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Blick-Bassy

Romans / Cameroun

Blick Bassy : de musicien à écrivain, il n’y a qu’un pas !

L'Africain est un riche qui s'ignore ! Avec Le Moabi Cinéma, Blick Bassy signe une comédie sur l'immigration.

Avec Akö sorti en 2015, Blick Bassy connait un vif succès.

Minimaliste, l'album est un délicat hommage à l'illustre bluesman américain du début du 20eme siècle, Skip James.

Chanté en bassa, Akö évoque entre autres l'éducation des enfants, la transmission des savoirs, l'amour, la tradition... Ce onze titres dit le devoir et l'urgence que nous avons à nous remémorer les cultures ancestrales, dont les langues sont le sanctuaire.

Dans son livre Le Moabi Cinéma paru au printemps 2016, Blick Bassy traite de la question de l'immigration. L'Occident est dépeint avec humour comme le miroir aux alouettes d'une jeunesse camerounaise désœuvrée et inconsciente des richesses de son pays.

Rencontre avec l’artiste camerounais qui sait aussi être sérieux !

le-moabi-cinema-de-blick-bassyAfricavivre : Vous dites au sujet de l’Afrique, "nous avons des pays incroyablement riches et qui se considèrent pauvres". Est-ce le propos de votre livre ?

Blick Bassy : Oui, j'ai essayé de sensibiliser les nouvelles générations, de les inciter à avoir plus de recul sur les termes employés, sur nos valeurs et comment nous les définissons.

Nos sociétés, nos environnements correspondent à la réalité d'une certaine époque en Occident. La construction de nos sociétés est ancienne. Elle correspond à une vision imposée, à un modèle prédéfini.

Je vois dans mon village des gens. Ils sont propriétaires terriens et se considèrent pauvres. (Ndlr : Blick Bassy habitait jusqu'à peu en Picardie. Il habite maintenant dans la région de Bordeaux). La définition de la richesse est liée à notre société consumériste. Les concepts de pauvreté et de richesse sont à reformuler.

Nous, les Africains, sommes tiraillés entre deux visions du monde. Nous avons à redéfinir tout ce système. Nous sommes des apprentis dans le modèle occidental dans lequel nous vivons. Ce modèle ne correspond pas à notre environnement.

Les sociétés africaines sont très jeunes. Leurs indépendances sont toutes récentes et l’on demande aux pays africains des résultats, de répondre à des critères inadéquats à leurs sociétés. Les valeurs propres à notre environnement africain sont perdues... Il faut redéfinir tous ces modèles.

Africavivre : Votre livre est plein d’humour. Est-ce selon vous la meilleure arme pour toucher le public ?

Blick Bassy : L'humour est une arme qui permet d'aborder des sujets graves. Avec cette arme, on peut décrire des situations choquantes ou blessantes.

L'humour permet de toucher les gens d'une manière différente. Il fait partie de notre quotidien. On peut regarder des situations, des personnes en utilisant différents angles de vue. Tout peut être teinté d'humour.

Africavivre : Arrivé en France il y a 10 ans, les questions d'immigration, de vivre ensemble, de responsabilité individuelle face à nos sociétés capitalistes et déshumanisantes vous préoccupent particulièrement. Vous êtes un artiste "conscient" et engagé, comme beaucoup d'artistes de votre génération...

Blick Bassy : C'est la démarche que chaque artiste devrait avoir. Nous sommes face à un modèle qui a atteint ses limites. On ne sait pas où il va. On sait seulement que l'on a confié nos sociétés à des gens ayant utilisé à mauvais escient le pouvoir du peuple.

On appelle "puissants" ceux qui nous dirigent. Tandis que le peuple devrait se considérer comme puissant. Et, je pense que chacun de nous devrait se considérer comme tel et se sentir en droit de demander à vivre dans un "nouveau monde". Ce n'est que l'action citoyenne qui changera la donne.

La problématique est la même dans le milieu musical. Aujourd'hui, les artistes se battent pour être signé par des majors, dans un label reconnu. Ce n'est pas la seule façon de se produire. Il revient aussi aux artistes de prendre leur carrière en main, de prendre leurs responsabilités.

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Cela m'évoque les politiques qui reviennent sur le devant de la scène, quels que soient les méfaits commis. Ils ont des tactiques politiciennes et ne parlent plus de fond. Ils n'ont pourtant aucune légitimité à revenir. C'est la responsabilité des citoyens de les empêcher de revenir.

