais en tête ces histoires sur le Danemark et le Canada depuis un petit bout de temps. Cependant, il était difficile d’en faire un roman, car les personnages, les lieux et les histoires ne s’alignaient pas. Alors, je me suis lancé ce défi d’essayer de raconter plusieurs petites histoires et de surprendre mon public.

Ce qui me plait dans cette forme c’est qu’on peut écrire trois histoires totalement différentes tout en restant dans la même ligne et en guidant le lecteur vers la destination de notre choix.

Ce livre apporte une fraction de conclusion de mes réflexions sur les questions identitaires actuelles et en induit une trilogie. En effet, il s’agit de mon troisième livre et il est constitué de trois nouvelles. Il représente donc en lui-même mon triptyque sur ces questions.

Comment écrivez-vous ? D'un jet, par à-coups ? Faites-vous beaucoup de versions et de réécritures ?

Hem'sey Mina : Mon premier livre a été écrit d’un coup, de manière brute. Cependant, il a nécessité une longue période de réécriture. Aujourd’hui, je pourrais dire que j’écris par à-coups selon mon inspiration, mon humeur ou encore mon envie. Toutefois, il n’en demeure pas moins que je fais toujours beaucoup de versions et de relectures.

Quelle est votre rapport à la littérature congolaise ?

Hem'sey Mina : Je m’intéresse beaucoup à la littérature congolaise. Alain Mabanckou, Wilfried Nsondé, Guy Menga, Emmanuel Dongala, Sylvain Bemba, Sony Labou Tansi sont des auteurs que j’ai lus et qui sont une source d’inspiration.

En quelques mots, selon vous, qu'est-ce que la littérature peut-elle apporter ?

Hem'sey Mina : La littérature apporte la réflexion à la société et contribue fortement à la culture d’une nation ou d’un pays. A travers la littérature, nous pouvons poser les maux de notre société, les définir et proposer des améliorations. Elle est universelle, intemporelle et nécessaire.

Vous interessez-vous également à d'autres formes littéraires, comme la poésie ou le théâtre ?

Hem'sey Mina : « J’ai rêvé d’une entreprise 4 étoiles » et « Trait d’union, du Nord au Sud » contiennent des poèmes. Toutefois, je n’ai pas encore l’intention de me focaliser essentiellement sur la poésie. Le théâtre est intéressant dans le sens où il permet l’adaptation de nombreuses œuvres littéraires. Il serait intéressant d’adapter « Sur la photo, c’était presque parfait » au théâtre.

Y a-t-il d'autres auteurs africains que vous aimez particulièrement (comme notre site est dédié à la mise en valeur des artistes, écrivains, musiciens... africains) ?

Hem'sey Mina : Mes livres rendent hommage à de nombreux artistes africains renommés. « J’ai rêvé d’une entreprise 4 étoiles » évoque les notes cristallines de la guitare du tube « Political war » de Tiken Jah Fakoly.

Le titre « Sur la photo, c’était presque parfait » de mon 2e livre a été directement inspiré de la chanson « Caméra sur le cœur » du chanteur Lokua Kanza. Ce livre évoque des refrains des titres à succès de Gatho Beevans, Fally Ipupa et Maître Gims.

Quant à « Trait d’union, du Nord au Sud », il met à l’honneur la chanteuse camerounaise Coco argentée.

Zoom

Extraits « Trait d’Union, du Nord au Sud »

« Obayana repoussa sa couette avec paresse, découvrant son corps bien conservé, à moité nu, et se leva du canapé pour se traîner lentement vers la douche.

Il avait pris un sacré coup de vieux depuis le jour où il avait quitté Abuja, la capitale fédérale, dans un camion déglingué pour s’évader de sa vie insatisfaisante ». Page 12

« L’insatiable Luis me délaissera immanquablement pour des conquêtes plus jeunes et plus délurées, tandis que mon époux à moitié s’en retournera vivre auprès de l’insouciante Ramona et de sa fille Maria Bella pour ne plus devenir qu’un heureux souvenir » Page 69.

« A cet instant, il lui fit encore une nouvelle promesse, celle de revenir un jour pour elle, mais ses mots n’avaient plus la même valeur. Le ton de sa voix avait perdu la fraîcheur d’antan et la pureté de l’air glacé de Gatineau corrompue par la chaude atmosphère de Brazza la verte ». Page 116-117.

Matthias Turcaud

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