Singles / Congo-Brazzaville

MWASSI MOYINDO meurt d'envie de faire un album

"J'ai l'impression de n'exploiter que 10% de mes capacités"

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À travers quelques titres très réussis dévoilés sur Internet, la slameuse et comédienne Mwassi Moyindo révèle tout son talent qu'elle met au service de messages forts.

À la fois slameuse, comédienne, poétesse et modèle photo, Mwassi Moyindo déborde de vitalité, de projets et révèle un style déjà bien affirmé. Rencontre avec une jeune artiste enthousiasmante, fière d'un Congo dont elle dénonce aussi les maux avec ses... mots à elle, bien pensés et choisis.

Comment êtes-vous devenue slameuse ?

Mwassi Moyindo : Par le biais du concours interscolaire de slam à Brazzaville en 2011, organisé par Styl Oblique. J'étais en 3ème, je n'avais pas pu participer, mais j'ai très vite rejoint le groupe et je suis devenue membre du style oblique en 2012.

Qu'est-ce qui vous plaît particulièrement dans cette forme d'expression ?

Mwassi Moyindo : La capacité de pouvoir extérioriser. C'est plus posé. Les gens t'écoutent vraiment. Chaque mot qui sort du texte est aussi important que l'autre.

Qu'avez-vous appris grâce au collectif Style Oblique ?

Mwassi Moyindo : Tout. Au départ c'est une famille, marquée par l'esprit de famille et de partage. Tout le monde m'a accueilli comme si j'étais une petite sœur, et à mon tour jusqu'à aujourd'hui j'accueille aussi des gens. J'ai appris les techniques d'écriture, la scène, j'ai connu le partage avec d'autres slameurs... Et le fait que dans le slam il y ait de la place pour tout le monde.

Comment écrivez-vous vos textes habituellement ?

Mwassi Moyindo : La majorité de mes textes, je les ai écrits sous l'effet d'un sentiment : la colère, l'envie de parler, l'amour. Au début, j'écris tout ce qui me passe par la tête, et après je fais la mise en forme. J'écris en vers. À la base, la majorité de mes textes je ne les écris pas pour les déclamer. Mais ça arrive que quelqu'un me dise que c'est beau. Ce que j'ajoute, c'est la composition du texte, quelle rime passe mieux qu'une autre.

Mwassi-Moyindo

Sur le tournage de "Luzolo".

Travaillez-vous avec un dictionnaire ?

Mwassi Moyindo : Oui, très souvent avec un dictionnaire. Il y a des mots qui me viennent, mais dont je ne connais pas trop le sens ou que je ne sais pas comment placer. Ou je pars à la découverte des synonymes.

Comment avez-vous développé votre articulation très rigoureuse ?

Mwassi Moyindo : Je suis comédienne depuis l'âge de sept ans. J'étais dans le groupe théâtral kimbangiste, j'ai joué auprès de grands qui m'ont formée. Dans le théâtre, j'ai puisé le souffle, la voix, la diction et même le rythme.

Dans quels spectacles avez-vous pu jouer notamment, comme comédienne ?

Mwassi Moyindo : Tout récemment, la dernière scène c'était au lycée français de Brazzaville, il y a quelques mois. J'ai joué aussi des textes de Sony Labou Tansi, Fortuné Bateza, Jonh Ottavi, Sopi Roth Chrey... Je continue de jouer. Le théâtre m'a accueilli depuis mon enfance. Chaque fois que j'en ai l'occasion, je le fais, et j'espère que je n'arrêterai jamais.

Quels comédiens vous inspirent-ils particulièrement ?

Mwassi Moyindo : Pour creuser le personnage, je deviens le personnage. Je change même ma façon de marcher, de parler. Mais beaucoup d'acteurs m'inspirent beaucoup : Boris Minkala, Lupita Nyong'o, Geneviève Nnaji, Liliane Rovère... Si on voyage un peu plus loin, je vous dirais Fabrice Eboué. Sinon j'aime beaucoup ce que fait Ronsia Kukiel dans le stand-up. Mais beaucoup de gens m'inspirent beaucoup.

Comment décririez-vous la scène du slam et la scène artistique de Brazzaville de manière générale ?

Mwassi Moyindo : C'est assez compliqué. Les gens sont obligés de créer des choses par eux-mêmes. Nous sommes obligés de faire les choses, parce que sinon l'art se meurt. La majorité des gens qui sont dans l'art sont complètement autodidactes et viennent de milieux différents – ils sont juristes ou universitaires ou n'ont même pas été au lycée -, mais ont envie de faire des choses. Il y a des gens qui se battent pour tout faire avec ou sans accompagnement et qui y parviennent. On dit souvent qu'à Brazzaville 9 sur 10 sont artistes. C'est un peu exagéré, mais il y a une part de vrai. La scène est très présente à Brazzaville. Beaucoup de choses se font.

« Zala Yo » vous a fait connaître. Pourriez-vous nous en dire quelques mots ?

Mwassi Moyindo : « Zala Yo » c'est mon premier bébé. Je voulais marquer un grand coup, et je voulais parler de la possibilité de la femme de faire ce qu'elle veut, alors que la société la pousse dans des cases préétablies. Elle doit tout le temps mettre un masque.