Africavivre : On vous connait très actif. Vous œuvrez sur de multiples registres (musique, littérature, écologie, éducation...) Pouvez-vous nous parler de vos autres projets, en dehors de l'écriture et de la musique ?

Blick Bassy : J'essaye de profiter du peu de temps dont je dispose pour faire avancer les consciences. Mon projet avec Les rénovateurs de la planète est d'inciter à recréer la vie là où l'homme l'a détruite. On va éditer un livre de contes pour sensibiliser les enfants aux questions éco-durables. Tout passe par les enfants !

Je travaille aussi à la sensibilisation des artistes. Ce métier n'est pas comme les autres. Il est complexe. Tout est issu d'un processus, d'une réflexion qui permet d'avancer le plus efficacement possible. La société change et tous ces changements impactent aussi les artistes. Pour cela, j’ai créé le projet Wanda-full. Je travaille aussi pour sensibiliser les artistes au Cameroun, le projet s'appelle Wanda-full lab.

Africavivre : Vous avez réalisé cette année une tournée dans de nombreux pays d'Afrique. Quels conseils donnez-vous aux artistes africains aujourd'hui ?

Blick Bassy : Mes tournées en Afrique se passent toujours bien. Je suis dans une démarche d'éveil de conscience, de sensibilisation. Mon projet "Wanda-full Lab" interpelle de nombreux artistes africains. Cela les incite à faire plus de recherche.

En Afrique, on n'a pas de conservatoire, ni de structure dédiée à l'apprentissage de la musique. On a du mal à explorer les espaces d'improvisation. Mon travail les interpelle sur la question de la démarche artistique,...

Africavivre : Avec Akö, la bassa est à l'honneur.  Avec Le Moabi Cinéma, le Camfranglais. Pouvez-vous nous dire en camfranglais pourquoi avez-vous choisi d'écrire en Camfranglais ?

Blick Bassy : J'ai décidé de write en camfran parce que je voulais les touché les djo du mboko. Pour que les gars ya que ça ne sert à rien de go. Parce que le mboa est moh ! Et rien ne pash le ko  !

En somme, ça ne sert à rien de partir car le pays est super et rien n'est mieux que la vie au pays.

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Blick Bassy répond au questionnaire d'Africavivre

Africavivre : Quel est l'ingrédient indispensable pour concocter un livre qui se dévore, selon vous ?

Blick Bassy  : La créativité, l'inventivité, l'originalité. Il faut de l’imagination pour créer des espaces, des personnages, une histoire... Lorsque j'ai envoyé le manuscrit de mon roman à des proches, certains l'ont trouvé farfelu. Je voulais justement que mon histoire soit comme dans un rêve, comme un conte magique. L'imaginaire permet de transmettre le message que l'on veut.

Africavivre : Quelle est pour vous la journée parfaite ?

Blick Bassy : Me réveiller tôt. Ce n'est pas toujours facile. Et me coucher tard après avoir travaillé ma voix pendant cinq heures, mon instrument pendant 4h et passé du temps avec mes enfants. Une journée parfaite c'est aussi partager un moment sous le soleil, dans un jardin avec les gens que j'aime. Et pendant ce temps-là, mon clone serait en train de bosser à ma place sur mes projets...

Africavivre : Quel est l'homme ou la femme politique africaine pour laquelle/lequel vous voteriez les yeux fermés ?

Blick Bassy : Sincèrement, aujourd'hui je ne sais pas trop. Thomas Sankara est malheureusement décédé. Je pourrais voter les yeux fermés pour la personne qui serait la réincarnation de Thomas Sankara. Au lieu de parler politique ou de religion, on devrait distribuer les discours de Thomas Sankara aux gens. L'Afrique avancerait plus vite.

Africavivre : Dans dix ans, où serez-vous ?

Blick Bassy : Je me vois à Mintaba (Ndlr : Le village au Cameroun dans lequel Blick Bassy a passé une partie de son enfance). Et je continuerai à parcourir le monde.

Africavivre : Qu'avez-vous prévu de faire demain (le jour suivant l'interview) ?

Blick Bassy : Demain, j'ai un train très tôt pour aller à Marcq-En-Baroeul où je dois donner un concert. Je vis maintenant dans le sud-ouest. Je dois donc prendre un train très tôt.

Propos recueillis par Eva Dréano

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