Singles / Congo-Brazzaville

NZELA, stop aux coups KO

Inouïe Distribution / Telema "Mon cordon ombilical avec Mère Afrique n'a pas été rompu"

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Alors qu'il vient de sortir le puissant titre "Coup KO", Aimé Onouka revient sur les origines du groupe Nzela, son parcours et les coulisses de ses créations.

Comment le groupe Nzela a-t-il vu le jour ?

Aimé Onouka : Nzela est le fruit de la rencontre en 1990, à Courbevoie (92), de neuf amis passionnés de reggae, à savoir le guitariste soliste sénégalais Sory Koité, le guitariste français Olivier Illartin, le batteur italien Gianni Fragnoli, le trompettiste français Nicolas Bardin, le guitariste basse français Fabrice Catteaux, le pianiste français Pascal Plaziat, la chanteuse camerounaise Sophie Essomba M'balla aux choeurs et le percussionniste algérien Hocine Aït-Siali. Notre ambition était de booster le reggae à l'aide de la musique africaine. D'où la création du titre "Sambela".

Pourquoi avoir choisi le nom "Nzela " qui veut dire "le chemin" en lingala ?

Aimé Onouka : J'avais donné au groupe ce nom pour annoncer clairement aux gens que notre source d'inspiration était africaine. "Nzela " est non seulement le lieu de croisement de nos différentes origines, mais surtout le symbole d'une progression vers notre réalisation.

D'où vient votre inclination pour le reggae ?

Aimé Onouka : A 15 ans, un cousin m'a initié au reggae. Et cela m'a transformé. Très vite, Je me suis reconnu dans cette musique qui chante l'Afrique, traite des problématiques sociétales dans un esprit de résistance. Pour moi, le bon reggae est énergisant !

Pensez-vous qu'une chanson peut faire bouger les choses, ou faire évoluer les mentalités ?

Aimé Onouka : Oui, une bonne chanson peut déclencher une prise de conscience. Mais, tous les humains ne sont pas sensibles à ce langage. Je pense que l'artiste doit continuer à accomplir son rôle, la nature fera le reste.

En 1998, vous avez sorti votre album "Sambela", qui était autoproduit. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Aimé Onouka : "Sambela" est en effet notre premier album, fruit de 8 ans de concerts et de répétition. J'ai le souvenir d'un album bien accueilli par la presse spécialisée. "Sambela" est notamment arrivé plusieurs fois en tête des meilleures ventes d'auto-produits en France à sa sortie.

Votre deuxième album, "Toyé", sorti en 2005, marque-t-il une continuation ou une rupture par rapport à "Sambela" ?

Aimé Onouka : "Toyé" n'est ni rupture ni continuation, mais accentuation ! Accentuation de l'Africanité avec de nouveaux morceaux comme "A toi yo", "Toyé" et ce grâce à la présence du chanteur camerounais Esa, du grand flûtiste Malien Ali Wagué. "Toyé" marque surtout notre collaboration avec l'Afro-jamaïcain Winston Mc Anuff.

Vous dites à propos de "Dub Oye", paru en 2011, que vous vouliez enregistrer un album plaisir, sans stress, dont on n'attend rien de particulier ?

Aimé Onouka : Oui, déçu par des années de labeur sans retour sur investissement, je voulais faire un album reggae comme j'en rêvais, c'est-à-dire fortement imprégné de dub.Or, le dub n'est pas ce qui se vend le mieux ! C'est pourquoi, je n'attendais rien de particulier de cet album. Mais, curieusement, "Dub Oyé" est devenu un des albums emblématiques de Nzela.

Pourriez-vous nous dire quelques mots sur votre album "Kongo Rêvlution", sorti en 2020 ?

Aimé Onouka : "Kongo Rêvlution" est le fruit de nos prestations au Congo et de mon retour au village où je me suis recueilli sur la tombe de ma maman. Cela m'a inspiré le titre « For you mama ». Par ailleurs, cet album répond à la demande du réalisateur Tall Boukambou qui recherchait des musiques pour illustrer « Revolutionnaire(s) », un documentaire racontant l'histoire de la révolution congolaise. C'est ainsi que plusieurs chansons de "Kongo Rêvlution" y figurent. "Kongo Rêvlution" est un voyage au coeur de ma terre natale, un album profond dont j'apprécie la maturité.

Comment vous est venue l'inspiration pour "Coup KO" ?

