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Romans / Comores

ALI ZAMIR, surprenant écrivain comoréen

Le Tripode Le monologue intérieur revisité

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Ali Zamir a été largement salué pour son roman "Dérangé que je suis", paru aux éditions de la Tripode.

Après "Anguille sous roche" en 2016, et "Mon Etincelle" en 2017, Ali Zamir nous invite ici à suivre l'existence plus que modeste d'un docker aux vêtements rapiécés tentant de survivre au port de Mutsamundu, dans le sillage lointain d'un Sembène Ousmane et de son "docker noir".

Entre farce et tragédie, "Dérangé que je suis" prend la forme d'un long monologue intérieur prononcé par le docker lui-même, et pouvant idéalement se prêter à une théâtralisation, via une longue fougueuse, vive et musclée, qui cite, dès l'ouverture, Rabelais et Diogène, tout en pouvant rappeler l'oralité retravaillée d'un Céline.

On sent, dès les premières pages, un grand travail de la langue, à la faveur d'antépositions adjectivales impromptues, ou du mariage inopiné de termes élégants hors d'usages avec d'autres, bien plus grossiers.

Des mots comme "longanimité", "hétaïre", "fangeux", "impéritie" ou "acoquiner" se voient ainsi convoqués dans une approche du français aussi étonnante qu'enthousiasmante. On peut se plaire aussi à noter, dans les pages liminaires, les "mouches" comparées à "une escouade de tigresses résolues à accomplir l'irréparable", qui "dansent vertigineusement".

Invitant à nous questionner sur la folie, l'identité, l'injustice, "Dérangé que je suis" se met surtout des côtés des parias, des ostracisés mis au ban de la société, à travers ce docker auquel le livre confère une dignité inattendue.

Le sujet ne s'avère certes pas nouveau, mais Ali Zamir, tout en nous faisant découvrir les Comores, a le mérite de réinventer la langue française, et de nous décontenancer avec elle ; rappelant qu'on peut définir la poésie comme le fait de transformer une langue familière en langue étrangère, ainsi qu'on le voit dans le passage suivant : "Dans ma chienne de vie, je n'étais pas du genre à mettre ma main ou mon insolent doigt sur un plat cuisiné pour un autre."

C'est surtout, donc, pour son écriture, que "Dérangé que je suis" vaut le détour : la précision méticuleuse dont chaque phrase, aux contours flaubertiens, semble avoir fait l'objet ; avec un sens aigu du détail, et un travail manifeste sur une ponctuation très présente et importante.

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"Mon Étincelle"

Mon-etincelle"Mon Etincelle", roman qui précède "Dérangé que je suis", est aussi un monologue intérieur, mais c'est ici un personnage féminin qui parle.

Etincelle se trouve dans un avion entre les deux îles de son pays, les Comores, hésite entre deux relations amoureuses, et se rappelle des histoires que lui racontait sa mère.

Avec beaucoup de fantaisie et de tendresse, Ali Zamir y déploie tous ses talents de conteur, et nous fait rencontrer des personnages aux noms aussi malicieux ou bizarres que Douceur, Douleur, Efferalgan, Dafalgan, Vitamine et Calcium !

Matthias Turcaud

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On ne va tout de même pas se quitter comme ça !

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