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Films / Cameroun

ENQUÊTE D'AFRIQUE, un cinéma africain plein de promesses

Un potentiel inestimable

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Le réalisateur camerounais Sébastien Onomo convie une galerie d'invités choisis pour un diagnostic du cinéma africain lucide et nuancé, mais aussi porteur d'espoir.  

Ce documentaire réalisé par le camerounais Sébastien Onomo donne la parole à plusieurs invités, des cinéastes confirmés ou en devenir. Parmi eux, notamment, on retrouve la franco-gabonaise Samantha Biffot ayant grandi entre autres en Corée du Sud, dont les films l'ont beaucoup inspirée et qui propose aujourd'hui la série surnaturelle "Mamiwata" ; le documentariste camerounais Dieudonné Alaka ; François Ellong-Gomez, également camerounaise, et à qui on doit "Les Enterrés" ; les réalisateurs sénégalais "validés" Alain Gomis et Moussa Touré ; la comédienne aguerrie et désormais réalisatrice Aïssa Maïga...

Cette enquête prend le pouls d'une nouvelle génération très prometteuse de cinéastes africains, et donne plusieurs motifs d'espoir concrets pour l'évolution des cinémas africains, que ce soit sous forme de courts, de longs-métrages ou de séries. Une vitalité certaine et une diversité grisante ressortent très clairement de cette nouvelle génération. Philippe Lacôte, réalisateur plébiscité de La Nuit des Rois notamment, en atteste : "J'ai l'impression qu'une nouvelle génération émerge. Ils sont moins en confrontation avec l'Occident, ils sont plus décomplexés, ils racontent plus d'histoires par le prisme africain." Aïssa Maïga souligne aussi la création appréciable de deux écoles de cinéma à Dakar : le centre Yennenga, initiative du cinéaste Alain Gomis, et l'école Kourtrajmé, première école de cinéma gratuite en Afrique mise en place par le cinéaste Ladj Ly. 

Aïssa Maïga précise également que "les moyens de production sont beaucoup plus accessibles qu'il y a dix ans." La cinéaste burkinabée Apolline Traoré, réalisatrice entre autres de Frontières et Desrances, déclare, elle : "Nous sommes un cinéma jeune. Nos histoires sont fraîches, nos histoires sont nouvelles, donc on a une énorme opportunité. On est en train de s'imposer." 

Evidemment, pour que cette dite "révolution" des cinémas africains se confirme vraiment, il reste beaucoup de travail, un vaste chantier. Depuis les années 1990, trop de salles ont hélas fermé en Afrique. Le réalisateur sénégalais Moussa Touré déplore : "Nous sommes le seul continent où il y a un cinéma sans salles. On a des jeunes qui n'ont jamais vu de salles." Même si certes les télévisions et les plateformes peuvent compenser. Beaucoup de séries costaudes émergent d'ailleurs. 

La connaissance des métiers du cinéma demeure cela dit, quant à elle, souvent trop superficielle. Dieudonné Alaka insiste sur ce point : "Beaucoup de jeunes ne comprennent pas la nécessité d'un producteur. Ils se lancent seuls dans la nature." La comédienne centrafricaine Prudence Maïdou renchérit : "Le cinéma en Afrique reste de la théorie pour beaucoup." et aussi : "On a un problème avec le métier de script ou des acteurs qui confondent théâtre et cinéma. (...) Il y a des jeunes talentueux et, une fois qu'on les a exploités, il n'y a rien derrière. (...) Il faut des centres de formation." 

Narcisse Wandji regrette, lui, le grand nombre de clichés et de raccourcis schématiques dont le cinéma africain fait encore l'objet à l'étranger : "On fait toujours toujours comme si l'Afrique est un pays. Il faut qu'on arrive à dire 'le cinéma nigérian', 'le cinéma camerounais', 'le cinéma égyptien'" de la même manière selon lui que l'on parle du cinéma indien, coréen, américain, français.

Les sources de financement mériteraient aussi d'être diversifiées. Il semble incongru que les films africains doivent constamment être produits en Europe. Le réalisateur et directeur de salle tchadien Issa Serge Coelo le disait sur nos pages : "On ne peut pas planter un manguier au Tchad, et chercher de l'Evian pour l'arroser." Aïssa Maïga le relève bien aussi, via la formule  "Qui va dicter l'imaginaire en fonction d'où vient l'argent". 

Enfin, une prise de conscience beaucoup plus forte de la part des gouvernants africains paraît également nécessaire : un soutien plus clair et plus franc. Ainsi que le dit encore Prudence Maïdou :  « Le cinéma permet de véhiculer l’image d’un pays. Les autorités, les hommes politiques, les entreprises et les banques doivent en prendre conscience. (...) « La créativité immense de certains pays ne se retrouve pas dans leurs films, par manque d’infrastructures et de moyens. »

En tout cas, avec l'émergence d'une réelle nouvelle génération, la démultiplication des films de qualité, des tentatives timides mais concrètes de formation, la démocratisation aussi des outils de diffusion comme de création des films, et cet incroyable réservoir de talents souligné par tous, l'espoir est plus que jamais permis.

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Une histoire d'amour entre le Maghreb et l'Afrique noire

Si on lui donnait trois millions d’euros, Prudence Maïdou tournerait une histoire d’amour entre un homme maghrébin et une femme noire, « un homme maghrébin en train d’embrasser une femme noire, ça n’existe pas » !

L'actrice pense que ça n'a pas été beaucoup vu au cinéma, voire (presque) jamais, et qu'une telle initiative pourrait contribuer à faire évoluer les mentalités dans la bonne direction... À suivre, peut-être !

Matthias Turcaud

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