Ensuite, comment le deuxième titre « Ngiena » a-t-il germé ?

Mwassi Moyindo : « Ngiena » c'est la réponse à la question qu'on m'a souvent posé, à savoir qui j'étais. La meilleure réponse que j'ai trouvée pour parler de moi, c'est « Ngiena », qui signifie « je suis ». Je voulais parler de mon point de vue, de mes lieux préférés, un cocktail de tout ce que j'aime et de ce que je suis. Pour les retours, j'ai été très agréablement surprise, parce que pour moi me lancer dans le slam n'a pas été facile, j'ai beaucoup hésité et je me suis dit que je n'aurais pas les moyens. Pour « Ngiena », il y a eu un vrai engouement. Beaucoup de gens que je ne connaissais pas m'ont laissée des messages. Beaucoup de gens m'ont écrit pour me dire qu'ils se retrouvaient dans ce que je faisais. Beaucoup de médias ont relayé la chanson. Même les commentaires sur Facebook, sur YouTube, et le nombre d'abonnés sur YouTube : j'ai des retours très positifs.

Pourriez-vous nous parler de votre titre « Luzolo » ?

Mwassi Moyindo : « Luzolo », c'est un texte que j'avais écrit depuis un an ou un an et demi, je l'avais laissé dans mon bloc-notes. Il y a quelques mois, j'avais envie de créer et d'offrir un peu de moi, et donc j'ai pensé à aller voir dans mon bloc-notes. J'avais aussi pensé rendre hommage à Franklin Boukaka, qui est un chanteur iconique pour moi, qui a accompli plein de choses et a offert au monde des tubes, mais n'était pas assez connu pour moi. La chanson « Luzolo » de Boukaka existe depuis les années 60, et donc j'ai gardé le titre. Je me suis dit « pourquoi ne pas lier l'utile à l'agréable », sur une instru différente mais authentique à la fois.

À part Franklin Boukaka, quels musiciens vous ont-ils particulièrement nourri et inspiré ?

Mwassi Moyindo : Toute ma vie, j'ai écouté de la musique, il y a Charlotte Dipanda, Koffi Olomide, Jean Goubald, Casimir Zao, Yvonne Chaka Chaka, Miriam Makeba, Fanie Fayard, Peter Komondua, Le Verbivore, Microméga, Fan Attiki... Tous les chanteurs de rumba, tous ceux qui touchent un peu au jazz, Youssou N'Dour...

Dan Marcus Mujangi a signé la réalisation de vos clips. Comment avez-vous collaboré avec lui ?

Mwassi Moyindo : Dan m'accompagne quand je fais le travail en studio. Il regarde ce qui se fait, comment ça évolue, et il me fait des propositions par rapport au clip, des « storyboards » et je valide ce que je veux, et je refuse ce qui ne me plaît pas. Mais au final, on arrive à trouver un terrain d'entente, et on arrive à faire, j'ose croire, j'espère, quelque chose de bien. La facilité c'est qu'il aime beaucoup ce que je fais, donc il s'implique et il m'écoute. Il fait beaucoup de propositions.

 

Que ressentez-vous quand vous faites du slam ou du théâtre ?

Mwassi Moyindo : C'est ma vie, parce que je n'ai fait que ça depuis que je suis toute petite. J'ai dû me cacher pour aller dans mes ateliers de slam. Je me sentais tellement enfermée et emprisonnée à ne pas pouvoir créer et à ne pas pouvoir me consacrer à mes activités artistiques, parce que mes parents me disaient « Les diplômes, d'abord ; les diplômes, d'abord ». Là, je me sens vraiment vivre. Quand je suis sur scène devant un public, je me sens vraiment bien, dans le partage, dans ce que j'ai appris avec le Style Oblique. C'est là que je me libère vraiment, que je découvre toutes ces personnes qui derrière leurs claviers me laissent des commentaires.

Pensez-vous déjà à un premier album ?

Mwassi Moyindo : Je vous avoue que je meurs d'envie de faire un album ou un EP. J'ai plein de textes, et je travaille avec quelqu'un de très proche qui est prêt à m'accompagner. Mais on se dit que si on fait un album maintenant, ça passera peut-être inaperçu faute de moyens. Il me faudrait donc un agent. Je meurs d'envie de passer ma vie en studio ou en tournage, de ne faire que ça. J'ai l'impression de n'exploiter que 10% de mes capacités, et je considère que je ne fais presque rien.

Zoom

En autoproduction

Vous êtes très active sur les réseaux sociaux pour mettre en valeur votre travail (YouTube, Facebook, Instagram...). Faites-vous aider et conseiller à ce niveau ?

Mwassi Moyindo : Il faut savoir que je suis en autoproduction. Donc tout le travail derrière moi est plutôt réalisé par des proches qui aiment bien ce que je fais, et qui sont prêts. Pour les réseaux sociaux, Dan m'aide beaucoup et fait aussi des publications. Il me dit que telle publication fonctionnera ou ne fonctionnera pas. Et il y a d'autres amis aussi. On se dit qu'on va faire comme ça en attendant que je sois vraiment accompagnée par une institution, un agent ou un producteur.

Matthias Turcaud

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