Aimé Onouka : Depuis quelques années, j'observe le spectacle pittoresque des élections présidentielles africaines. Je reste toujours ébahi devant les résultats ô combien spectaculaires ! Des présidents au pouvoir depuis des décennies réélus avec des scores incroyables (88%!!).
Un jour, ils feront du 100% ! Ils appellent ça « Coup Ko » !

Comment avez-vous collaboré avec Pablo Uwa ?

Aimé Onouka : Le chanteur multi-instrumentiste Ivoirien Pablo U-wa est un ami de longue date, avec qui j'ai toujours voulu travailler. J'apprécie beaucoup le timbre de sa voix et sa personnalité. Il était la meilleure personne capable de saisir le sens véritable de « Coup Ko ».
Cette collaboration n'est pas seulement un moment inoubliable de partage artistique mais un moment de communion fraternelle. Je profite, au passage, pour saluer tous les artistes qui nous ont rejoint sur ce projet : Awa Timbo (chant), Roger Kom (saxophones), et Tom Diakité (kora).

Aimé Onouka et Pablo Uwa

Crédit photo :  Barbenoir. 

Que représentent la couleur verte, la couleur rouge et la couleur jaune sur l'illustration ?

Aimé Onouka : Ces couleurs reggae renvoient naturellement aux drapeaux de nombreux pays africains, plus particulièrement du Congo/Brazzaville. Mais, pour moi, elles symbolisent la terre et la nature (vert), la lumière et la richesse (jaune), la résistance ou la force vive (rouge).

Vous dites dans une interview que vous donnez vie aux musiques que vous rêvez la nuit : pourriez-vous nous expliquer ?

Aimé Onouka : En effet, la presque totalité de mes chansons me parviennent en rêve. C'est-à-dire que je fais des rêves où quelqu'un me chante une chanson, je me promène à un endroit où j'entends une mélodie qui tourne en boucle... je me réveille alors (quand je ne suis pas trop fatigué) pour aller l'enregistrer. Donc, j'ai des cassettes pleines de mélodies à arranger !

Vous êtes également disquaire dans un magasin parisien. Quels musiciens africains vous ont-ils particulièrement intéressé ?

Aimé Onouka : La liste est très longue, mais voici les noms des incontournables : Fela Kuti, Franklin Boukaka, Manu Dibango, Ali Farka Touré, Salif Keita, Tabu Ley Rochereau, Bella Bella, Toumani Diabaté, Ablaye Cissoko, Cesaria Evora, Oumou Sangaré...

Où puisez-vous la force de continuer à transmettre des messages, des causes, des idées à travers vos chansons ?

Aimé Onouka : Mon cordon ombilical avec mère Afrique n'a pas été rompu.Tous les jours, je ressens de plus en plus la détresse de mama Africa, me sens concerné par ce qu'elle vit. Difficile de connaître le bonheur tant que nos familles sont coincées là-bas. J'ai certainement transformé ce mal être en force créatrice.

Pour finir, pourriez-vous dire un petit mot sur les autres membres qui constituent le groupe ?

Aimé Onouka : Les membres de l'actuel Nzela se fréquentent depuis 12 ans. C'est avec cette équipe d'amis que nous avons enregistré l'album "Kongo Rêvlution". Conformément aux habitudes de Nzela, cette dernière formation est une mosaïque de couleurs. On y trouve l'italien Maxime Molinari au piano, le franco-ivoirien Brice Ahodan à la guitare basse, le réunionnais Eric Pellois à la guitare lead, le guyanais Rawle Vickery à la batterie, le saxophoniste cubain Yandi Morales Lopez au saxophone et finalement moi-même, au chant et à la guitare.

Vous pourrez trouver plus d'informations à propos du groupe Nzela ici.

Zoom

Extrait des paroles de la chanson "Coup KO"

Yé a linga mbongo, mokolo a ko koufa
Bo longola zèlo niosso, bo tondissa liboulou na yé na mbogo
(« Il aime tellement l'argent que quand il mourra, remplacez chaque grain de sable par des billets de banque pour refermer sa tombe »)

Imagine quand le peuple se lèvera (x2)
Jamais coffre fort ne suit un corbillard (x2)
mais des hommes te liquident pour des dollars

Ils fileront comme des sales petits rats (x2)

Ils disent que le pouvoir, c'est fatigant
mais ils veulent régner plus longtemps
Ce n'est pas qu'une question de pognon,
ni d'opposants en prison.
Mais les empereurs crèvent de peur,
car il suffit d'une erreur.

Matthias Turcaud

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